Récits

Fulbert Youlou : Prêtre polygame et Président de la République

Ce 5 mai 1972 au petit matin, on retrouve le corps inerte d’un vieil homme étendu sur le sol dans un jardin de Madrid. Le vieil homme est visiblement décédé. Il est mort seul et abandonné de tout le monde. La police alertée, mène des investigations et fait une découverte étonnante. Le mort n’est pas n’importe qui ; il s’agit d’un réfugié politique. Fulbert Youlou ; le tout premier Président de la République du Congo.
Mais qui est donc Fulbert Youlou ?
C’est certainement l’un des personnages les plus controversés de l’Histoire du Congo-Brazzaville. C’est l’histoire d’un prêtre défroqué qui portait uniquement des soutanes cousues par Grands couturiers parisiens. Il affectionnait particulièrement la marque Dior.


Ce prêtre affichait ouvertement sa polygamie : quatre femmes officielles, plusieurs maitresses et plusieurs enfants. Malgré l’interdiction du Vatican, il continuait à porter la soutane et à célébrer les messes. Il adorait les belles femmes. Il évitait souvent de célébrer la messe le temps de mener quelques escapades amoureuses profitant de l’absence des maris venus prier à l’église. Néanmoins, ce prêtre défroqué fut aussi un élu du peuple ; il fut respectivement Maire de Brazzaville, député à l’assemblée nationale et Président de la République.


Animé par la vocation, il est ordonné prêtre le 9 juin 1946. Fulbert Youlou exerce son ministère pendant une dizaine d’années lorsqu’en 1956, il décide malgré les interdictions de sa hiérarchie religieuse de commencer une carrière politique. Se faisant passer pour la réincarnation d’André Grenard Matsoua, il est surnommé « Jesus-Matswa » et est peu à peu considéré comme le messie du peuple Congolais.


Fulbert Youlou est élu maire de Brazzaville en 1956, puis chef du gouvernement congolais en 1958, il accède au poste suprême de président de la république en 1959. Même si le Vatican ne le considérait plus comme tel, Fulbert Youlou continuait, malgré son statut de président, à se faire appeler « abbé Youlou » et portait toujours la soutane.
C’est lui qui, en août 1960, avait conduit son pays à l’indépendance. Il avait organisé en décembre 1960 une grande conférence intercontinentale à Brazzaville, au cours de laquelle il vanta les bienfaits du libéralisme économique et condamna le communisme.


Sa décision d’imposer en août 1963, le monopartisme en emprisonnant les dirigeants syndicaux fut l’élément déclencheur de la révolution des « Trois Glorieuses ». La France refusa, alors, d’aider ce chef d’État africain que le couple de Gaulle méprisait. Plus particulièrement Yvonne de Gaulle qui n’appréciait guère cet Abbé défroqué qui affichait ouvertement sa polygamie et continuait de porter la soutane malgré l’interdiction de l’Église. Placé en résidence surveillée, « L’Abbé » parvient à s’évader en mars 1965 et rejoint le Congo-Kinshasa voisin, où Moïse Tshombé lui accorde l’asile politique.
Contre l’avis du général de Gaulle, il débarque le 29 janvier 1966 au Bourget avec femmes et enfants. Malgré les recommandations de son conseiller aux affaires africaines Jacques Foccart, le chef de l’État français envisage sérieusement de le renvoyer à Léopoldville. Finalement, l’Abbé est envoyé en Espagne où le régime de Franco veut bien l’accueillir. Afin qu’il subvienne à son existence, le contribuable français met à sa disposition 500 000 francs. L’Abbé décède à Madrid le 5 mai 1972, d’une hépatite. Il est inhumé à Madrid.
Afin d’éviter que ne se reproduise un mouvement messianique à l’image du Matswanisme, le président Marien Ngouabi accepte le retour de sa dépouille au pays natal. Il est réinhumé dans son village natal de Madibou et sa mémoire a été réhabilitée à la Conférence nationale de 1991.
Arol KETCH – 26.10.2020
Fourmi Magnan égarée

Arol KETCH - Rat des archives

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