Monica Macias : « Fille de deux dictateurs »

Née en Guinée équatoriale, Monica Macias est la fille de l’ancien président Francisco Macias Nguema. Francisco Macias Nguema est un dictateur qui a régné sur la Guinée équatoriale de 1968 à son renversement en 1979.
En effet, il est renversé en 1979 par son neveu Teodoro Obiang Nguema qui lui reproche ses violations systématiques des droits de l’homme. Macías Nguema réussit à fuir et s’enferme dans un bunker où il détruit les réserves de change du pays. Arrêté, le dictateur est jugé par un tribunal militaire et reconnu coupable de génocide, haute trahison et d’assassinats massifs. Macías est condamné à mort et exécuté par la garde royale marocaine, faute de volontaires parmi des soldats équatoguinéens.
Ayant flairé le coup d’Etat qui allait l’évincer du pouvoir, Francisco Macias Nguema avait envoyé par précaution sa femme, ses deux filles et son fils en Corée du Nord, un régime ami ; quelques mois avant le putsch fatal qui allait l’évincer. Le « Grand dirigeant » nord-coréen Kim Il-sung et Francisco Macias Nguema étaient très proches.
Arrivée à Pyongyang à l’âge de 7 ans, Monica y restera pendant 16 années, sous la protection de Kim Il-sung. Après l’exécution de Macias Nguema, Kim Il-sung va s’occuper des enfants de son ami comme s’il s’agissait des siens. Il veillait scrupuleusement à leur éducation, à leur formation idéologique et s’assurait lui-même qu’ils ne manquaient de rien et qu’ils travaillaient bien à l’école.
A l’école, Monica apprend des matières peu usuelles : montage et démontage d’une Kalachnikov, stratégie de la guérilla, théorie de la propagande révolutionnaire. Kim Il-sung était un père pour elle. C’est pour cette raison qu’on dit qu’elle a été la fille de deux dictateurs.


Monica va donc grandir en Corée du Nord fortement imprégnée de l’idéologie communiste, antioccidentale et principalement américaine. Sa vision du monde va changer lorsque étudiante à l’université des Industries légères de Pyongyang, elle se lie d’amitié avec des étudiants étrangers. C’est eux qui vont l’aider à avoir une vision plus nuancée et moins binaire du monde. Un an après ces rencontres, elle va décider d’aller en Chine. Et même en chine, elle était restée très influencée par la propagande violemment antiaméricaine qui a nourri son enfance. Lorsqu’elle a rencontré en Chine un américain pour la première fois, elle s’est enfuie en courant et lorsqu’elle a raconté sa peur à ses proches, ceux-ci se sont copieusement moqués d’elle. Depuis sa plus jeune enfance on lui avait présenté les américains comme des ennemis sanguinaires.
Monica va par la suite décider d’aller en Espagne, le pays de sa mère pour achever sa formation. Elle va y rencontrer de nombreuses difficultés. Elle n’arrive pas à s’intégrer dans la société capitaliste. Elle s’y sent très mal. Toutefois, elle va découvrir les joies de la lecture. Pour noyer sa solitude et son mal-être, elle fréquente assidument les librairies de Madrid.
A travers ses lectures, elle va se désintoxiquer de la propagande nord-coréenne qui était ancrée en elle. Elle découvre par exemple que ce ne sont pas la Corée du Sud et les Etats-Unis qui ont démarré la sanglante guerre de Corée (1950-1953), comme l’affirmait la propagande de la Corée du Nord, mais plutôt le régime de Pyongyang. C’est le choc ! Cette révélation remet en cause toute son éducation. Engaillardie par ses découvertes fondamentales, elle décide de se rendre aux Etats-Unis et en Corée du Sud.
Installée en Corée du Sud, elle se sent comme investie d’une mission salvatrice visant à révéler les vérités historiques aux habitants des deux Corées qui selon elle, ont entretenu depuis des années des clichés erronés les uns sur les autres. C’est dans ce sillage qu’elle va faire paraitre en 2013 un ouvrage, intitulé « Je suis Monica de Pyongyang ». Ouvrage à travers lequel, elle raconte son parcours hors norme. Avec son livre, elle veut leur montrer que même s’ils ont des systèmes politiques et économiques différents, c’est le même pays. Leur culture, leur façon d’être. Ils sont pareils !
Elle vit désormais entre l’Espagne, la Corée du Sud et la Guinée Equatoriale. Elle travaille dans l’importation de produits coréens vers l’Europe et l’Afrique.
Elle rappelle dans son livre, qu’elle se sent toujours Nord-Coréenne. Elle raconte aussi qu’elle a subi beaucoup de racisme en Corée du Sud comme en Corée du Nord à cause de sa couleur de peau.
Monica Macias n’est plus retournée dans son pays d’adoption depuis plusieurs années.
Arol KETCH – 29.06.2021
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Fourmi Magnan égarée

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