Afrique

La triste histoire de Pierre Ndaye Mulamba

Pierre Ndaye Mulamba est le détenteur du record de buts marqués en une phase finale de Coupe d’Afrique des nations avec 9 buts en 6 matches, dont 4 en finale lors de la CAN 1974 en Égypte. Il était au sommet de son art. Après cette épopée glorieuse, sur instruction du chef de l’État Mobutu, chaque joueur reçoit une maison et une voiture.

Fraîchement vainqueur de la CAN 1974 organisée en Egypte, le Zaïre est qualifié pour la coupe du monde 1974 qui se tient en Allemagne. Le Zaïre devient alors la première nation d’Afrique noire qualifiée pour une coupe du monde et troisième pays africain à participer à une Coupe du monde après l’Égypte en 1934 et le Maroc en 1970.

Ndaye Mulamba attaquant est de cette expédition qui sera un fiasco. Dès son premier match, le Zaïre est étrillé par l’Ecosse ( 2 buts à 0). Le Zaïre se fait laminer par la Yougoslavie , 9 buts à 0 au second match. Mulamba expulsé est suspendu pour un an par la FIFA. Pour leur dernier match, les Zaïrois sont battus 3 buts à 0 par le Brésil.

Pierre Ndaye Mulamba est né le 4 novembre 1948 à Luluabourg. Très précoce, dès l’âge de 15 ans, il est déjà une star dans sa région. Il est surnommé Mutumbula ( monstre nocturne) à cause d’une mauvaise blague; il s’était déguisé en Léopard et avait terrorisé tout son quartier. Il devient très vite professionnel et est présélectionné en équipe nationale dès 1967.

Après un bref passage à l’AS Bantous, l’attaquant rejoint le club phare de la capitale, AS Vita Club où il gagne le surnom de « Volvo », la voiture considérée par certains congolais comme la plus rapide pour l’époque. C’est au sein de l’AS Vita Club qu’il va littéralement exploser et confirmer son statut de star nationale. Avec ce club, il remporte la Coupe d’Afrique des Champions en novembre 1973 et s’impose comme une pièce maîtresse de l’équipe nationale.

Pierre Ndaye Mulamba termine sa carrière à l’AS Vita Club en 1981. A la fin de sa carrière, il devient fonctionnaire de l’Etat et sombre dans l’oubli. En 1994, la CAF se souvient de lui et lui offre une médaille pour récompenser l’ensemble de sa carrière. Il reçoit sa médaille à Tunis des mains de Issa Hayatou. Le Président Mobutu exige que Mulamba lui remette la médaille à son retour à Kinshasa. Ndaye Mulamba refuse.

C’est le début de sa descente aux enfers. Mulamba est persécuté par les sbires de Mobutu. Son domicile subit une attaque. Son fils Tridon âgé de 9 ans est abattu. Mulamba est torturé, mutilé, laissé pour mort près d’un pont, avant d’être découvert, inerte.

Gravement blessé, il échappe de justesse à la mort. Il perd l’usage d’une jambe et réussit néanmoins à se rendre en Afrique du sud pour se soigner et continuer sa rééducation en 1995; il va y rester.

L’ancien footballeur vedette était sans domicile fixe, vivant dans les townships, exerçant le métier de “car parker” qui consiste à surveiller durant toute la journée les véhicules garés. Il est soutenu par plusieurs réfugiés politiques congolais. Le peu d’argent qu’il gagnait, c’était pour envoyer à sa famille restée au pays.

En février 1998, il apprend dans les journaux sa propre mort dans une carrière de diamants en Angola alors qu’il n’y a jamais mis les pieds. L’information sera démentie des jours après, alors que le speaker de la demi-finale RDC VS Afrique du Sud à l’occasion de la CAN 1998 au Burkina Faso avait appelé à une minute de silence en mémoire de Mulamba.

En 2005, il revient à Kinshasa pour la première fois depuis son exil et reçoit en avril 2005, un hommage de Joseph Blatter, président de la FIFA. Son épouse meurt en 2008 d’un cancer. En 2009, il épouse une sud-africaine qui l’avait beaucoup aidé durant ses moments de galère. En 2009, il reçoit un hommage aux côtés du Ghanéen Abedi Pelé en prélude du tirage au sort de la Coupe du monde 2010.

Mulamba finit comme entraîneur bénévole auprès de jeunes sud-africains.

Il est décédé le 26 janvier 2019 en Afrique du Sud. La journaliste Claire Raynaud lui a consacré un livre biographique : La Mort m’attendra.

L’oubli est la ruse du diable!

Arol KETCH – 19.01.2024

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