Afrique

𝐋𝐞 𝐊𝐚𝐬𝐬𝐚𝐜𝐫𝐞 𝐚𝐮𝐛𝐥𝐢𝐞́ 𝐝𝐞 𝐍𝐠𝐚𝐊𝐛𝐞̀ – 𝟓 𝐣𝐚𝐧𝐯𝐢𝐞𝐫 𝟏𝟗𝟔𝟏

65 ans déjà !

Le 5 janvier 1961, la localité de NgambÚ est le théâtre d’un épisode particuliÚrement violent de la répression coloniale, longtemps passé sous silence.

À cette période, un groupe de personnes réfugiées dans le maquis met en place une opération visant deux objectifs principaux : l’attaque de la résidence de l’autorité administrative afin d’enlever son occupant, et l’assaut de la prison de NgambÚ dans le but de libérer les détenus politiques.

Le plan, préparé avec soin, s’inscrit dans le contexte des luttes politiques de l’UPC en cours; bien que le Cameroun ait proclamé son indépendance un an plus tÃŽt.

Cependant, les services de renseignement parviennent à découvrir la conspiration avant son exécution. Informées des itinéraires empruntés par les nationalistes alors appelés « maquisards », les autorités organisent une embuscade destinée à neutraliser les assaillants.

Le premier affrontement a lieu au niveau du village de Singang, où un « maquisard est abattu ». Il est considéré comme le premier martyr de cette opération. Sur lui, les soldats retrouvent une lettre adressée aux détenus politiques incarcérés à la prison de NgambÚ, indiquant qu’il devait probablement donner le signal de l’attaque.

Les forces armées procÚdent ensuite à une répression systématique. Des centaines de nationalistes , faiblement armés essentiellement de machettes et portés par des croyances mystiques sont neutralisés par des soldats équipés de fusils.

Les affrontements provoquent de nombreuses pertes humaines et un important bain de sang dans la ville et ses environs. Les rues de NgambÚ sont couvertes de sang, donnant naissance à l’expression locale « nlon u matjel ».

Les corps des victimes sont rassemblés prÚs de la prison de NgambÚ. Dans un climat de tension extrême, le commandant en charge des opérations ordonne au régisseur de faire sortir l’ensemble des détenus politiques.

Ces derniers sont exécutés successivement sur le talus adjacent à la prison, sous les yeux de la population, à qui toute manifestation de compassion est strictement interdite.

Au cours de ces exécutions, un jeune garçon présent dans la foule est remarqué alors qu’il pleure. Interrogé par le commandant, il explique que son frÚre aîné vient d’être exécuté. Le commandant abat alors l’enfant sur place, faisant de lui la derniÚre victime de cette série d’exécutions.

Les dépouilles sont ensuite transportées à environ trois cents mÚtres du lieu des fusillades et enterrées dans une fosse commune située derriÚre l’hÃŽpital de NgambÚ.

Le bilan humain est estimé à plus de trois cents morts.

Aujourd’hui encore, cet épisode demeure une blessure ouverte dans la mémoire collective. L’hÃŽtel de ville de NgambÚ est construit sur le site même où furent exécutés les prisonniers politiques, ce qui suscite l’indignation persistante des populations locales, qui appellent à la reconnaissance officielle de ce lieu comme espace de mémoire et de commémoration, notamment par son éventuel baptême en HÃŽtel des Martyrs.

L’oubli est la ruse du diable !

La terre est sale ! Si Ú ne mvit ! Ngo Bagdeu !

Arol Ketch – 07.01.2026

Rat des archives

Arol KETCH - Rat des archives

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