Sam Sandi, le premier combattant africain de MMA


Sam Sandi est né au Cameroun vers 1885. Il rejoint l’armée française et participe à la Première Guerre mondiale. Il est capturé et fait prisonnier par les allemands dans un camp en Pologne. Libéré par les soldats polonais, il décide d’intégrer l’armée polonaise. Il mène donc la guerre très activement aux côtés des polonais. Il rejoint une unité en tant que chauffeur.
En raison de ses compétences de conduite, il a été affecté au 12e escadron de renseignement en tant que conducteur, puis transféré au 3e escadron de Wielkopolska. Il prend part au soulèvement réussi de la Grande Pologne. Il participe à la guerre polono-bolchevique.
Guerrier robuste et féroce, il sera une attraction dans l’armée et les rumeurs les plus fantaisistes ont circulé sur l’origine de sa force : « La force noire ». Des médias polonais vont même écrire que Sam Sandi et Józef Diak (un autre Polonais noir) étaient des « démons à cornes » qui la nuit tombée, sortaient pour tuer les bolcheviks à la baïonnette.
L’auteur de l’un de ces articles (Ziemia Lubelskiej) a mis l’accent sur l’héroïsme de deux soldats noirs parmi lesquels Sandi : « Varsovie avait deux Noirs dans ses murs. Quand le danger bolchevique a commencé à menacer notre ville, les deux Noirs l’ont ressenti aussi fortement que les Varsoviens indigènes.
« Quand vous vivez en Pologne », a déclaré l’un des Noirs, « vous devez vous battre pour cette terre ! […] Les nègres décorèrent fièrement leur poitrine d’un arc blanc et amarante et s’engagèrent dans l’armée de volontaires. Dans les rangs de l’armée, ils gagnèrent la sympathie de leurs collègues, en bons soldats, en honnêtes gens travaillants et attachés à leurs supérieurs. Quand l’un d’eux était au front, d’étranges histoires étaient racontées à son sujet. Quand la nuit arrivait, les soldats noirs ne pouvaient pas rester les bras croisés – ils avaient hâte de s’en prendre à l’ennemi. Ils pénétraient dans le gouffre sombre de la nuit et souriaient à dents blanches aux bolcheviks qu’ils massacraient. »
Une chanson a même été composé par le satiriste Antoni Orłowski pour relater les exploits de ces soldats noirs.


Après la guerre, Sandi quitte l’armée et s’installe en 1920 à Varsovie où il travaille comme chauffeur de taxi. Il peine à gagner sa pitance car même dans la capitale polonaise, les gens ne font pas assez confiance à un chauffeur noir et ont peur de monter dans son véhicule. Il décide d’aller alors là où les gens seront capables de payer pour le voir. Il rejoint le cirque des frères Staniewski ; ils feront de lui un lutteur ce qui fera sa renommée.
En effet, il rejoint un groupe de lutteurs et ensemble, ils feront plusieurs spectacles. Sandi prend goût pour la lutte, il s’entraîne durement, il développe sa musculature et prend du poids à tel point que les médias vont bientôt le décrire comme « une montagne de muscles ». Il devient la principale attraction de ce cirque qui se déploie dans toutes les grandes villes de Pologne.
Il devient donc un lutteur MMA (Mixed Martial Arts) ; certainement le tout premier camerounais et même africain lutteur de MMA.
Il devient l’un des plus grands lutteurs de Pologne et met au tapis des adversaires coriaces et redoutables. Il a vaincu le terrible Lubuśka surnommé « L’homme fort », il a fait trembler le truculent Japonais Taro qui impuissant face au guerrier Camerounais n’a pas hésité à outrepasser les règles en mordant Sandi plusieurs fois pendant le combat.
Sandi était un combattant très discipliné et fairplay, il respectait les règles et ses adversaires. Ce qui n’était pas le cas de ses adversaires qui n’hésitaient pas à tricher comme ce fut le cas avec le serbe Stojkic.
Très adulé, les nombreux fans de Sandi attendaient avec impatience qu’il se produise dans leur ville. Il conquiert le cœur des polonais et est à présent une célébrité invité aux grands évènements mondains. Il est naturalisé polonais.
Sandi était très élégant ; avec une certaine inclination vers le dandysme. Il changeait de chemise deux fois par jour. Il portait des costumes bien coupés, des mouchoirs et des chapeaux de bon goût.
Au début des années 1930, il épouse Łucja Woźniak, une polonaise aux racines nobles. Ensemble, ils auront deux filles (Gabrysia et quatre ans plus tard Krystyna). Le couple souhaite offrir la meilleure éducation possible à ses enfants avec une ouverture sur le monde.
Łucja Woźniak est reniée et déshéritée par sa famille à cause de son union avec un noir ( Sandi). Après leur mariage, le couple s’est installé à Gniewkowo. Sandi apparait désormais sous le nom de Józef (son nouveau nom de baptême) ; il décide de se consacrer à sa vie de famille. C’est un père aimant, attachant et même polyglotte. Son polonais était impeccable. De plus, il parlait français et anglais.
Sandi a gagné un peu d’argent en donnant des cours d’anglais ; c’est par ce biais qu’il a rencontré sa future épouse Łucja Woźniak ; une jeune fille aux cheveux roux et aux yeux verts âgée de 18 ans à l’époque de leur rencontre. Elle était en réalité son élève.
Sandi ne collabore plus avec le cirque Staniewski, mais continue à gagner de l’argent en tant que lutteur. Il a aussi été succinctement mage, lisant l’avenir et faisant des prédictions. L’orage viendra assombrir le ciel de cette famille heureuse ; le couple perd l’une de leur fille en 1935. Sandi qui aimait ses enfants à la folie va sombrer dans la dépression.
Puis le 29 avril 1937, Sandi décède subitement en tombant dans une rue de Poznań. Décès probablement provoqué par une hémorragie cérébrale liée aux séquelles de sa carrière de lutteur. La tombe de ce lutteur et héros de la guerre a disparu mais sur la base de photos d’archives le lieu de sa sépulture a été retrouvé par des amateurs d’histoire.
Grâce à une campagne de financement participatif, une plaque commémorant le soldat et le lutteur a été placée à sa sépulture. La Pologne a décidé de réhabilité de ce héros. Le 22 décembre 2018, une cérémonie d’hommage a été organisée en son honneur au cimetière de Górczyński à Poznań avec la présence de ses descendants.
Son épouse avait refait sa vie mais n’a jamais voulu parler de Sandi ; avant de mourir celle-ci a brûlé des documents contenant des informations clés sur les origines de Sandi comme par exemple : le nom de ses parents et de ses frères et sœurs. Sandi a plusieurs descendants.
Arol KETCH – 02.09.2020
Fourmi Magnan égarée

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