Oubliรฉ de lโhistoire, Vincent Askia Siguรฉ est pourtant lโun des personnages clรฉs et les plus mystรฉrieux de la Rรฉvolution dโaoรปt 1983 au Burkina Faso.
Ancien lรฉgionnaire franรงais devenu chef de la sรฉcuritรฉ prรฉsidentielle, il fut pour Thomas Sankara un bouclier, un frรจre dโarmes, un ange gardien.
Nรฉ en 1951 ร Ouahigouya dโun pรจre burkinabรจ ; premier docteur vรฉtรฉrinaire du pays et dโune mรจre franรงaise, Vincent Askia Siguรฉ grandit entre deux univers. Trรจs jeune, il sโengage dans la Lรฉgion รฉtrangรจre franรงaise, oรน il acquiert une solide rรฉputation de combattant.
De retour au Burkina Faso au dรฉbut des annรฉes 1980, il croise la route dโun jeune capitaine charismatique : Thomas Sankara.
Le courant passe aussitรดt. Sankara, impressionnรฉ par la rigueur, la bravoure et la prestance de ce soldat au regard dโacier, dรฉcide de le prendre sous son aile.
Pour lui, Siguรฉ incarne la loyautรฉ sans calcul, la fidรฉlitรฉ sans faille. Pour Siguรฉ, Sankara devient une cause, presque une religion.
ยซ Son seul vรฉritable intรฉrรชt dans la vie, cโรฉtait Thomas Sankara, quโil adorait au sens plein du terme ยป, tรฉmoignera plus tard un proche.
Chef de la sรฉcuritรฉ rapprochรฉe du prรฉsident, Askia Vincent Siguรฉ veille jour et nuit sur Sankara. Sa prรฉsence imposante, son calme et sa maรฎtrise du combat inspirent la crainte autant que le respect.
Dans certains milieux politiques, on le surnomme le ยซ chien de garde de Sankara ยป ; dโautres parlent dโun ยซ mercenaire ยป, dโun homme dangereux.
En 1987, il part en stage militaire ร Cuba. Lร -bas, il stupรฉfie ses instructeurs en terminant en douze semaines un programme prรฉvu pour six mois. Leur rapport est sans appel :
ยซ Politiquement nul, mais militairement exceptionnel. Il sait tout faire, mieux que ses instructeurs. Nous nโavons plus rien ร lui apprendre. ยป
ร son retour, les tensions au sein du Conseil national de la rรฉvolution (CNR) ont atteint leur paroxysme. La mรฉfiance entre Sankara et Blaise Compaorรฉ sโest installรฉe, et le prรฉsident cherche ร sรฉcuriser davantage son entourage. Il confie alors ร Siguรฉ une mission capitale : crรฉer la FIMAT (Force dโintervention du ministรจre de lโAdministration territoriale), une unitรฉ spรฉciale chargรฉe de la sรฉcuritรฉ des institutions et des hautes personnalitรฉs.
Officiellement adoptรฉe en conseil des ministres le 14 octobre 1987, la FIMAT devait remplacer les commandos de Pรด, jusquโici sous le contrรดle de Compaorรฉ.
Mais cette initiative est perรงue comme une provocation, voire une menace directe contre les รฉquilibres militaires du rรฉgime.
Pour nombre dโobservateurs, la crรฉation de cette force fut lโรฉlรฉment dรฉclencheur du coup dโรtat du 15 octobre 1987, au cours duquel Thomas Sankara est assassinรฉ avec douze de ses compagnons.
Ironie du sort : Siguรฉ nโรฉtait pas ร Ouagadougou ce jour-lร . Il se trouvait ร son ranch de chevaux, ร Saaba, lโune de ses rares passions.
Beaucoup se demanderont plus tard si sa prรฉsence aurait pu changer le cours de lโhistoire. Car lโhomme faisait peur mรชme ร ses ennemis. Sa fidรฉlitรฉ et ses capacitรฉs militaires en faisaient un obstacle ร neutraliser.
Aprรจs le coup dโรtat, Vincent Askia Siguรฉ devient un homme ร abattre. Recherchรฉ, il tente de rejoindre le Ghana voisin. Il est interceptรฉ et exรฉcutรฉ sommairement, sans procรจs. Avec lui disparaรฎt lโun des derniers fidรจles de Sankara, lโun des rares ร nโavoir jamais trahi la rรฉvolution.
Pour les diplomates franรงais de lโรฉpoque, il reste un personnage ambigu, dรฉcrit tantรดt comme un ยซ mercenaire ยป dangereux, tantรดt comme un instrument de la montรฉe des tensions entre Sankara et Compaorรฉ.
Il sera mรชme accusรฉ dโavoir voulu fomenter un coup dโEtat pour rebaptiser le Burkina : ยซ Rรฉpublique du Manding ยป
Mais pour les tรฉmoins de la rรฉvolution, il symbolise au contraire la loyautรฉ absolue, lโhomme qui nโa jamais cรฉdรฉ ร la peur ni ร lโambition personnelle.
Lโoubli est la ruse du diable!
Arol KETCH- 05.10.2025
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