Afrique

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Entrepreneure reconnue, Rebecca Enonchong est aujourdโ€™hui persรฉcutรฉe. Une longue tradition dโ€™Etat au Cameroun.

En dรฉcembre 2025, elle รฉtait intervenue lors de la confรฉrence de presse organisรฉe par les avocats du prรฉsident Tchiroma sur la crise post-รฉlectorale, pour analyser le volet รฉconomique de la situation.

Elle y avait notamment dรฉnoncรฉ la maniรจre dont lโ€™ร‰tat sโ€™acharne sur les opรฉrateurs รฉconomiques qui ne sont pas dans le systรจme, en cherchant des prรฉtextes dรฉtournรฉs pour les briser sans jamais assumer le caractรจre politique de la rรฉpression.

La rรฉponse ne sโ€™est pas fait attendre. Dรจs le lendemain de cette prise de parole, elle recevait une sommation de la Sociรฉtรฉ de Recouvrement des Crรฉances (SRC), lui rรฉclamant 7,5 millions de francs CFA au titre dโ€™une prรฉtendue dette envers lโ€™Union Bank of Cameroon ; une dette contractรฉe par une sociรฉtรฉ dont elle serait la gรฉrante, mais dont elle affirme ne mรชme pas connaรฎtre lโ€™existence.

Aucune de ses structures nโ€™a jamais pris de crรฉdit auprรจs dโ€™une banque camerounaise. Plus troublant encore : les commandements de payer reรงus en mars la visaient elle, personnellement, en plus de cette sociรฉtรฉ fantรดme. Or une sociรฉtรฉ a une personnalitรฉ morale distincte de son dirigeant ; la cibler nominativement, sans quโ€™elle nโ€™ait jamais signรฉ la moindre garantie personnelle, trahit lโ€™intention rรฉelle : lโ€™atteindre elle, et non recouvrer une crรฉance.

Rebecca Enonchong a alors pris les devants. Le 23 mars 2026, elle a assignรฉ la SRC devant le tribunal de premiรจre instance de Douala-Bonanjo, en nullitรฉ de commandement et discontinuation des poursuites, exigeant simplement quโ€™on lui produise les piรจces justifiant cette dette. Quatre mois de procรฉdure plus tard, pas un seul document nโ€™a รฉtรฉ prรฉsentรฉ. La seule ligne de dรฉfense de la SRC : contester la compรฉtence du tribunal.

Puis, un matin de juillet, alors que lโ€™affaire รฉtait toujours pendante devant la justice, la police, la gendarmerie et la SRC dรฉbarquent dans les bureaux de sa sociรฉtรฉ. Sans prรฉsenter le moindre document, ils ont tout emportรฉ : ordinateurs, meubles, tรฉlรฉvision, jusquโ€™ร  la cafetiรจre et au sucre ; cassant au passage ce qui pouvait lโ€™รชtre, avant de faire sceller les locaux. Une saisie estimรฉe ร  quelque 50 millions de Fcfa de biens pour une prรฉtendue crรฉance de 7 millions, doublรฉe de la fermeture pure et simple de lโ€™entreprise. Face ร  lโ€™huissier quโ€™elle avait fait venir pour constater les dรฉgรขts, la rรฉponse des agents tenait en une phrase : ยซ Nous sommes lโ€™ร‰tat. ยป

Ils sont nombreux les opรฉrateurs รฉconomiques et capitaines dโ€™industrie camerounais qui ont รฉtรฉ persรฉcutรฉs par le rรฉgime en raison de leur refus dโ€™appartenir au rรฉgime.

Je vais vous lister quelques cas.

Le 8 juillet 1992, Renรฉ Owona alias โ€œbarbe dureโ€, ministre du Dรฉveloppement industriel, envoie une correspondance confidentielle ร  Joseph Mbede, ministre de la Santรฉ publique. Dans cette lettre, il recommande explicitement de ยซ crรฉer une situation ยป contre SAPLAIT afin de faire payer son directeur pour son engagement politique. On peut y lire :

ยซ Certains opรฉrateurs รฉconomiques passent leur temps ร  militer dans lโ€™oppositionโ€ฆCโ€™est pourquoi, comptant sur votre dรฉvouement, je vous prie de bien vouloir appliquer ร  la lettre les rรฉsolutions que nous avions prises lors de notre dernier entretien. A savoir crรฉer une situation ร  la sociรฉtรฉ SAPLAIT afin que son directeur puisse payer les frais de sa cruautรฉ. Je compte sur votre esprit patriotique ยป

Dans la foulรฉe, le 18 aoรปt 1992, le ministre de la Santรฉ publique publie un communiquรฉ officiel annonรงant la suspension immรฉdiate de la consommation des produits SAPLAIT, prรฉtextant de graves manquements aux normes dโ€™hygiรจne. Selon cette version officielle, des germes dโ€™origine fรฉcale auraient รฉtรฉ retrouvรฉs en quantitรฉ anormalement รฉlevรฉe dans les produits. La rumeur est amplifiรฉe : des cas supposรฉs de diarrhรฉe et mรชme de morts dโ€™enfants sont รฉvoquรฉs sans la moindre preuve.

La sociรฉtรฉ SAPLAIT รฉtait fondรฉe et dirigรฉe par Henri Tame Soumedjong, Homme dโ€™affaires et capitaine dโ€™industrie Upeciste. Au plus fort de la pรฉriode des villes mortes, il รฉtait suspectรฉ par le rรฉgime dโ€™utiliser sa fortune pour soutenir lโ€™opposition.

James Onobiono a aussi รฉtรฉ une victime du systรจme auquel il appartenait pourtant. Surnommรฉ ยซย lโ€™homme au cigareย ยป, James Onobiono est un entrepreneur et homme dโ€™affaires qui a fait parler de lui au Cameroun dans les annรฉes 80. Il รฉtait notamment ร  la tรชte de SITABAC.

Lโ€™entreprise crรฉe des centaines dโ€™emplois et reverse des milliards de francs CFA en taxes ร  lโ€™ร‰tat.

Durant ces annรฉes dโ€™expansion avec la SITABAC, James Onobiono reprend รฉgalement lโ€™International Bank of Africa Cameroon (IBAC), la filiale camerounaise de Bank of America. Cette opรฉration marque son entrรฉe dans le secteur bancaire.

Pour restructurer la banque, il lui est demandรฉ de dรฉposer un milliard de francs CFA ร  la BEAC, ce quโ€™il fait sans hรฉsiter. Lors dโ€™une rรฉunion dรฉcisive ร  Brazzaville en 1991 sur la restructuration bancaire en zone UDEAC, toutes les conditions techniques et financiรจres sont rรฉunies pour valider le projet IBAC. A la surprise gรฉnรฉrale, le Cameroun refuse de donner son accord. Rรฉsultat : IBAC, qui avait dรฉjร  ouvert ses guichets ร  Douala et Yaoundรฉ, doit brutalement cesser ses activitรฉs.

Pourquoi un tel revirement contre un homme dโ€™affaires respectรฉ, membre du comitรฉ central du parti au pouvoir, apprรฉciรฉ au sein mรชme du systรจme ? La rรฉponse semble claire : James Onobiono faisait peur.

Son succรจs รฉclatant, son aura, sa capacitรฉ ร  mobiliser, en faisaient une figure presque trop influente dans le paysage camerounais des annรฉes 80. Des rumeurs le disaient tentรฉ par une ambition prรฉsidentielle. Et avec beaucoup dโ€™argent ; cela รฉtait possible.

Le rรชve technologique de Djeukam Tchameni fut aussi brisรฉ en raison de son engagement contre le rรฉgime.

Dรจs le milieu des annรฉes 1980, Djeukam Tchameni fonde une entreprise rรฉsolument en avance sur son temps : Intelligence Artificielle Inc., plus connue sous le nom dโ€™Intelar.

Oui, ร  une รฉpoque oรน le monde parle encore ร  peine dโ€™ordinateurs, un jeune Camerounais ose dรฉjร  sโ€™approprier un concept que beaucoup ne dรฉcouvrent quโ€™aujourdโ€™hui : lโ€™intelligence artificielle. Intelar fabrique les ordinateurs africains, pensรฉs pour les rรฉalitรฉs locales. La premiรจre entreprise ร  concevoir les ordinateurs en Afrique subsaharienne.

Seulement en plus de ses activitรฉs entrepreneuriales ; Djeukam Tchameni ( Cap libertรฉs) est aussi militant trรจs engagรฉ pour le changement et le rรฉgime va le lui faire payer.

Le 4 aoรปt 1991 marque le basculement. Une manifestation prรฉvue ร  Douala Bar est bloquรฉe par les forces de lโ€™ordre. Les manifestants se replient vers le siรจge de Cap Libertรฉ, installรฉ dans les locaux dโ€™Intelar, sur le boulevard de la Libertรฉ ร  Akwa, prรจs de lโ€™hรดtel Le Ndรฉ. Pensant รชtre en sรฉcuritรฉ sur un espace privรฉ, ils sโ€™y regroupent pacifiquement.

Lโ€™assaut est brutal. Une force mixte : policiers, gendarmes, militaires etc intervient. Tirs ร  balles rรฉelles. Gaz lacrymogรจnes.

Prรจs de 700 personnes sont arrรชtรฉes. Djeukam รฉchappe de peu ร  la mort.

Le lendemain, les militaires reviennent. Ils dรฉfoncent les portes, pillent et saccagent les locaux, emportent le matรฉriel informatique. Intelar est anรฉantie.

Cet acte signe la fin brutale dโ€™un rรชve technologique africain. Djeukam Tchameni entre dans la clandestinitรฉ, puis prend le chemin de lโ€™exil vers le Burkina Faso.

Dโ€™autres hommes dโ€™affaires camerounais ont รฉgalement subi la rรฉpression du rรฉgime pour avoir osรฉ soutenir lโ€™opposition. Parmi eux, Joseph Kadji Defosso, soupรงonnรฉ dโ€™avoir financรฉ les forces du changement durant les annรฉes de braise. En dรฉcembre 1992, ses entreprises se retrouvent engagรฉes dans un bras de fer fiscal avec le ministรจre des Finances, qui aboutira ร  la mise sous scellรฉs de lโ€™UCB (Union Camerounaise de Brasseries) en avril 1993. Il fait lโ€™objet dโ€™un redressement fiscal de 12 milliards de FCFA.

Au Cameroun, le redressement fiscal sโ€™impose dรฉsormais comme une arme de prรฉdilection du pouvoir pour intimider, dissuader et neutraliser les entrepreneurs et capitaines dโ€™industrie qui seraient tentรฉs de financer lโ€™opposition.

La liste nโ€™est pas exhaustive. Vous pouvez la complรฉter.

Force et courage ร  Rebecca Enonchong !

La terre est sale ! Si รจ ne mvit ! Ngo Bagdeu !

Lโ€™oubli est la ruse du diable.

Arol KETCH

Rat des archives

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