Afrique

𝐋𝐞 𝐣𝐚𝐮𝐫 𝐚𝐮̀ 𝐋𝐞𝐀𝐮𝐧𝐳𝐞 𝐚 𝐞́𝐭𝐞́ 𝐝𝐞́𝐭𝐫𝐚̂𝐧𝐞́

Timothy Lekunze
 Au Cameroun, ce nom fait référence à l’ascension du mont Cameroun.

AthlÚte d’exception, recordman d’un parcours que seuls les plus téméraires osent affronter, il est aussi un esprit brillant, diplÃŽmé de l’École Normale Supérieure et professeur d’Histoire.

Né à Buea, ville blottie contre les flancs du géant volcanique, il a grandi avec la montagne pour horizon, défiant, attirant, presque appelant. TrÚs tÎt, il comprend que son destin se jouera là-haut, sur les flancs du mont Cameroun.

En 1986, puis en 1987, Lekunze triomphe. Mieux encore, il établit son record : 3h 46 min 31 s, un record qui défie encore les années.

Cette double victoire l’ouvre aux portes de l’École Militaire Interarmes, où, fidÚle à lui-même, il gravit les grades avec la même aisance qu’il gravit la montagne.

Puis arrive janvier 1988. La 13ᵉ édition de la Course de l’Espoir.

Vers 10h45, un murmure traverse la foule massée autour de la prison de Buea. Un murmure qui enfle, devient clameur : Lekunze est en tête !

Le stade, les rues, les collines vibrent d’une même joie. Pour tout le monde, c’est déjà gagné. Comment imaginer un autre vainqueur que l’homme qui défie les pierres et l’altitude depuis deux ans ?

Lekunze est la star. Celui que tout le monde attend, celui pour qui des dizaines de milliers de personnes ont fait le déplacement.

Alors, lorsque la silhouette du premier coureur apparaît enfin dans le brouillard de la ligne d’arrivée, la foule explose : chants, danses, youyous
 Le triomphe s’annonce grandiose.

Mais soudain, le brouillard se déchire, et avec lui les illusions.

La silhouette n’est pas celle de Lekunze. C’est Esuka.

Un souffle glacé traverse les gradins. La joie se brise net. On entend des sanglots, des cris étouffés. L’inconcevable vient de se produire : Le champion est détrÃŽné.

Lekunze, lui, n’arrive pas. Pire : il termine la course dans une ambulance.

Que s’est-il passé là-haut, loin des regards, sur ces sentiers où seuls les dieux et les coureurs s’aventurent ?

L’explication tombe comme un couperet : Lekunze a les pieds déchirés, écorchés jusqu’au sang, couverts d’ampoules énormes.

À deux kilomÚtres de l’arrivée, il a dû s’arrêter, incapable de supporter la douleur. Il tente de trouver une chaussure, une échappatoire, un miracle.

Esuka, son partenaire d’entraînement, le rattrape et veut l’aider. Mais Lekunze refuse.

DerriÚre Esuka court un blanc
 un étranger. Et Lekunze a juré, aprÚs les victoires du Britannique Mike Short en 1984 et 1985, que plus jamais un étranger ne gagnerait tant qu’il serait en activité.

Une rivalité farouche opposait Lekunze à Mike Short. Short avait supplanté Lekunze en 1985 à 2 km de l’arrivée. Exploit réédité la même année lors d’un marathon à Yaoundé.

Ce jour de janvier 1988 ; les blessures de Lekunze l’empêchent de continuer la course. C’est un véritable deuil national.

Dans le stade municipal de Buea, 50 000 personnes se figent, muettes, comme lors de funérailles. L’espoir national, l’homme invincible, a été brisé.

Pourtant, un réconfort timide subsiste : le vainqueur, Reginald Esuka, est son camarade ; son élÚve presque. Il a grandi dans l’ombre et les conseils du maître.

Quand l’ambulance transportant Lekunze apparaît, la foule se réveille enfin. Elle applaudit, elle acclame, elle porte son héros blessé comme un roi déchu qui reste roi malgré la chute.

Mais dans les murmures, un soupçon grandit. Pour beaucoup, sa défaite n’est pas naturelle.

On parle de sorcellerie, de haute magie. Comment un athlÚte si bien préparé, ayant vécu des semaines à s’entraîner sur le parcours même de la course, pourrait-il soudain se retrouver avec les pieds en lambeaux, à seulement deux kilomÚtres du but alors qu’il était en tête ?

Personne n’a la réponse. Ce jour-là, sur le mont Cameroun, une légende est tombée
 et un mythe est né.

La terre est sale ! Si Ú ne mvit ! Ngo Bagdeu !

Arol KETCH – 11.12.2025

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