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Il existe des hommes dont lâÅuvre traverse les générations alors que leur nom demeure dans lâombre.
Abana Fabien appartient à cette catégorie rare de créateurs silencieux dont le talent a contribué à façonner lâidentité dâun pays sans que lâhistoire officielle ne leur rende pleinement justice. Il a été oublié et son Åuvre spoliée.
DerriÚre le sceau de la République du Cameroun ; ce symbole gravé sur les documents administratifs, les actes officiels et les correspondances de lâÃtat se cache le travail minutieux dâun dessinateur discret, longtemps ignoré du grand public.
Pourtant, pour ses proches comme pour plusieurs témoins de lâépoque, il ne fait aucun doute : lâÅuvre porte la signature du génie de Fabien Abana.
En juillet 1985, Cameroontribune consacrait un article à cet homme modeste et revelait enfin au public lâexistence de celui qui aurait conçu la célÚbre tête de jeune fille figurant au centre du sceau national.
à cette époque, Abana Fabien raconte lui-même comment, alors quâil travaillait comme aide-calqueur puis dessinateur auprÚs de lâadministration, il réalisa ce motif à la demande de ses supérieurs. En effet ; Son supérieur, impressionné par sa précision et sa maîtrise du dessin, lui demande un jour de concevoir un cachet administratif. Le jeune homme sâexécute avec sérieux.
Il imagine une figure originale : le profil dâune jeune fille coiffée de tresses, entouré des emblÚmes nationaux. Cette représentation devient bientÃŽt la base du futur sceau officiel de la République. Sans le savoir, Abana Fabien venait dâinscrire son Åuvre dans lâHistoire du Cameroun.
Le dessin fut ensuite adopté dans la confection du cachet officiel du Cameroun indépendant. Pourtant, lâartiste, lui, est resté dans lâanonymat et la paternité de son Åuvre volée. Une profonde injustice.
Durant toute sa vie, Abana Fabien a tenté, sans succÚs, de faire reconnaître officiellement sa paternité sur cette Åuvre emblématique. Son combat resta discret, presque étouffé par les lenteurs administratives et les rivalités autour de lâorigine du sceau national.
Lâaffaire connaît un nouveau rebondissement, lorsque Michel Modo revendiqua à son tour la création du dessin. Présenté par certains comme lâauteur de lâÅuvre intitulée Afiri Kara, réalisée en 1957, Michel Modo affirmait être à lâorigine de la figure féminine reproduite sur le sceau de la République.
Cette déclaration avait provoqué une vive réaction de la famille Abana.
Et sa progéniture était monté au créneau pour défendre lâÅuvre de leur papa disparu. Leur position etait soutenue par feu Hubert Mono Ndzana, universitaire bien connu, qui défendait publiquement la mémoire de lâartiste.
Ainsi, derriÚre un symbole national censé incarner lâunité et la souveraineté du Cameroun, se joue aussi lâhistoire douloureuse dâun homme dépossédé de la reconnaissance due à son travail.
Ce qui rend cette injustice encore plus frappante, câest la personnalité même dâAbana Fabien. Ceux qui lâont connu décrivent un homme simple, réservé, éloigné des cercles de pouvoir et peu habitué aux batailles publiques. Il ne cherchait ni scandale ni célébrité tapageuse ; seulement la vérité et le respect de son Åuvre.
Tandis que le sceau circulait dans toutes les administrations du pays, son auteur présumé continuait de vivre dans la misÚre, loin des honneurs. Retiré dans son village natal, il menait une existence paisible, proche de la terre et des siens.
Aujourdâhui encore, le débat autour de lâorigine du sceau demeure un sujet sensible dans les cercles historiques et artistiques camerounais. Mais au-delà des controverses, une certitude demeure : Fabien Abana fait partie de ces artistes méconnus dont la contribution à la construction symbolique de la nation mérite dâêtre pleinement racontée, reconnue et transmise.
Lâoubli est la ruse du diable !
Arol KETCH â 11.05.2026
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