L’assassinat du Commandant Pierre Galopin


Né le 10 janvier 1932, Pierre Galopin était un espion français membre du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), en quelque sorte le service de renseignement militaire extérieur français.
Au lendemain des indépendances des pays africains, soucieuse d’avoir la mainmise sur les nouveaux dirigeants, la France assurait généralement la garde de ceux-ci pour ainsi pouvoir les remplacer facilement s’ils devenaient moins dociles.
C’est ainsi que l’espion français Pierre Galopin avait été détaché comme coopérant militaire français à la tête de la Garde nationale tchadienne, puis au sein des services de renseignements tchadiens.
Le Commandant Pierre Galopin va s’illustrer par une cruauté indicible et une grande brutalité. Il prenait un malin plaisir à pratiquer la torture sur les Tchadiens. Il organisait même des raids meurtriers pour éliminer les rebelles tchadiens. C’est à l’occasion d’un raid mortel, qu’il décima des proches du chef rebelle Goukouni Oueddei.
En 1969, Galopin avait réussi à diviser politiquement les éléments de la rébellion dans le Tibesti et à rallier une importante partie des rebelles Toubou à la cause gouvernementale. Il va rééditer le même exploit en 1971 dans le GUERA. Il a l’entière confiance du Président Tombalbaye.
Le 21 Avril 1974, des rebelles menés par Hissène Habré et Goukouni Oueddei, chef des Forces Armées du Nord (FAN) réalisent un coup fumant.
Ils prennent en otage dans le Tibesti trois Occidentaux : Françoise Claustre, archéologue au CNRS, Marc Combe, coopérant français et le médecin allemand Christophe Staewen. L’idée à travers ce coup sans précédent est d’internationaliser et de médiatiser la cause de leur mouvement CCFAN (Conseil de commandement des forces armées du Nord) d’une part, et d’autre part, de négocier pour obtenir des moyens matériels pour équiper leur rébellion.
Les médias internationaux découvrent alors Hissène Habré dont les images se bousculent à la une des télévisions.
L’Allemagne cède aux revendications des rebelles pour récupérer le docteur Staewen.
La France quant à elle ne sait pas sur quel pied danser car elle est un soutien actif du régime de Tombalbaye que combattent ces rebelles.


La France entame des négociations secrètes avec les rebelles et envoie comme négociateur sur le terrain l’un de ses plus brillants éléments : Pierre Galopin; officier méhariste; numéro 2 du service de renseignement tchadien, le CCER (Centre de coordination et d’exploitation du renseignement). Pierre Galopin est persuadé qu’il va mater Hissène Habré. Erreur monumentale.
Le négociateur entre en contact avec les rebelles établis dans le Nord. Mais fin tacticien, Hissène Habré réalise un coup de force inimaginable; il décide de capturer l’espion Pierre Galopin lors d’une négociation. Ce prisonnier pèsera dans la balance lors des négociations. Galopin est utilisé comme un moyen de pression direct envers Paris, qui ne se presse pas de finaliser les négociations. La France va même demander à un ancien professeur d’Hissène Habré à la faculté de droit et à Sciences en France de faire un message pour l’appeler à la raison. C’est peine perdu.
Le 2 Avril 1975, Galopin est présenté devant un tribunal révolutionnaire présidé par Habré. La sentence tombe; Galopin est condamné à mort pour crime contre l’humanité et génocide.
Hissène Habré lance un dernier ultimatum au gouvernement français: si Paris ne livre pas les armes avant le 4 avril 1975 10 heures, Galopin sera exécuté. Mais le France qui ne prend pas au sérieux cette menace ne livre pas les armes demandées.
A l’heure dite, Galopin qui a été identifié par les rebelles comme un espion français est sauvagement torturé. Au cours des séances de tortures, il va reconnaître les nombreux coups foireux qu’il a réalisés pour le compte de la France. Il est intérrogé sur l’assassinat de l’opposanant Tchadien Autel BONO à Paris, sur la vérité de la vente par Tombalbaye de la bande d’aouzou à Mouamar Kadaphi pour 23 millards de Franc CFA. Galopin est tenu responsable par les rebelles de la répression et d’un raid mortel sur des proches de Goukouni Oueddei.
Galopin est froidement abattu sur ordre de Hissène Habré.
Pierre Claustre, mari de Françoise et directeur de la Mission de réforme administrative au Tchad, tente alors de négocier directement avec les rebelles, mais est enlevé à son tour le 2 septembre 1975. Les rebelles demandent désormais une rançon de 10 millions de francs français. Le 25 septembre, la France verse une rançon de 4 millions de francs français et promet du matériel militaire.
Goukouni Oueddei et Hissène Habré se disputent violemment pour des divergences stratégiques. Hissène Habré s’enfuit dans le désert, laissant les otages entre les mains de Goukouni Oueddei.
La suite dans un prochain épisode.
Arol KETCH – 29.04.2021
Rat des archives

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