Le sodomiseur de brebis

Entre le XIIIe et le XVIIe siècle, dans plusieurs sociétés occidentales, les animaux pouvaient être traînés devant la justice et condamnés au même titre que les hommes. Ils étaient jugés par des tribunaux civils ou ecclésiastiques selon les époques. Ils étaient généralement accusés de : vol ou destruction de bien, provocation d’accident grave ou de la mort d’individus. Un avocat d’office était désigné et la peine capitale était souvent prononcée. On notait aussi les sanctions suivantes : excommunications ou exorcismes publics.
L’animal au Moyen Âge porte la responsabilité de ses actes, et non son propriétaire. Un système judiciaire qui nous paraît bien étrange aujourd’hui. Certains jugements s’appuyaient sur des textes bibliques. Selon le Livre de l’Exode, « si un bœuf encorne un homme ou une femme et cause sa mort, le bœuf sera lapidé et l’on n’en mangera pas la viande, mais le propriétaire du bœuf sera quitte » (Ex 21,28).
Notons que 90 % des animaux conduits devant la justice en Europe entre le XIIIe et le XVIIe siècle sont des cochons ; on les jugeait très proches génétiquement de l’être humain.
Il y a eu cependant plusieurs autres cas impliquant d’autres animaux. Par exemple, des brebis sodomites.
Nous sommes au 17ème siècle en Auvergne en France. Un dimanche matin vers 9h, des passants sortant de l’église vont surprendre un jeune homme en plein ébat sexuel avec une brebis noire tout près de l’Eglise. Pierre Gauthier âgé de 26 ans sodomisait avec vigueur, une pauvre brebis noire. Les passants endimanchés n’en croient pas leurs yeux. C’est une abomination ! Le jeune sodomite est arrêté et incarcéré. Il échappe de très peu au lynchage. La foule scandalisée par son acte veut tout simplement le lyncher car de tels actes pourront amener le malheur à s’abattre sur le village comme ce fut le cas à Sodome et Gomorrhe dans la Bible. Le jeune et la brebis sont incarcérés ; on prend la peine de les mettre dans des cellules différentes de peur que le sodomite ne viole la pauvre brebis à mort.
Une date est fixée pour le procès ; le jeune homme et la brebis sont convoqués devant la barre. Plusieurs témoins vont témoigner avoir surpris le jeune homme à plusieurs reprises en plein accouplement avec des animaux. Des témoins disent même l’avoir surpris en pleins ébats avec une chienne pour certains et une jument pour d’autres. De profession laboureur, monsieur Gauthier excellait plutôt dans le labourage du derrière des animaux.


Ce qui horripile les juges et l’assistance c’est que le jeune homme est marié à une très belle femme ; même s’ils n’ont pas d’enfants. On ne comprend pas pourquoi ce jeune laboureur préfère délaisser sa femme pour s’accoupler avec des animaux et labourer le derrière de ceux-ci. Et fait grave, monsieur Gauthier ne va pas à la messe. Le juge lui lance alors : « Pourquoi vous n’allez pas à la messe ? Vous êtes accusé de copulation diabolique avec des animaux. C’est un crime impardonnable. À quoi vous sert donc votre femme ? Et pourquoi vous êtes-vous marié ? Commencez donc par demander pardon à Dieu, je vous en prie. Vous avez commis un péché impardonnable, l’irréparable. Vous avez une inclination sodomite et seul Dieu pourrait effacer votre crime ».
Malgré toutes les charges infâmes qui pèsent contre lui, monsieur Gauthier refuse de reconnaitre les faits.
Puis, c’est au tour de la pauvre brebis de passer à la barre. Le juge demande au pauvre animal comment est-ce qu’elle a pu se laisser faire. Il soulève même la question du consentement. Comment peut -elle négliger les mâles de sa race pour se faire enfourcher par un homme ? Que deviendra le genre moutonnier si toutes les brebis agissait de la sorte ?
Un témoin dans la salle décide de voler au secours du pauvre animal. Il s’agit du propriétaire de la brebis, un certain Etienne. Celui-ci explique que sa brebis est innocente et n’était pas consentante car elle subissait les assauts répétés du sodomite et en guise de protestation, elle bêlait car elle n’était pas du tout consentante. Le propriétaire raconte qu’il avait surpris le sodomite plusieurs fois en train d’enfourcher sa brebis et à chaque fois celui-ci l’avait supplié de ne pas le dénoncer ; promettant qu’il ne recommencera plus.
Puis, c’est au tour de l’aubergiste de témoigner. Celui-ci raconte que l’épouse du sodomite est très malheureuse car depuis que celui-ci fréquente les animaux, il ne remplit plus son devoir conjugal. Cette dernière l’aurait même surpris en plein accouplement avec une brebis près du ruisseau. Pour l’aubergiste, c’est un vicieux qu’il faudrait condamner à mort.
C’est à présent au tour de la femme du sodomite de témoigner. Elle se prénomme Claudine. Elle apparaît toute triste et fusille son mari du regard. Elle raconte sa tristesse ; elle dit être la risée de toute la ville. Elle révèle que son mari est impuissant et que ça fait un peu plus de 5 ans qu’ils n’ont pas fait l’amour. Raison pour laquelle, ils n’ont pas de progéniture.
Le procès est suspendu. Deux experts chirurgiens sont nommés par le juge pour examiner le corps de monsieur Gauthier et celui de la victime. Le verdict tombe raide comme un couperet, selon les experts, Monsieur Gauthier a bel et bien pénétré fougueusement et vigoureusement la brebis.
Pierre Gauthier passe aux aveux et reconnait avoir copulé avec la brebis noire à plusieurs reprises et sous plusieurs positions. Pierre Gauthier est condamné à être attaché à un poteau planté sur la Grande Place. Et à y être brûlé vif ainsi que la brebis noire. Aussi, tous ses biens seront confisqués au profit de la ville et du roi.
Le jour de l’exécution, toute la ville est présente sur la grande place du marché où se passera l’exécution. La foule chante et crie à la mort ! Pierre Gauthier est pendu à la potence. Deux gardes portent la brebis et l’immobilise sur une sorte d’escabeau. Le bourreau règle son compte d’un geste sec et bref. Les cadavres des deux condamnés sont jetés au sol ; le bourreau y met du feu. Ils seront entièrement brûlés. La foule heureuse exulte et danse de joie. Les cendres des condamnés à morts sont recueillis et enfouis dans les profondeurs de la forêt afin que les esprits de ces êtres maudits ne hantent pas le village et surtout afin d’éviter que le malheur ne s’abatte à jamais sur le village.
En entendant une autre histoire, voici l’histoire de Mongo Faya et ses multiples épouses : https://youtu.be/_RWBTQa-eTk
Arol KETCH – 09.06.2021
Fourmi Magnan égarée

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