08 août 1914 – 08 août 2021 : 107 ans de la mort de Martin Paul Samba

De nombreux historiens camerounais le considèrent comme l’un des premiers héros et nationalistes du Cameroun.

Martin-Paul Samba est un officier militaire, qui formé par les colons allemands qui le considéraient comme l’un de leurs favoris, va finir par se retourner contre eux et organiser un soulèvement contre cette puissance colonisatrice. Il sera fusillé à la veille de l’éclatement de la première guerre mondiale le 08 août 1914 ; ça fait 106 ans aujourd’hui.De son vrai nom Mebenga M’Ebono, il est né en 1874 à Metundu Engong, non loin d’Ebolowa. Il est très tôt orphelin. Il n’a pas connu son père. Sa mère meurt après sa naissance. Il est élevé par Ado Mbo, l’épouse de son oncle paternel Oban Ebono.

En 1885, la famille émigre aux alentours de Kribi et s’installe dans le village d’Akok. C’est là-bas que Mebanga passera son enfance. Il est aussitôt repéré par les allemands qui à peine arrivés sont conquis par sa vivacité d’esprit. Le jeune Mebanga deviendra le guide de ces derniers. Il accompagne l’explorateur allemand Kurt von Morgan lors des expéditions dès 1889.Les allemands décident de l’envoyer se former en Allemagne. En 1891, il s’envole pour l’Allemagne sous la protection de Kurt von Morgan. Il intègre l’académie militaire allemande. C’est là-bas qu’il reçoit le nom « Samba » et est baptisé « Martin-Paul ». Mebenga M’Ebono devient donc Martin-Paul Samba. Il sort diplômé de cette académie en 1894 avec le grade de capitaine. Après l’obtention de son diplôme, il retourne au Cameroun, caressant l’espoir d’être nommé gouverneur à la place de l’allemand Von Puttkamer. Espoir qui ne se réalisa pas.Au Cameroun, il va accompagner les allemands dans leurs expéditions sous le commandement de Hans Dominik pendant 7 ans. Il va les aider dans la conquête du Sud Cameroun, jusqu’à l’Adamaoua. Les allemands ont une confiance aveugle et absolue en lui. Au cours de ces expéditions, il va recevoir une flèche empoisonnée qu’il va traiter avec les produits naturels. C’est donc ainsi qu’il va quitter l’armée allemande car devenue quasi impotent. En 1902, il démissionne de l’armée dans l’optique de devenir un homme d’affaires à Ebolowa. Les allemands vont l’aider à se reconvertir comme commerçant ; il va travailler avec les firmes allemandes.

Son attitude va progressivement changer à l’égard des allemands. Il est très indigné par les mauvais traitements que les allemands infligent aux populations locales. Il intervient généralement comme négociateur pour apaiser la situation. Il devient chef local en 1910. Samba attend une plus grande récompense des allemands pour service rendu. Il espère par exemple devenir le grand chef supérieur des Bulu. La nomination en 1911 de Charles Atangana comme chef suprême des Ewondo inquiète Samba, qui a le sentiment que les Allemands favorisent les Ewondo plutôt que les Bulu. La goutte d’eau qui fera déborder le vase, c’est lorsque Samba va apprendre que les allemands ont arraché des bébés dans des bras de leurs mamans pour les jeter à l’eau. Dès 1912, il commence à planifier activement un soulèvement. Il va entrer en correspondance avec Rudolf Douala Manga Bell. D’un commun accord, les deux hommes vont décider de demander de l’aide aux ennemis de l’Allemagne. Samba commence discrètement à former des guerriers Bulu à des tactiques de guerre et de lutte apprises en Allemagne. Il obtient le soutien de plusieurs chefs du Sud Cameroun notamment Madola de Batanga et Edande Mbita.

Samba arrive à acquérir des armes et des munitions.Martin Paul Samba cherche à entrer en contact avec les troupes françaises basées à Brazzaville en république du Congo et avec les Anglais installés au Nigéria. L’un de ses frères Bulu ira le trahir et révélé ses plans aux allemands. Malheureusement pour Samba, ses lettres vont tomber entre les mains des officiers allemands.Samba est arrêté le 1er août 1914 et inculpé de haute trahison. Il est fusillé par les allemands le 08 août 1914 à Ebolowa dans l’actuelle Région du Sud Cameroun.À Grand Batanga, le chef Madola, accusé d’avoir envoyé une pirogue contacter un bateau ennemi en mer, est déporté et exécuté à son tour.Dans le nord Cameroun, quelques jours plus tard, les lamibé de Kalfu et de Mindif et cinq dignitaires de Maroua sont également tués.La mort de Martin Paul Samba est l’objet d’un récit qui se transmet de générations en générations. Voici ce récit tel que relaté par le père Engelbert Mveng :« Samba condamné à mort, marcha au lieu de son exécution. On voulut lui bander les yeux : il refusa ; il n’avait pas peur de mourir. Debout, il attendit le signal. Le commandant cria : Feu ! A ce moment, Samba tira se sa poche un mouchoir qu’il portait toujours sur lui, c’était son porte-bonheur. Il agita, les fusils crépitèrent et les balles passèrent en sifflant autour de lui. Aucune n’osa le toucher. Le Blanc commanda au premier soldat de tirer. Le coup partit, le mouchoir s’agita, les balles s’envolèrent en sifflant. Le second soldat tira, les balles s’envolèrent en sifflant. Tous tirèrent, Samba était toujours debout et souriant. Soudain, il plia le mouchoir et dit : « Je n’ai pas peur de la mort mais vous n’aurez jamais le Cameroun. Vous pouvez tirer maintenant. ». Les fusils crépitèrent et Samba s’écroula. Il était mort. »Jusqu’à ce jour, on ne sait pas exactement où a été enterré Samba. Samba n’avait pas peur de la mort ; sa plus grande tristesse, sa douleur était qu’il fut trahi par ses frères.

Arol KETCH – 09.08.2021

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