Février 1975, Joseph Nkono prend part à la grande épreuve cycliste Yaoundé – Eséka – Yaoundé. Tous les regards sont tournés vers lui d’autant plus qu’il fait partie des favoris.
Le samedi 17 février, 17 coureurs prennent le départ à 9h05 min devant le “grand canari bar” au Grand Messa en direction d’Eséka. Après 30 km, Soya, ce vieux coureur très persévérant, est abandonné par le peloton. Kono prend la tête du peloton accompagné de Balla; ils se font rattraper quelques minutes plus tard par Owona.
À 80 km de Yaoundé, Kono a une crevaison. Il en aura trois autres avant d’atteindre Eséka. Owona profite des pannes de Kono et remporte cette première étape. Kono n’arrive que 34 minutes plus tard et est classé, 8e. C’est un exploit pour un cycliste qui a subi autant de crevaisons.
Le lendemain se déroule la deuxième étape : Eséka – Yaoundé en passant par Makak, Otélé et Ngoumou. Les 17 coureurs prennent le départ d’Eséka à 7h40.
A peine 20 km après le départ, Kono et Ekani sont victimes de crevaisons.
Kono change rapidement le boyau de la roue crevée; pédale à fond et réussit à rejoindre le peloton de tête. A Minkae, Kono a une nouvelle crevaison. Devenu habitué, il répare son boyau et redémarre aussitôt. Il veut absolument remporter cette étape, ce qui devient quasiment impossible.
Furieux et abattu par le sort qui semble s’abattre sur lui, Kono éclate en sanglots en invoquant ses ancêtres “ A bekon be Mvog Manga, mebo mina dze?” ce qui signifie “ Oh mes ancêtres Mvog Manga, que vous-ai je fait ?”
Cela est l’expression du désespoir qui l’habite. Depuis la première étape de la course, il collectionne les crevaisons.
A 3 km de Ngoumou, Kono subit une nouvelle crevaison. Cette fois-ci; c’est la crevaison de trop. Ne pouvant contenir sa colère, il se jette par terre et pleure à chaudes larmes. Il est inconsolable et se résigne à abandonner.
Mais qui est donc ce cycliste persévérant habité par l’esprit de la gagne?
Né le 29 décembre 1950, Joseph Kono est champion cycliste camerounais.
Capitaine emblématique de l’équipe nationale de cyclisme des années 80, Joseph Kono a considérablement marqué cette discipline au Cameroun et même en Afrique : 7 fois champion du Cameroun, 2 fois vainqueur du Tour du Cameroun, 3 fois champion provincial ( Centre – Sud), 2 fois champion d’Afrique, 1 fois vainqueur des Jeux d’Afrique Centrale, 1 fois vainqueur du Tour de Côte-d’ Ivoire (Tour du café de Côte d’ivoire) , 1 fois vainqueur du tour du Zaïre ( aujourd’hui RDC).
Il a participé à 4 jeux olympiques (Munich 1972, Montréal 1976, Moscou 1980, Los Angeles 1984) et gagné 77 trophées durant sa carrière. Probablement le cycliste le plus titré de l’histoire du Cameroun.
En 1981, le Président Zaïrois Mobutu Sesse Seko le consacre meilleur Cycliste Africain. En 1982, il fait chevalier de l’ordre de la valeur par le Président Paul Biya.
Il vit aujourd’hui dans l’abandon, l’indifférence et l’oubli.
L’oubli est la ruse du diable !
La terre est sale ! Si è ne mvit ! Ngo Bagde !
Arol KETCH – 16.06.2024
Rat des archives
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