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Rendre hommage ร Jean Marie Teno , cโest saluer une voix rare, libre et profondรฉment nรฉcessaire dans le paysage du cinรฉma africain.
Cโest reconnaรฎtre un homme qui, depuis plus de quatre dรฉcennies, filme avec luciditรฉ, courage et constance les fractures, les mรฉmoires et les espoirs du continent africain souvent ร contre-courant, toujours avec exigence.
Nรฉ le 14 mai 1954, ร Famleng, une petite localitรฉ de lโOuest-Cameroun, Jean Marie Teno porte en lui une histoire personnelle marquรฉe trรจs tรดt par la rupture, lโabsence et les contradictions dโun pays en pleine mutation.
De son enfance dans le Sud du Cameroun (oรน mon pรจre tient un petit commerce) ร son passage au Lycรฉe Leclerc de Yaoundรฉ, il traverse une jeunesse faite de chaos, dโinรฉgalitรฉs et de prises de conscience brutales. Lร oรน certains auraient sombrรฉ dans le silence, lui choisit de regarder le rรฉel en face. Et surtout, de le raconter.
Son cinรฉma naรฎt de cette nรฉcessitรฉ : comprendre, dรฉnoncer, transmettre.

Depuis 1985, Jean-Marie Tรฉno bรขtit patiemment une ลuvre majeure, exigeante et engagรฉe. ร travers ses films, il interroge sans relรขche les hรฉritages de la colonisation, les dรฉrives du pouvoir, les fractures sociales et les trahisons des รฉlites.
Des ลuvres comme Afrique, je te plumerai, Chef !, Vacances au pays, Bikutsi Water Blues, Une Feuille dans le vent, Lieux saints ou encore Clando tรฉmoignent de cette volontรฉ farouche de dire ce qui dรฉrange, de mettre la camรฉra lร oรน elle est souvent absente ; lร oรน elle fait mal, mais oรน elle รฉclaire.
Son regard est sans concession, mais jamais dรฉsespรฉrรฉ. Il est traversรฉ par une foi profonde dans la capacitรฉ des peuples ร se rรฉapproprier leur histoire, leur mรฉmoire et leur dignitรฉ.
Membre de lโAcadรฉmie des Oscars depuis 2017 dans la section documentaire, invitรฉ dans de nombreux festivals internationaux, jurรฉ, enseignant, formateurโฆ Jean-Marie Tรฉno est aussi un passeur. Un homme qui transmet, qui partage, qui forme. Car pour lui, le cinรฉma nโest pas seulement un art : cโest un outil de transformation sociale, un espace de rรฉsistance, un levier dโรฉmancipation.

Cet engagement prend une forme concrรจte avec le projet Patrimoines-Heritage, lancรฉ en 2017 au Cameroun. ร travers cet atelier, il ลuvre ร la formation de nouvelles gรฉnรฉrations de cinรฉastes, en valorisant les rรฉcits locaux, les savoirs endogรจnes et les patrimoines souvent invisibilisรฉs. Sa dรฉmarche est profondรฉment ancrรฉe dans les territoires, dans les communautรฉs, dans la transmission vivante.
En 2023, avec la crรฉation de Laโa Lom, ยซ la forge du village ยป, il donne encore plus de corps ร cette vision. Ce lieu envisage รชtre un sanctuaire pour la mรฉmoire, un laboratoire pour lโimaginaire, un foyer pour les voix de demain. Un lieu oรน le cinรฉma devient collectif, enracinรฉ, vivant.
Et pourtant, malgrรฉ lโampleur de son ลuvre et la reconnaissance internationale, Jean Marie Teno reste trop souvent mรฉconnu dans son propre pays oรน il nโa jamais รฉtรฉ honorรฉ.
Cette injustice ne fait que souligner davantage la force de son parcours : celui dโun homme qui nโa jamais cherchรฉ la facilitรฉ ni la complaisance, mais la vรฉritรฉ.
Jean Marie Teno est de ces cinรฉastes qui ne se contentent pas de raconter le monde ; ils le questionnent, le bousculent, le transforment.

Lui rendre hommage aujourdโhui, cโest reconnaรฎtre en lui bien plus quโun rรฉalisateur :
cโest saluer un tรฉmoin de lโhistoire, un artisan de la mรฉmoire, un semeur de conscience.
Et surtout, cโest affirmer que son ลuvre, profondรฉment humaine et universelle, continuera dโรฉclairer les gรฉnรฉrations futures.
Vous pouvez dรฉcouvrir ses ลuvres et regarder ses films sur son site : https://laalom.org/
Arol KETCH – 16.04.2026
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