jeudi, mai 14, 2026
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๐๐ ๐จ๐  ๐‹๐ข๐ญ๐ฎ๐›๐š ๐ž๐ญ ๐ฌ๐ž๐ฌ ๐ฆ๐ฒ๐ญ๐ก๐ž๐ฌ

Au cล“ur des forรชts profondes du Cameroun, lร  oรน la Sanaga dรฉroule ses eaux puissantes entre les collines et les lianes, se dresse un rocher immense que les anciens appellent depuis des siรจcles : Ngog Lituba.

Vue de loin, elle ressemble ร  un immense rocher รฉventrรฉ.

Une montagne percรฉe dโ€™une ouverture naturelle, comme si quelque chose de gigantesque lโ€™avait traversรฉe.

Les peuples Bassa, Bakoko et Bati lโ€™appellent Ngog Lituba ou Ngog Lipondo, ce qui signifie ยซ la pierre creuse ยป. Pour eux, ce lieu nโ€™est pas une simple curiositรฉ gรฉologique. Cโ€™est un sanctuaire ancien, un lieu de mรฉmoire et de mystรจre.

Situรฉe ร  prรจs de 800 mรจtres dโ€™altitude, sur une montagne culminant ร  plus de 1 500 mรจtres, la grotte domine une forรชt dense traversรฉe par le fleuve Sanaga. Depuis des gรฉnรฉrations, elle intrigue autant les habitants que les scientifiques. Certains pensent que la roche est le vestige dโ€™un ancien volcan.

Dโ€™autres รฉvoquent lโ€™impact dโ€™une mรฉtรฉorite tombรฉe du ciel il y a des milliers dโ€™annรฉes. La pierre porte dโ€™ailleurs des marques troublantes : des formes gonflรฉes comme si elle avait รฉtรฉ exposรฉe ร  une chaleur extrรชme, mais aussi des empreintes humaines et animales incrustรฉes dans la roche.

Mais au-delร  des thรฉories, Ngog Lituba vit surtout ร  travers les rรฉcits et mythes transmis par les anciens.

Selon les traditions des peuples Bassa et Bakoko, cโ€™est ici que lโ€™humanitรฉ africaine aurait commencรฉ.

Un premier mythe raconte quโ€™au commencement du monde, le dieu vivant Nyambรฉ descendit sur terre et choisit Ngog Lituba comme demeure. Il crรฉa les esprits, les riviรจres, la forรชt, puis le premier couple humain.

Ces premiers รชtres รฉtaient particuliers : ils nโ€™avaient pas de nombril, parce quโ€™ils nโ€™รฉtaient nรฉs dโ€™aucune femme. Ils venaient directement de la crรฉation divine.

Nyambรฉ vivait avec eux dans le creux de la montagne. ร€ cette รฉpoque, la mort nโ€™existait pas. Les hommes vivaient dans la paix, lโ€™abondance et lโ€™unitรฉ.

Quand ils vieillissaient, ils se rendaient au pied dโ€™un petit arbre sacrรฉ appelรฉ Singue. Aprรจs neuf jours passรฉs auprรจs de lui, leur jeunesse revenait.

Le peuple vivait heureux, uni ยซ comme les cinq doigts de la main ยป.

Mais un jour, les hommes commencรจrent ร  croire quโ€™ils nโ€™avaient plus besoin de Nyambรฉ. Ils oubliรจrent celui qui leur avait donnรฉ la vie.

Alors le dieu convoqua le peuple devant la montagne et leur montra un faisceau de branches attachรฉes ensemble. Aucun homme ne parvint ร  le casser. Puis Nyambรฉ dรฉtacha les branches une ร  une, et mรชme les plus faibles rรฉussirent ร  les briser.

Il voulait leur rappeler une vรฉritรฉ essentielle : ย ยป L’union fait la force. La division entraรฎne la chuteย ยป

Mais les hommes nโ€™รฉcoutรจrent pas.

Alors Nyambรฉ quitta la terre, emporta avec lui lโ€™arbre sacrรฉ Singue, et laissa derriรจre lui la maladie, la souffrance et la mort. Depuis ce jour, disent les anciens, les hommes vivent sรฉparรฉs de Dieu.

Un autre mythe raconte que Ngog Lituba fut aussi un refuge.

ร€ une รฉpoque de guerre et de fuite, des ancรชtres Bassa poursuivis par leurs ennemis arrivรจrent devant la grotte. Ils sโ€™y cachรจrent dans lโ€™espoir dโ€™รฉchapper ร  leurs poursuivants. Mais juste avant lโ€™arrivรฉe des ennemis, une araignรฉe descendit et tissa sa toile ร  lโ€™entrรฉe de la grotte. En voyant cette toile intacte, les poursuivants pensรจrent que personne nโ€™รฉtait entrรฉ dans la montagne et poursuivirent leur route.

Ainsi, selon la lรฉgende, une simple araignรฉe sauva tout un peuple.

Cโ€™est pour cette raison que beaucoup de familles Bassa considรจrent encore aujourdโ€™hui Ngog Lituba comme le lieu dโ€™origine de leurs ancรชtres. Certains affirment mรชme que leurs lignรฉes ยซ sont sorties de la pierre creuse ยป.

Au fil du temps, la montagne est devenue un haut lieu spirituel. Entre le Xe et le XIIIe siรจcle, plusieurs traditions situent dans cette rรฉgion les premiers รฉtablissements des peuples Bassa et Elog-Mpoโ€™o avant leurs migrations vers les rives du Wouri et du Littoral camerounais.

Puis, au XXe siรจcle, une nouvelle histoire sโ€™ajouta aux anciennes croyances. En 1959, lโ€™รฉvรชque catholique de Douala, Thomas Mongo, fit รฉriger une grande croix et une statue de la Vierge Marie au sommet de la montagne afin de transformer le lieu en sanctuaire chrรฉtien et en site de pรจlerinage.

Depuis lors, des milliers de chrรฉtiens gravissent chaque annรฉe la montagne pour prier. Mais cette christianisation du site provoqua aussi des tensions, car plusieurs communautรฉs autochtones considรฉraient que la montagne sacrรฉe appartenait dรฉjร  ร  leurs traditions ancestrales.

Aujourdโ€™hui encore, Ngog Lituba reste enveloppรฉe de mystรจre.

Pour certains, cโ€™est un simple phรฉnomรจne naturel.

Pour dโ€™autres, cโ€™est le berceau des peuples Bassa, Bakoko et Bati.

Pour dโ€™autres encore, cโ€™est un lieu oรน le ciel et la terre se sont autrefois rencontrรฉs.

Et lorsque le vent souffle entre les rochers au coucher du soleil, les anciens disent quโ€™on peut encore entendre lโ€™รฉcho de la voix de Nyambรฉ rรฉsonner dans la montagne sacrรฉe.

L’oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH

Rat des archives

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