jeudi, avril 30, 2026
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Cet รฉpisode demeure lโ€™un des pans les plus mรฉconnus de lโ€™histoire du Cameroun contemporain.

En juillet 1976, une vague de rรฉpression dโ€™une ampleur exceptionnelle sโ€™abat sur des milliers de militants et sympathisants de lโ€™Union des Populations du Cameroun (UPC), arrรชtรฉs, torturรฉs et dรฉportรฉs dans des lieux de dรฉtention politique.

Cinq ans plus tรดt, le 15 janvier 1971, lโ€™exรฉcution publique dโ€™Ernest Ouandiรฉ ร  Bafoussam ; aux cรดtรฉs de Raphaรซl Fotsing et Gabriel Tabeu, dit ยซ Wambo le Courant ยป avait laissรฉ croire au rรฉgime de Yaoundรฉ quโ€™il avait dรฉfinitivement brisรฉ lโ€™UPC en dรฉcapitant son leadership. Pourtant, loin de sโ€™รฉteindre, le mouvement survit dans la clandestinitรฉ : ses rรฉseaux dormants poursuivent un patient travail de mobilisation et de sensibilisation.

En juillet 1976, lโ€™UPC en exil appelle ร  une grรจve gรฉnรฉrale. Sur le territoire national, les relais locaux sโ€™activent pour en assurer la mise en ล“uvre. La rรฉponse des autoritรฉs est immรฉdiate et brutale. Une vaste opรฉration de traque est lancรฉe, orchestrรฉe par la police politique, sous la direction redoutรฉe du terrible Jean Fochivรฉ.

Les arrestations se multiplient ร  un rythme effrรฉnรฉ, touchant non seulement les milieux militants, mais aussi lโ€™administration et lโ€™Universitรฉ de Yaoundรฉ. En moins de quinze jours, prรจs de cinq cents personnes sont interpellรฉes. Dรฉbut aoรปt, les estimations รฉvoquent dรฉjร  plus dโ€™un millier dโ€™arrestations, chiffre qui dรฉpasse les deux mille ร  la mi-aoรปt, ร  la suite dโ€™une nouvelle vague destinรฉe ร  รฉtouffer lโ€™appel ร  la grรจve.

La situation se caractรฉrise alors par un arbitraire quasi total. La police politique, dotรฉe de pouvoirs รฉtendus et ne rendant compte quโ€™au chef de lโ€™ร‰tat, procรจde ร  des arrestations sans mandat ni contrรดle effectif.

Dans ce contexte, il devient impossible, mรชme pour les autoritรฉs, de dรฉterminer avec prรฉcision le nombre exact de victimes de la rรฉpression.

Les libรฉrations sont rares. On รฉvoque le cas isolรฉ dโ€™une femme enceinte de huit mois, griรจvement torturรฉe, finalement placรฉe en rรฉsidence surveillรฉe. La plupart des dรฉtenus, sans inculpation ni jugement, sont transfรฉrรฉs vers des camps de dรฉtention de lโ€™arriรจre-pays ( Mantoum, Mokolo, Tchollirรฉ ) dont la sinistre rรฉputation est largement connue. Ces lieux, assimilรฉs ร  de vรฉritables bagnes, sont associรฉs ร  des conditions de dรฉtention extrรชmes, dont beaucoup ne reviennent pas indemnes.

Parmi les figures touchรฉes par cette rรฉpression figurent des responsables du mouvement tels que Mouen Gaspard ou Ebellรฉ Tobo. Mais la violence ne sโ€™arrรชte pas aux cadres : elle frappe indistinctement hommes, femmes et mรชme des mineurs.

Des รฉtudiants et mรชme des รฉlรจves de moins de dix-huit ans sont arrรชtรฉs, torturรฉs et dรฉportรฉs. Plusieurs femmes subissent รฉgalement des sรฉvices graves. Lโ€™une dโ€™elles, Ndongo Ngallรจ Hรฉritรฉe, est torturรฉe au camp de Mantoum et en sort lourdement handicapรฉe. Elle est dรฉsormais hรฉmiplรฉgique.

Les dรฉtentions sโ€™รฉtendent sur de longues annรฉes. Pour certains, lโ€™incarcรฉration ne prend fin quโ€™en 1984.

Les รฉvรฉnements de juillet 1976 marquent durablement lโ€™histoire politique du Cameroun. Ils affaiblissent profondรฉment lโ€™UPC et portent un coup sรฉvรจre au moral de ses militants, tout en laissant une empreinte durable dans la mรฉmoire collective.

Lโ€™oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH โ€“ 30.04.2026

Rat des archives

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