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Dans lโhistoire politique camerounaise rรฉcente ; il y a des hommes qui ont donnรฉ leurs noms ร des scandales. Mounchipou Seidou est de ceux-lร : ยซ Mounchipougate ยป
Dรฉcembre 1997. Mounchipou Seidou, administrateur civil sorti de l’ENAM, ancien prรฉfet ร Garoua dans les annรฉes de braise, puis gouverneur de l’Extrรชme-Nord, est nommรฉ ministre des Postes et Tรฉlรฉcommunications. C’est le couronnement d’une carriรจre fulgurante. C’est aussi, il ne le sait pas encore, le dรฉbut de sa perte.
Car le ministรจre qu’il reรงoit est une caverne d’Ali Baba. Le GSM arrive en Afrique, l’รtat investit massivement, et un budget annexe รฉchappe aux circuits classiques du Trรฉsor. Les marchรฉs s’attribuent selon des usages peu conformes ร l’orthodoxie comptable. Gestionnaires et fournisseurs se servent : ร la cuillรจre d’abord, ร la louche ensuite, puis par pelletรฉes.

Et sans se cacher en ville, les hommes du Minpostel sont les plus bruyants, les plus voyants utilisateurs de l’argent facile. Ils sont de vรฉritables flambeurs ; ils sโaffichent en train de croquer ร belles dents lโargent du contribuable. Ils collectionnent les nanas etc.
Pendant ce temps, le Cameroun est classรฉ champion du monde de la corruption par Transparency International. Deux annรฉes de suite, 1998 et 1999. Le rรฉgime doit donner des gages. Il lui faut un exemple. Des tรชtes doivent tomber pour lโexemple.
Alors s’enclenche un processus dรฉsormais connu, rรฉglรฉ comme une partition de musique classique. Au Cameroun, quand un baron du rรฉgime doit tomber, la chute obรฉit toujours ร la mรชme chorรฉgraphie en trois temps.
D’abord les ballons d’essai de la rumeur. Il existe une presse ร gages disponible pour faire le sale boulot. On murmure, on insinue, on distille, on balance des infos compromettantes. Ensuite, la disgrรขce s’officialise par un limogeage humiliant. Et enfin, tout se concrรฉtise par l’arrestation spectaculaire. Depuis Mounchipou Seidou et Pierre Dรฉsirรฉ Engo, ce scรฉnario n’a pas beaucoup รฉvoluรฉ.
Pour Mounchipou, la partition se joue ร la lettre. Le 1er septembre 1999, un dรฉcret le limoge. Six jours plus tard, la police judiciaire le cueille ร son domicile de Biyem-Assi, devant femmes et enfants en pleurs. Direction Kondengui. Suivent un mois d’arrestations en cascade : directeurs, collaborateurs, fournisseurs. Le pays assiste ร une vรฉritable sรฉance d’exorcisme collectif. Et le peuple qui veut du sang, exulte !
Notons le rรดle dรฉterminant du SDF dans cette affaire notamment ร travers le dรฉputรฉ MBA Ndam qui ลuvrรฉ pour le dรฉclenchement d’une enquรชte parlementaire.

Le procรจs ressemble ร celui de toute une sociรฉtรฉ. Quelque 400 marchรฉs examinรฉs, plusieurs milliards FCFA de prรฉjudice retenus : surfacturations, fractionnements, marchรฉs fictifs. ร la barre, l’accusรฉ conteste tout. En novembre 2003, le verdict tombe : 20 ans de prison ferme. Une premiรจre dans l’histoire judiciaire du pays pour un ancien ministre. La peine sera ramenรฉe ร 15 ans en appel. Voilร les prรฉmices de ce quโon appellera des annรฉes plus tard ยซ Opรฉration รฉpervier ยป.
Mounchipou passera quinze difficiles annรฉes derriรจre les barreaux. Son coaccusรฉ Dieudonnรฉ Angoula, ancien directeur des Tรฉlรฉcommunications qu’on surnommait ยซ le beau-pรจre du prรฉsident ยป, n’en sortira pas vivant : il meurt ร Kondengui en 2009, dans l’indiffรฉrence du palais.
Libรฉrรฉ en fรฉvrier 2014 par dรฉcret prรฉsidentiel, accueilli en triomphe ร Foumban, Mounchipou Seidou consacre ses derniers mois ร un livre : sa version des faits, รฉcrite selon ses dires pour la postรฉritรฉ. Il n’aura pas le temps de l’achever. Parti en France en dรฉcembre 2015 pour le mariage de sa fille aรฎnรฉe, il s’รฉteint ร Toulouse dans la nuit du 17 au 18 janvier 2016.
Arrivรฉ ร une table oรน tout le monde mangeait, Mounchipou s’est simplement empiffrรฉ sans รฉlรฉgance, en faisant beaucoup de bruits ; troublant la tranquillitรฉ du festin. D’autres, avant et aprรจs lui, ont mangรฉ en toute tranquillitรฉ. Sans jamais รชtre inquiรฉtรฉs. Il y a des ministres et directeurs en fonction au Cameroun depuis plus de 30 ans dont les visages ne sont mรชme pas connus ; ils pillent les caisses de lโEtat en toute discrรฉtion. Comme dit lโadage : ยซ La bouche qui mange, ne parle pas ยป.

L’oubli est la ruse du diable.
Moi et mon bon cลur ci hein, toujours lร pour raconter des affaires qui ont marquรฉ notre pays.
La terre est sale ! Si รจ ne mvit ! Ngo Bagdeu !
Arol KETCH
Rat des archives