Emil Zatopek, « la locomotive humaine »

Aujourd’hui, je vais vous raconter la triste histoire d’Emil Zatopek. Considéré comme l’un des plus grands coureurs de tous les temps, il a marqué les esprits à la suite de son triplé historique lors des Jeux olympiques d’Helsinki où il a remporté successivement le 10 000 mètres, le 5 000 mètres et le marathon distance qu’il courait pour la première fois
Avant l’hégémonie totale des athlètes Kenyans et Ethiopiens sur les disciplines du 5000 m et du 10 000 mètres, un homme « blanc » s’était imposé comme le champion incontesté : Emil Zatopek.
C’est l’histoire d’un immense athlète tchécoslovaque qui de 1948 à 1954, sera l’homme qui court le plus vite sur terre en longue distance. Il va pulvériser tous les records : quadruple champion olympique, détenteur de dix-huit records mondiaux sur des distances variées devenant le seul homme à détenir simultanément 8 records du monde différents ; il sera invaincu pendant 38 courses au 10 000 mètres. Il remporte également 15 titres de champion de Tchécoslovaquie sur 5 000 m, 10 000 m et en cross-country. En septembre 1951, il réalise la prouesse de battre en une seule course 4 records du monde différents. Il est le premier à courir plus de 20 kilomètres en moins d’une heure. Un véritable guerrier, incarnation de l’homme machine, une locomotive humaine. Il grimaçait et exprimait beaucoup de souffrances lorsqu’il courait. Il s’entrainait le plus durement possible, il se plaisait dans la douleur et aimait le goût de l’effort ; un véritable forcené du travail. Il a réussi à repousser les limites humaines ; il était habité par le goût du dépassement de soi.
On lui doit plusieurs techniques et méthodes d’entrainement comme par exemple la course fractionnée qui est désormais utilisée par la très grande majorité des athlètes de haut niveau.


Athlète d’Etat, il devint l’un des grands emblèmes du sport soviétique. Il était membre de l’armée de son pays où il va terminer colonel. Ses collègues parleront de colonel honoris causa car il devait ses grades dans l’armée à ses exploits sportifs.
Sa vie et sa carrière sont liés à l’histoire politique de son pays. Il va se soumettre alors qu’il était au sommet de sa carrière au régime communiste tchécoslovaque ; cependant, en patriote convaincu, il va se révolter. Il prend conscience que son pays peut être différent et des idées démocratiques sont aussi possibles.
Sa descente aux enfers surviendra le jour où il va oser s’opposer au régime communiste tchécoslovaque. En août 1968 (10 ans après la fin de sa carrière), il s’insurge contre l’entrée des chars du Pacte de Varsovie venu enterrer le Printemps de Prague. Le héros national, est discrédité après avoir soutenu Alexander Dubček durant le Printemps de Prague, un mouvement de réforme qui cherchait à libéraliser et démocratiser la Tchécoslovaquie. Il est déchu de tout.
Patriote jusqu’à la fin, il refusera même l’asile politique que lui propose la suite ; il est décidé à rester combattre aux côtés des siens. Il est radié du parti communiste et exclu de l’armée.
En guise de sanction, il est envoyé travailler dans les mines d’uranium pendant 6 longues années. Cela aura une grosse incidence sur sa santé. Certains se souviennent, dans les années 70, de l’avoir vu ramasser les ordures dans les faubourgs de la capitale. Il était devenu éboueur.
Jamais, pourtant, il n’abdiquera. Toutefois, notons que sous la contrainte, il a rédigé son autocritique. En attendant d’être pardonné, il restait éboueur dans les rues de la capitale.
Il sera réhabilité en 1975 puis honoré par Václav Havel. Il est envoyé comme archiviste dans les sous-sols du ministère des sports ; puis il prend sa retraite. En 1988, Václav Havel lui décerne l’Ordre du Lion blanc.
Emil Zatopek décède en 2000 des suites d’une pneumonie. Il est intronisé au Panthéon de l’athlétisme de l’IAAF en 2012.
Arol KETCH – 06.07.2021

Rat des archives

Fourmi Magnan égarée

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