Cheikh Anta Diop, le Pharaon noir


C’est un maitre qui m’a beaucoup inspiré. Il disait : « Armez-vous de science jusqu’aux dents et allez arracher sans ménagement des mains des usurpateurs le bien culturel de l’Afrique dont nous avons été si longtemps frustrés »
A l’époque où plusieurs théoriciens occidentaux célèbres s’appliquent à légitimer l’infériorité intellectuelle des « noirs », à l’époque où l’Afrique est considérée comme un continent atemporel, anhistorique et sans civilisation, à l’époque où l’Egypte est conceptuellement, géographiquement, culturellement rattachée à l’orient, un jeune chercheur africain rame à contre-courant du monde scientifique de l’époque et multiplie les déclarations fracassantes : «L’Egypte ancienne était nègre », « La civilisation occidentale est héritière d’une civilisation noire venue du Nil ».
Ces déclarations soulèvent un tollé général dans le monde scientifique. Cheikh Anta Diop puisqu’il s’agit de lui devient l’objet des critiques les plus acerbes. Mais le jeune chercheur ne se démonte pas. Il ne désarme pas. Dans un contexte où les Africains sont les objets mais jamais les sujets de l’Histoire, Cheikh Anta Diop veut rétablir la vérité historique.
C’est pour mettre fin aux falsifications de l’Histoire perpétrées par d’éminents chercheurs au fil des siècles que Cheikh Anta Diop s’est lancé dans des recherches sur le peuplement de l’humanité. Par des travaux scientifiques, linguistiques, sociologiques et anthropologiques, il a réussi à remettre en cause les fondamentaux mêmes de la culture occidentale relatifs à la genèse de l’humanité et de la civilisation.
Malgré l’opposition de ses pairs occidentaux, il a démontré que l’Egypte ancienne, celle des bâtisseurs des pyramides, celle des pharaons, celle où la Grèce hellénique se rendait pour s’imprégner de savoir, était nègre.
Mais qui est ce personnage qui rame à contre-courant du monde scientifique de son époque ? Cheikh Anta Diop est né en 1923. Il démarre sa formation dans une école coranique au Sénégal. Dès ses études secondaires, il s’attache à se doter d’une formation pluridisciplinaire en sciences humaines et en sciences exactes. Excellent élève, il était déjà surnommé « carbone » par ses camarades de classe, petit signe du destin lorsqu’on sait qu’il utilisera la datation des fossiles archéologiques au radiocarbone pour effectuer ses recherches quelques années plus tard.


En Avril 1946, Cheikh Anta Diop s’envole pour Paris afin d’étudier la physique et la chimie mais se tourne aussi vers l’Histoire et les sciences sociales. Anthropologue, égyptologue, linguiste, historien de renommée mondiale, il est auteur de plusieurs ouvrages célèbres dont le fameux Nations nègres et culture (Présence africaine, Paris, 1954). Ouvrage qui va singulièrement bouleverser l’environnement intellectuel de l’époque. Ses conclusions sont tranchantes : « la civilisation de l’Egypte ancienne universellement considérée comme la mère de toutes les civilisations occidentales était négro-africaine »
De retour au Sénégal, « Le pharaon noir » fonde un parti marxiste et devient l’éternel rival de Léopold Sédar Senghor Malgré la dissolution de son parti politique et une incarcération, Diop fut néanmoins élu député de l’opposition au Parlement sénégalais. Il meurt à Dakar, le 7 février 1986. L’université de Dakar porte le nom d’université Cheikh Anta Diop (UCAD) depuis mars 1987.
Source : Extrait de mon livre : Surnoms des hommes et femmes qui ont marqué l’Histoire contemporaine de l’Afrique
Arol KETCH – 14.07.2020
Fourmi Magnan égarée

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