Le train de mort.


1er Fevrier 1962 – En gare de Douala au Cameroun un groupe de 57 nationalistes camerounais (de la prison de New Bell à Douala ) hommes, femmes et enfants est embarqué tôt le matin dans un wagon métallique dont la porte est verrouillée. Un wagon généralement affecté au transport des marchandises et hermétiquement fermé. Le wagon sera scellé et plombé au départ. Quand le train arrive à Yaoundé au début de la soirée, 25 cadavres tous asphyxiés. Le reste achèvera leur destin dans les geôles de la BMM.
Depuis le début de cette année 1962, les maquis de Douala déploient des activités intenses ; celles-ci ont fait écho auprès des détenus politiques de la localité qui y trouvent naturellement un réconfort moral à l’idée de savoir que la lutte pour le triomphe de leur idéal de liberté, de justice et de progrès se poursuit. Les fantoches alertés par leurs services n’ont qu’une idée : éloigner les détenus de Douala et les envoyer à Mokolo, citadelle de la répression, de la torture, de la mort lente et des exécutions sommaires.
Le 1er février donc, 57 détenus politiques extraits de la prison de Douala sont parqués dans un wagon généralement affecté au transport des marchandises et dépourvu de toute ouverture. Les malheureux voyageurs qui s’y trouvaient n’ayant rien mangé ni bu depuis des jours, vont se retrouver dans une condition d’insalubrité et chaleur indicible et condamnés à voyager pour un trajet de 250 km pendant plus quinze heures de route.


Lorsque le train arrive à la gare de Yaoundé le fameux wagon N°31 047, sur les 57 dont 8 femmes et un enfant, 25 détenus politiques étaient déjà morts, parmi les victimes, une femme et un bébé. 25 cadavres gisent sans connaissance sur le plancher, victimes d’une asphyxie criminelle soigneusement organisée par les services judiciaires d’Ahidjo (président de la République) et Arouna Njoya (ministre de la justice).
Les 32 autres visiblement à bout de forces ne ”tiennent” plus que par miracle. Ils sont transportés à l’hôpital où 2 d’entre eux à peine arrivés succombent à leur tour. C’est la panique totale dans les milieux fantoches qui organisent l’habituelle conspiration du silence autour du drame. Les corps sont enterrés manu militari dans les fosses communes. La nouvelle tragique se répand dans le pays comme une trainée de poudre.
Dépassé par les événements, le gouvernement ne peut plus persister dans son silence complice ; plusieurs jours se sont déjà écoulés lorsqu’enfin il se décide à faire publier par Radio-Yaoundé un communiqué à la fois vague et embarrassé. Un journaliste européen, prêtre de son état, publie un article avec force détails sur la tragédie du train. Mais à la stupéfaction générale, le journaliste a été expulsé du Kamerun et le numéro de ”L’Effort Camerounais” comportant son article saisi par les autorités néocolonialistes.
L’enquête sera bouclée et on parlera d’asphyxie accidentelle. Jean Fochivé, chef des services secrets camerounais révéla plus tard que les prévenus avaient été purement et simplement liquidés par les militaires français qui avaient fait de la chasse aux UPCistes une affaire personnelle.
Arol KETCH – 03.07.2020
Fourmi Magnan égarée

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