Les évadés d’Alcatraz

C’est certainement l’évasion la plus célèbre qu’a connue les Etats-Unis. Quand la réalité dépasse la fiction

.Au mois de juin 1962, trois détenus s’échappent en pleine nuit de la prison la plus surveillée des Etats-Unis. Humiliée et bafouée, la justice américaine se lance à leur trousse. Une telle humiliation doit être punie. Une véritable traque internationale est lancée pour débusquer les fuyards.

Que s’est-il passé exactement ? Comment ont-ils réussi à s’évader du pénitencier le plus surveillé des Etats-Unis ? Que sont devenus les évadés ? En octobre 1933, le département de la Justice américaine décide de créer sur l’île d’Alcatraz au large de San Francisco un établissement pénitencier modèle, moderne et de haute sécurité dans lequel seront incarcérés les pires criminels du pays. La prison est sécurisée, les conditions de vie y sont rudes et l’évasion impossible. Cette prison accueille un grand nombre de gangsters, des tueurs à gâche, des violeurs, des assassins, des parrains de la mafia etc. On note parmi ses pensionnaires plusieurs prisonniers célèbres dont le baron de la mafia scarface aka Al Capone, le ravisseur « Machine Gun » aka Kelly Barnes, les criminels Henri Young et Robert Stroud. Cette prison était surnommée « l’hôtel des grands noms du crime ».Les gardiens de prison vivent sur l’île dans des logements appropriés pour éviter les allers-retours avec le continent.

Certains y vivent même avec leur famille. Tout a conçu pour anéantir toute intention d’évasion. Les courants très forts sur la baie San Francisco et la fraîcheur de l’eau rendent les tentatives d’évasion inenvisageables. L’administration pénitentiaire fait prendre systématiquement aux détenus des douches chaudes afin qu’ils aient des difficultés à s’accoutumer à l’eau froide en cas d’évasion. Les conditions de vie sont telles que certains détenus ont pété les plombs et sont devenus fous. On était obligé de les envoyer dans des asiles sur le continent.

Frank Morris est un prisonnier condamné pour vol, trafic de drogues. C’est surtout le roi de l’évasion ; il a à son actif plusieurs évasions réussies. On va donc décider l’envoyer dans le pénitencier le plus sûr des Etats-Unis : Alcatraz ! Lorsqu’il arrive à Alcatraz, il est marqué ceci dans un carnet remis à l’administration de la prison : « Détenu très intelligent ! il est prêt à tout pour s’évader ».A Alcatraz, Frank Morris va retrouver de vieilles connaissances. Il y retrouve les frères John et Clarence Anglin, et Alan West des brigands qu’il avait rencontrés dans une prison d’Atlanta. Ils ont été envoyés à Alcatraz parce qu’ils ont toujours réussi à s’évader dans les autres prisons où ils ont été enfermés par le passé.

Malgré les probabilités d’évasion quasi nulle, les 4 hommes n’ont qu’une idée en tête : s’évader. Frank Morris, le cerveau de la bande met en place un plan d’évasion parfait. Il a pensé à tout dans les moindres détails. Les discussions entre prisonniers étant interdites à Alcatraz, les 4 hommes profitent de rares moments où ils se croisent à la cantine pour ficeler leur plan d’évasion. Durant un an, les détenus peaufinent leur plan d’évasion. Ils ont remarqué que les grilles de ventilation des cellules mènent à un couloir non gardé et que les conduites débouchent sur le toit si on enlève les ventilateurs. Ils récupèrent quelques outils dans des ateliers de la prison, et en fabriquent d’autres, pour creuser autour des grilles de ventilation. Ils conservent les bouts de mur retirés discrètement, les dissimulent dans leurs pantalons et les jettent avec la même discrétion lors de leurs promenades dans la cour.

Ils s’attellent aussi fabriquer de fausses têtes à base de papier toilette, du savon, de la peinture, des cheveux récupérés chez le coiffeur de la prison. Le but est de glisser ces têtes dans leur lit le jour de l’évasion pour faire diversion et faire croire qu’ils dorment. Ils pensent aussi à la fabrication du radeau de fortune qui leur permettra de rejoindre le continent. Pour cela, ils piquent des imperméables de la prison (l’un des seuls objets non comptabilisés) pour fabriquer un radeau de fortune avec de la colle.

Une fois le trou creusé dans chaque cellule, ils ont à présent accès à un couloir peu gardé qui, les amène au toit. Le 11 juin 1962 à 21h30., ils mettent en exécution leur plan d’évasion. Ils glissent les fausses têtes dans leurs lits pour faire croire qu’ils dorment. Ils enlèvent les grilles de ventilation pour rejoindre le conduit menant au toit. Ils y arrivent tous, à l’exception Alan West. Celui-ci n’avait pas creusé un trou assez large pour sortir de sa cellule à temps. Les autres partiront sans lui. Ils réussissent à rejoindre le toit, évitent astucieusement les projecteurs, descendent un conduit profond de plusieurs mètres et en fin, passent les grillages installés autour de la prison sans se faire repérer.

Les trois fugitifs rejoignent la pointe nord de l’île et déploient leur radeau fait d’imperméable et de colle. Ils prennent la mer et disparaissent. Ce n’est que le lendemain matin au moment l’appel des prisonniers, que l’évasion est découverte. L’alerte générale est lancée. La police est à leurs trousses. Il s’agit de les capturer morts ou vifs car ils viennent d’humilier toute une institution. Alan West qui n’a pas pu s’évader est réquisitionné par les gardiens qui lui demandent tous les détails du plan. Il révèle que le plan avait prévu qu’ils devaient se séparer à Angel Island, situé à quelques kilomètres d’Alcatraz, après avoir volé une voiture. Malgré les explications de celui-ci, on ne va pas pouvoir arrêter les évader d’Alcatraz. Les moyens de recherche déployés sont parmi les plus importants dans l’histoire des États-Unis (chiens, bateaux, avions etc.). Toute la région est fouillée et passée au peigne fin ; aucune trace des évadés. Pour sauver la face, une enquête de la police va conclure que les évadés se sont noyés pendant la traversée. Une thèse que réfute les membres de la famille des évadés qui soutiennent que les évadés sont toujours en vie ; le neveu des deux fugitifs va même révéler que sa grand-mère (la mère des frères Anglin) a reçu durant les trois premières années de leur évasion des cartes de Noel signés « John et Clarence’.

L’enquête du FBI s’est poursuivie pendant 17 ans. Au total, plus 1700 pages d’enquête. Le 21 mars 1963, Robert Kennedy, procureur général des États-Unis, prend la décision de fermer définitivement la prison d’Alcatraz quelques mois seulement après l’évasion.

Aujourd’hui encore, personne ne sait ce que sont devenus ces trois hommes. Ni-mêmes s’ils ont survécu à leur incroyable évasion du rocher d’Alcatraz. La légende autour des « évadés d’Alcatraz » continue d’alimenter les théories les plus folles.

En 2013, les autorités américaines ont reçu une mystérieuse de lettre de quelqu’un qui disait être John Anglin ; l’un des évadés d’Alcatraz. Il disait être malade et âgée de 83 ans. Des analyses ADN faites ne seront pas concluantes.

En 2015 une photo parue dans la presse montrait deux des évadés au Brésil en train de couler des jours heureux et tranquilles. Ce cliché de 1975, soutient que les frères Anglin seraient devenus trafiquants de drogue en Amérique du Sud. En 2015, un documentaire d’History Channel appuie la version affirmant que les trois fugitifs s’en sont tirés. De plus, des experts et des technologies de reconnaissance faciale ont confirmé que les visages sur la photo retrouvée en 2015 au Brésil étaient bien ceux des frères Anglin. Cette affaire n’a pas fini de livrer ses mystères. Toujours est-il que cette histoire a fasciné et continue de fasciner les américains. De nombreux films ont été réalisés sur cette évasion. Parmi ces films, la palme d’or revient certainement au film « L’Évadé d’Alcatraz » sorti en 1979 avec l’acteur Clint Eastwood dans le rôle principal.Classée dans le National Register of Historic Place puis déclarée au patrimoine historique des États-Unis en 1986, le rocher d’Alcatraz est un devenue un site touristique très visité. Plus d’un million de touristes visitent chaque année cette prison.

Si Vanessa est gentille avec moi, je vous raconterai un jour l’histoire d’un prisonnier d’Alcatraz qui a profité de son séjour en prison pour lire et devenir spécialiste en ornithologie, un véritable savant. Condamné à mort avant de voir sa peine commuée en prison à perpétuité, il passera 54 ans en prison dont 42 à l’isolement, entouré de plus de trois cents canaris dont il prenait soin. Il va même écrire plusieurs livres qui feront autorité. En effet, à Alcatraz les prisonniers croulaient sous le poids des livres. Les livres étaient une denrée inépuisable. Il y avait une grande bibliothèque.

Arol KETCH – 09.11.2020

Fourmi Magnan égarée

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