L’histoire de Jack Johnson le premier noir champion du monde de boxe


L’histoire a quelque peu oublié le boxeur noir Jack Johnson (1878-1946), dont le titre de champion du monde des poids lourds conforté le 4 juillet 1910 a engendré des émeutes parmi les plus meurtrières des Etats-Unis.
En effet, être champion des poids lourds de boxe il y a un siècle, c’est être le sportif le plus adulé au monde. L’Amérique raciste n’était pas du tout prête à accueillir ce champion noir.
Homme riche et célèbre, jouisseur, flambeur, amateur de femmes exclusivement blanches et de voitures de luxe, la vie effrénée de Jack Johnson attirera les jalousies, ce qui sera très certainement un moteur dans la vie de ce boxeur que rien n’arrête.

Le 26 décembre 1908 dans le stade de Sydney en Australie, il affronte devant près de 20 mille personnes le boxeur canadien tenant du titre Tommy Burns. Un boxeur raciste qui avait pourtant juré qu’il ne mettrait jamais son titre en jeu devant un Noir. Johnson est hué par une foule raciste totalement acquise à son adversaire. Contre toute attente, le boxeur canadien est tellement dominé, que c’est la police qui met un terme au combat au 14 -ème round ( sur les 20 rounds prévus). La police coupe les cameras qui enregistre la rencontre. On ne veut pas montrer au monde, l’image d’un blanc vaincu par un noir. Jack Johnson devient donc le premier noir champion du monde . La nouvelle d’un noir champion du monde est accueillie comme une véritable insulte.


Sur les rings, Jack Johnson se plaira à humilier ses adversaires, notamment Jim Jeffries, qui poussé par l’opinion publique va combattre Johnson, afin que le titre de champion du monde soit de nouveau entre les mains d’un blanc. En effet, l’Amérique raciste supporte mal ce champion noir et veut le démettre. Elle se sent humilié et insultée.

Elle invite le champion à la retraite à la rescousse pour venger « les blancs ».
Le combat entre Jack Johnson et James J. Jeffries, organisé le jour de la fête nationale américaine, le 4 juillet 1910, a été qualifié à juste titre de « combat du siècle ». Il s’est déroulé dans l’état du Nevada, à Reno, la capitale du péché.
Deux années plus tôt, Johnson avait ravi la couronne mondiale à Tommy Burns. On pousse donc l’ancien champion du monde « Jim » Jeffries à sortir de sa retraite, « dans le seul but de prouver qu’un homme blanc est meilleur qu’un nègre ».
Jeffries représente alors « The great white hope » (Le grand espoir blanc) pour Jack London et l’Amérique blanche. Jeffries est soutenu par tous les Blancs américains et par tous les médias.


Ce 4 juillet 1910, l’Amérique blanche raciste retient son souffle et est prête à tous les coups bas pour stopper l’ascension du grand boxeur noir.
Il en faut du courage à Jack Johnson pour monter sur le ring. Devant lui : 22 000 spectateurs, presque tous blancs, venus de partout assister au « combat du siècle ». Ils crient, hurlent leur soutien à leur champion blanc, Jim Jeffries, et couvrent d’insultes racistes son adversaire noir, qui, avant le match, a reçu des menaces de mort en cas de victoire. Mais Jack Johnson semble inébranlable. Il est le meilleur, il le sait. Et il est venu pour gagner. Il remporte le combat et humilie Jim Jeffries. La nouvelle de sa victoire se répand comme une trainée de poudre suscitant toit à la fois la joie des afro-américains et la colère de beaucoup de blancs. Cette victoire va créer des émeutes dans les villes américaines. Des scènes surréalistes où on voit blancs et noirs s’affronter dans les rues. Des noirs qui avaient trop exprimé leur joie seront tués, égorgés pour certains et même pendus pour d’autres. On dénombre plus dune vingtaine de morts et des centaines de blessés dans au moins 25 Etats du pays. Certains États américains interdirent la diffusion du film du match puis interdirent que les rencontres de Johnson contre des boxeurs blancs soient filmées.


En confortant ce jour-là son titre de champion du monde poids lourds, jusqu’à lui réservé aux blancs, Jack Johnson va briser le tabou de la supériorité blanche et soulever chez les Noirs américains un souffle de fierté et de révolte.
Quand tant d’autres noirs se contentaient de survivre, dans un contexte où les manifestations du suprématisme blanc allaient crescendo, Jack, lui, brillait.
Jack aimait l’argent, la célébrité, les belles fringues, collectionne les voitures de luxe, et les femmes. Blanches surtout. Autre tabou qui vaudra à Jack Johnson l’exil et la prison. En effet, en épousant Lucille Cameron, une femme blanche. Il est obligé de fuir au Canada puis en France afin d’éviter la prison pour une violation de la loi Mann, qui interdit le transport de femmes à travers les États en vue de prostitution ou d’actes dits « immoraux » tels que les mariages entre un Noir et une Blanche.

Jack Jonson n’aspirait qu’à une chose : être reconnu en tant qu’homme libre.
A sa mort en 1946 après un accident de circulation, le New York Times écrivit : « Ainsi prit fin l’existence hors norme de ce boxeur qui tutoya les sommets, et toucha les abîmes ».
Jack Johnson a ouvert la porte de la boxe professionnelle aux noirs américains. Il restera une référence en tant que grand sportif mais aussi en tant que symbole de la rébellion contre la ségrégation.


En 2018, le président américain Donald Trump a réhabilité à titre posthume Jack Johnson, premier Noir sacré champion du monde de boxe poids lourd en 1908, avant d’être condamné à la prison pour des motifs racistes.
John Arthur « Jack » Johnson, surnommé « le géant de Galveston », ville du Texas où il est né le 31 mars 1878, était « un véritable grand combattant », a déclaré M. Trump lors d’une cérémonie dans le bureau ovale.
Trump était entouré de l’acteur Sylvester Stallone, qui a incarné le célèbre boxeur « Rocky », l’actuel champion du monde des lourds WBC Deontay Wilder et l’ancien champion britannique Lennox Lewis.
Arol KETCH – 17.02.2021
Rat des archives

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