Quand Bernard Tapie escroquait Jean-Bedel Bokassa


Bernard Tapie est décédé. Nous allons revenir sur un pan occulté de sa vie. Bernard Tapie a eu plusieurs fois affaire avec la justice. La première personne à avoir traîné l’homme d’affaires devant un tribunal c’est l’ancien empereur de Centrafrique Jean Bedel Bokassa.
Aujourd’hui, l’évocation des bouffonneries de Bokassa peut faire sourire mais à l’époque, les plus hautes autorités françaises l’ont prises très au sérieux au point d’accompagner le « soudard » dans ses pitreries.
Arrivé au pouvoir le 31 décembre 1965, à la faveur du « coup d’État de la Saint-Sylvestre », Bokassa se transforme quelques années après son accession au pouvoir en un fantasque imprévisible, violent et impulsif. Dirigeant par la terreur, Jean-Bedel Bokassa donne libre cours à sa mégalomanie et se proclame président à vie le 2 mars 1972 avant de se promouvoir maréchal le 19 mai 1974. Le 21 septembre 1979, Bokassa est déposé avec le concours des parachutistes français. La monarchie est abolie et la « République centrafricaine » est restaurée. Bokassa trouve refuge en Côte d’Ivoire.
Nous sommes en octobre 1979, Bernard Tapie à peine âgé de 36 ans va à la rencontre de Bokassa en Côte d’Ivoire où il est en exil. Il a appris par des proches que Bokassa a conservé beaucoup d’argent et est facilement manipulable depuis qu’il a été chassé du pouvoir. Tapie veut profiter de la crédulité de Bokassa pour se faire de l’argent ; il met en place un stratagème avec la complicité Félix Houphouët-Boigny.
Bernard Tapie annonce à Bokassa que selon des informations confidentielles qu’il tient des services secrets, le FISC français s’apprêterait à saisir tous les biens immobiliers de ce dernier. Pour étayer son argumentation, Tapie s’appuie sur un sondage dans lequel une majorité de Français se serait déclarée en faveur d’une confiscation des biens.


Tapie dit à Bakossa avoir été mandaté par l’Élysée et qu’une loi favorable à la confiscation des biens serait sur le point d’être votée en France. Tapie propose à Bokassa d’acheter ses biens immobiliers avant qu’ils ne soient saisis. Bokassa qui ne souhaite pas tout perdre décide alors d’accepter un prix bradé. Il va vendre sept de ses hôtels et ses châteaux pour 12,5 millions de francs (moins de 2 millions d’euros) soit moins de 10% de la valeur réelle des biens.
Peu à peu, Bokassa se rend compte qu’il a été entubé. L’affaire fait même la Une du New-York Times. Interrogé, Tapie affirme avoir récupéré ces châteaux pour les revendre et faire don des bénéfices à l’UNICEF. Bokassa monte à la charge porte plainte devant les juridictions compétentes. En 1981, le tribunal civil de Paris annule la vente des propriétés françaises de Jean-Bedel Bokassa et Bernard Tapie est condamné à lui verser 100.000 francs (38 000 euros) de dommages et intérêts.
Pour réussir en affaires, il faut avoir du cran, de l’audace. Et ça, Tapie l’avait. Il s’était spécialisé dans le rachat des entreprises en dépôt de bilan. Bernard Tapie n’a pas fait de grandes études; il a vraisemblablement pour seul bagage un certificat d’études primaires. Ce qui ne l’ a pas empêché de devenir deux fois ministre, plusieurs fois député, homme d’affaires prospère, dirigeant d’entreprises.
Arol KETCH – 05.10.2021

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