Les dernières paroles dans l’Histoire africaine


De nombreuses personnalités ayant marqué l’histoire africaine ont laissé des dernières paroles avant de mourir. Certains savaient leur mort proche ; d’autres ne savaient pas qu’ils allaient mourir mais ont déclamé des phrases qui vont s’avérer prémonitoires.
✓ Ernest Ouandié
Alors qu’il a été condamné à être fusillé sur la place publique, ce nationaliste camerounais va lancer « Dites à mon épouse et à mes enfants que je n’ai jamais trahi »

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✓ Patrice Lumumba

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Patrice Emery Lumumba fut le premier Premier ministre du Congo (actuelle RDC) de juin à septembre 1960. Il est l’une des principales figures de l’indépendance de ce pays et est considéré comme le premier « héros national » de son pays.
Alors qu’il est arrêté pour être exécuté, il va laisser une lettre à son épouse dans laquelle il dit notamment ceci :
« Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. [….] Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches.
L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.
Vive le Congo ! Vive l’Afrique !
Patrice Lumumba »


✓ Martin Singap

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Martin Singap est un nationaliste camerounais, c’était le chef d’état-major de l’Armée de libération nationale du Kamerun (ALNK) dont la devise était « Vaincre ou Mourir ». L’Algérie et le Cameroun ont obtenu leur indépendance dans le sang.
En 1957, à la suite du début des massacres de l’armée Française en pays bamiléké, Le jeune Martin Singap abandonne l’école et met sur pieds la SNDK (sinistre de la défense nationale du Kamerun). Il a moins de 25 ans. Radical et intransigeant, il est porté à la tête de L’ALNK (armée de libération nationale du Kamerun) dont il deviendra chef d’Etat-major en 1960. Il se démarque par sa bravoure, sa valeur militaire et son impressionnant sens de la stratégie. Il est craint et à la fois respecté par ses ennemis ; le haut commandement militaire français comme on pourra le lire dans les archives.
Ce jeune garçon commande des milliers de troupes, coordonne des attaques et embuscades. Singap est tué dans un refuge à Bapa dans la Région Ouest du Cameroun, le 8 septembre 1961. Son garde du corps qui a survécu à l’embuscade fatale a raconté ce qui s’était passé sur une feuille d’écolier qui a été retrouvé dans les archives de Jacques Foccart.
À cette étape du récit, le garde du corps tente de porter Singap, déjà blessé à trois reprises, au moment où les deux hommes subissent une nouvelle offensive : « La menace atrospective recommence : quelle est cette malchance ? Quel est ce mauvais jour ? Je me trouvais déjà dans un cas de nécessiteux et en dépit de la menace j’essayais de répondre balles contre balles et nous voici dans la troisième embuscade où il n’y eut plus moyen de soulever pieds et son dernier soupir fut la gloire des ennemis. Ces derniers ennemis réussirent à surprendre mon chef d’état-major sous perte de beaucoup des généreux Professeurs sans compter les néans d’allentour. Il me lança comme ses dernières paroles : “Aurevoir Mon Fils Confiance et courage” et sa dernière bénédiction dans l’armée fut sa main droite, qu’il souleva en l’air pour benir les quatre coins d’Afrique où il dit “L’Afrique libre”. »
Ces dernières paroles furent donc : « L’Afrique Libre ! ».

Diallo Telli

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Premier Secrétaire de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1964, Diallo Telli a construit pendant une décennie l’administration du premier instrument d’intégration continentale, il s’est battu pour l’indépendance des peuples africains croupissant encore sous le joug colonial, il a combattu le régime raciste de l’apartheid en Afrique du Sud. Et pourtant Diallo Telli dont le destin a été aussi brillant que tragique a été oublié de son continent.
Atteint de paranoïa et soucieux de conserver son fauteuil présidentiel, Sékou Touré qui a osé dire non au Général de Gaulle, voit des complots un peu partout. Il voit en Diallo Telli un rival dangereux pour son pouvoir. Telli est désormais surveillé par la police secrète et n’a plus le droit de voyager. Le 18 Juillet 1976, Diallo Telli est arrêté et incarcéré au Camp Diallo où il va subir la torture et la fameuse diète noire.


Du fond de sa cellule, Diallo Telli reçoit des missives de Sékou Touré auxquelles il prend soin sans détour d’apporter à chaque fois des réponses. Dans sa dernière lettre du 13 janvier 1977, Diallo Telli termine en disant : « Je crois que pour des raisons qui te sont personnelles et que je ne veux pas évoquer ici, tu vas épargner à nos familles l’horreur de notre mort publique par pendaison ou fusillade. Mais je t’ai découvert à Boiro et tout laisse penser que mes jours sont désormais comptés. Depuis, je suis à cheval entre ce monde régi par ton humeur et celui où Allah notre créateur commun nous attend tous les deux. Etant musulman pratiquant, je ne me suiciderai pas. Je répondrai à l’appel d’Allah par mes sommaires prières. Le moment venu je te demande de faire vérifier si mon comportement a bien été celui que je dis. Vive la justice et la liberté ! ».
Un mois après cette dernière lettre, le 12 février 1977, Diallo Télli est placé à la « diète noire » qui consiste en une totale privation d’eau et de nourriture jusqu’à ce que mort s’en suive. Boubakar Diallo Telli décède au matin du 1er Mars 1977 dans la sinistre cellule 52 du Camp Boiro des suites de la « diète noire ».
Dans la nuit du 1er mars 1977, Sékou Touré viendra lui-même personnellement vérifier nuitamment que le corps qui est enterré est bien celui de Diallo Telli.


Marien Ngouabi

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Marien Ngouabi est un officier et homme d’État congolais. Il a été président de la République du Congo (puis de la République populaire du Congo) du 31 décembre 1968 à sa mort.
Celui qu’on croyait immortel et invincible est finalement assassiné le 18 mars 1977. Quelques jours avant son assassinat, il prononce à la place de l’hôtel de ville de Brazzaville un discours prémonitoire annonçant sa mort dans lequel il déclare : « Lorsque ton pays est sale et manque de paix durable, tu ne peux lui rendre sa propreté et son unité qu’en le lavant avec ton sang ».
Six jours après ce discours, L’immortel Marien Ngouabi est assassiné par un commando armé. Les circonstances exactes de son assassinat n’ont jamais été élucidées.


N’garta Tombalbaye

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François Tombalbaye, dit Ngarta Tombalbaye est un homme d’Etat Tchadien.
En 1959, il est fait premier ministre. C’est à ce poste qu’il conduit le Tchad à l’indépendance le 11 août 1960. Élu président de la République en 1962, François Tombalbaye proclame le parti progressiste tchadien (PPT) parti unique et commence peu à peu à cumuler les fonctions de président de la République et celle de chef de gouvernement.
Tombalbaye est assassiné dans des circonstances obscures lors du coup d’Etat d’avril 1975 qui plaça Félix Malloum à la tête du Tchad. En réalité, « L’homme au visage balafré » avait senti sa fin approcher, il était au courant du complot qui se tramait contre lui. La nuit du putsch, il fit venir un griot à qui il demanda de déclamer son oraison funèbre. Après cela, il tint un conseil de sécurité au cours duquel il donna des instructions ferme sur sa protection et celle du palais. Un riche ami sénégalais très proche, voyant le danger arriver, lui suggéra d’aller se réfugier à l’hôtel la tchadienne. Mais Tombalbaye qui avait affirmé dans un discours quelques temps plus tôt qu’il « portera sa croix comme le Christ », déclina l’offre de son ami en lui affirmant être très confiant en ses pouvoirs mystiques et aux forces occultes. Il lui répondit : « J’attends les putschistes avec mon « N’gol » (arme initiatique et mystique) ». N’garta Tombalbaye sera froidement assassiné par les putschistes malgré la protection de son « N’gol ».

✓ Fodeba Keita

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Fodéba Keïta (1921-1969) est un écrivain, danseur, dramaturge, compositeur et homme politique guinéen. Le Guinéen Keïta Fodéba fut un homme d’une grande créativité artistique, un homme au destin tragique, un homme très controversé et qui a marqué son temps.
Engagé politiquement, il rejoint Sékou Touré en 1956. En 1961, il est nommé ministre de la Défense nationale et de la Sécurité, chargé de découvrir et de réprimer les complots (véritables ou supposés) dont Sékou Touré pourrait être victime.
En 1969, accusé lui-même de complot, Keita Fodeba est arrêté et incarcéré au camp Boiro, qu’il avait lui-même contribué à créer.
Soumis à la « diète noire » (privation d’eau et de nourriture), le co-auteur de l’hymne national de la Guinée, est fusillé le 27 mai 1969.
Sentant sa fin proche, il écrivit alors sur les murs de sa cellule du camp Boiro : « J’étais chargé d’arrêter tous ceux qui étaient susceptibles d’exprimer la volonté du peuple ….J’ai toujours œuvré pour l’injustice. J’ai toujours servi cette cause injuste. Pour servir cette cause injuste, j’avais inventé des complots afin de pouvoir faire liquider tous ceux qui étaient susceptibles d’exprimer la volonté du peuple de la Guinée martyre. »


Martin Paul Samba

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Martin-Paul Samba est un officier militaire, qui formé par les colons allemands qui le considéraient comme l’un de leurs favoris, va finir par se retourner contre eux et organiser un soulèvement contre cette puissance colonisatrice. Il sera fusillé à la veille de l’éclatement de la première guerre mondiale le 08 août 1914.
Samba, condamné à mort, marcha au lieu de son exécution. On voulut lui bander les yeux : il refusa ; il n’avait pas peur de mourir. Debout, il attendit le signal. Le commandant cria : Feu ! A ce moment, Samba tira se sa poche un mouchoir qu’il portait toujours sur lui, c’était son porte-bonheur. Il agita, les fusils crépitèrent et les balles passèrent en sifflant autour de lui. Aucune n’osa le toucher. Le Blanc commanda au premier soldat de tirer. Le coup partit, le mouchoir s’agita, les balles s’envolèrent en sifflant. Le second soldat tira, les balles s’envolèrent en sifflant. Tous tirèrent, Samba était toujours debout et souriant.
Soudain, il plia le mouchoir et dit : « Je n’ai pas peur de la mort mais vous n’aurez jamais le Cameroun. Vous pouvez tirer maintenant. ». Les fusils crépitèrent et Samba s’écroula. Il était mort. »
Jusqu’à ce jour, on ne sait pas exactement où a été enterré Samba. Samba n’avait pas peur de la mort ; sa plus grande tristesse, sa douleur était qu’il fut trahi par ses frères.
La liste des dernières paroles dans l’Histoire africaine n’est pas exhaustive. Complétez-la !


Arol KETCH

Rat des archives

Fourmi Magnan égarée

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