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Il est probablement lโ€™un des plus grands faussaires de lโ€™histoire contemporaine et pourtant, il nโ€™avait pas lโ€™allure dโ€™un criminel.

Pas de voitures luxueuses, pas de maรฎtresses, pas dโ€™excรจs. Juste un homme discret, un peu effacรฉ, qui rentrait chaque soir auprรจs de sa femme et de ses enfants. Et pourtant, pendant prรจs de quinze ans, Ceslaw Bojarski a tenu tรชte ร  lโ€™ร‰tat franรงais, humiliรฉ la Banque de France et trompรฉ les meilleurs experts monรฉtaires du pays.

Seul, en silence avec pour seules armes son intelligence et une obsession presque maladive du travail bien fait.

Son histoire, longtemps restรฉe confidentielle, ressurgit aujourdโ€™hui sur grand รฉcran avec Lโ€™Affaire Bojarski de Jean-Paul Salomรฉ, incarnรฉe par Reda Kateb, Sara Giraudeau et Bastien Bouillon. Mais la rรฉalitรฉ dรฉpasse largement la fiction.

Nรฉ en 1912 en Pologne, dans une Europe bientรดt dรฉvastรฉe par la guerre, Bojarski est ingรฉnieur de formation, officier durant la Seconde Guerre mondiale. Fait prisonnier, il rรฉussit ร  sโ€™รฉvader. Il sโ€™enfuit, erre et arrive finalement en France sans papiers, sans reconnaissance officielle. Bojarski est un inventeur-nรฉ, un bricoleur hors pair. Il invente sans cesse : stylos ร  bille, rasoirs รฉlectriques, dosettes de cafรฉ avant lโ€™heure. Mais sans รฉtat civil, ses brevets sont rejetรฉs. Dโ€™autres passent avant lui; Le monde avance sans attendre.

ร€ la fin des annรฉes 1940, il exerce des petits boulots qui ne lui assurent que de maigres ressources insuffisantes pour faire vivre sa famille. Il faut nourrir une famille. Bojarski comprend une chose essentielle; il doit exploiter son don : il sait fabriquer de lโ€™argent.

Dans un dรฉbarras de son pavillon de Montgeron, il amรฉnage un atelier clandestin. Il ne copie pas la monnaie; il la recrรฉe de A ร  Z.

Il fabrique son papier ร  partir de feuilles de cigarette OCB et de calque. Il invente ses encres. Grave lui-mรชme ses plaques en cuivre. Presse couleur aprรจs couleur, vieillit artificiellement chaque billet. Les faux billets de 1 000 francs Minerve et Hercule circulent, puis ceux de 5 000 francs Terre et Mer.

Enfin vient son chef-dโ€™ล“uvre : le billet de 100 nouveaux francs Bonaparte. Une perfection telle que mรชme les guichetiers aguerris et les experts hรฉsitent. Certains faux seront mรชme รฉchangรฉs par la Banque de France elle-mรชme.

ร€ Paris, ร  lโ€™Office central de rรฉpression du faux monnayage, le commissaire ร‰mile Benhamou fulmine. Depuis plus de dix ans, une mรชme ยซ main ยป les dรฉfie. Les policiers parlent dโ€™un atelier รฉtranger, dโ€™une organisation tentaculaire. Ils sont loin du compte. Lโ€™ennemi est un pรจre de famille qui travaille seul, dans le secret, la nuit, dans une cave de trois mรจtres sur trois.

Le 9 novembre 1963, un faux billet apparaรฎt dans un bureau de poste de la rue Turgot. Puis un autre. Une voiture est repรฉrรฉe; une filature commence. Et enfin, le 17 janvier 1964, lโ€™arrestation. Chez Bojarski, la perquisition semble dโ€™abord vaine. Rien; Trop propre; Trop calme.

Jusquโ€™ร  ce geste absurde : un policier renverse sa tasse de cafรฉ. Le liquide disparaรฎt sous le linolรฉum. Et soudain apparaissent une trappe dโ€™emblรฉe invisible et un mรฉcanisme รฉlectrique. En dessous, on dรฉcouvre lโ€™atelier du terrible Bojarski. Une plรฉthore de machines fabriquรฉes ร  la main; trente millions de francs fraรฎchement imprimรฉs. Le secret est dรฉvoilรฉ, Bojarski est cuit.

Bojarski est arrรชtรฉ. Il pose menottรฉ devant lโ€™objectif, impassible. Plus tard, il exigera une reconstitution. Il ne supporte pas que des spรฉcialistes et des responsables de la Banque de France doutent de son travail. Le constat est clair; Bojarski a parfaitement fabriquรฉ tout seul les 3872 billets saisis qu’ils ont pu expertiser.

Condamnรฉ ร  vingt ans de prison en 1966, il en purge treize pour bonne conduite. ร€ sa sortie, le destin se montre cruel. En 1978, alors quโ€™il sรฉjourne dans le Massif central avec son รฉpouse, des travaux entrepris ร  son domicile ร  la suite dโ€™une fuite dโ€™eau conduisent ร  une dรฉcouverte stupรฉfiante : dix lingots dโ€™or et 797 louis dโ€™or dissimulรฉs dans un mur. Le trรฉsor est saisi pour indemniser une partie du prรฉjudice portรฉ ร  la Banque de France.

Atteint de la maladie dโ€™Alzheimer, Ceslaw Bojarski meurt en 2003 dans la misรจre. Celui que certains ont surnommรฉ le Cรฉzanne de la fausse monnaie n’aura jamais รฉtรฉ reconnu comme lโ€™ingรฉnieur quโ€™il รฉtait. Il voulait que son art soit reconnu. Il disait ne pas รชtre ni un gangster, ni un flambeur; juste un artisan.

Et peut-รชtre, malgrรฉ tout, le plus grand faussaire de lโ€™Histoire.

Lโ€™oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH – 22.01.2025

Rat des archives

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