๐๐๐ค๐ข๐ง๐ข ๐๐๐ก๐๐ฆ๐๐ง๐ข, ๐ฎ๐ง๐ ๐ฏ๐ข๐ ๐๐ฎ ๐ฌ๐๐ซ๐ฏ๐ข๐๐ ๐๐ ๐ฅโ๐๐๐ซ๐ข๐ช๐ฎ๐ ๐๐ญ ๐๐ ๐ฅ๐ ๐๐ข๐ ๐ง๐ข๐ญ๐ฬ ๐ก๐ฎ๐ฆ๐๐ข๐ง๐
Depuis lโarrestation de Djeukam Tchameni, son รฉpouse Makini mรจne une campagne audacieuse pour sa libรฉration.
Mais qui est Makini Tchameni?
Nรฉe Dรฉsirรฉe Renรฉe Smith le 29 janvier 1962 ร Houston, au Texas Makini Tchameni est le fruit dโun hรฉritage profondรฉment marquรฉ par la lutte pour la justice et la mรฉmoire des peuples noirs.
Derniรจre dโune fratrie de huit enfants, elle grandit dans une famille oรน lโengagement nโest pas une option, mais une nรฉcessitรฉ. Son pรจre, Floyd Smith, ouvrier chez Hughes Tools, sโillustre en intentant un procรจs ร son employeur pour exiger lโรฉgalitรฉ salariale entre travailleurs noirs et blancs ; un combat audacieux dans lโAmรฉrique de lโรฉpoque.

Sa mรจre, Charlie Mae Moody, lui transmet quant ร elle un ancrage culturel fort, nourri par une histoire familiale prรฉservรฉe depuis lโaprรจs-esclavage, notamment grรขce ร un hรฉritage foncier collectif devenu symbole dโunitรฉ et de rรฉsistance.
Cโest dans ce creuset que naรฎt la conscience politique et identitaire de celle qui choisira plus tard de renoncer ร ses prรฉnoms occidentaux pour embrasser pleinement son identitรฉ africaine : Makini.
Trรจs tรดt engagรฉe, elle rejoint le All African Peopleโs Revolutionary Party, mouvement panafricaniste fondรฉ par Kwame Ture. Elle y forge une conviction profonde : lโunitรฉ des peuples africains, sur le continent comme dans la diaspora, est une condition essentielle de leur รฉmancipation.
Sa rencontre en 1983 avec Djeukam Tchameni, militant panafricaniste camerounais, scelle une alliance ร la fois amoureuse et idรฉologique. Trois mois plus tard, ils se marient, donnant naissance ร un couple indissociable, uni par une vision commune et une dรฉtermination sans faille. Ensemble, ils auront quatre enfants, dont
les prรฉnoms : Nkrumah, Nzinga, Shabaka Mae et Samory ; tรฉmoignent dโun attachement assumรฉ ร lโhistoire africaine.

Assoiffรฉe de savoir, Makini a fait des รฉtudes en kinรฉsithรฉrapie puis en journalisme et en รฉducation aux รtats-Unis.
Makini choisit de sโinstaller au Cameroun dรจs 1985, oรน elle ouvre un cabinet de kinรฉsithรฉrapie ร Douala. Mais rapidement, son engagement prend une dimension plus large. Convaincue que lโรฉducation est un levier fondamental de libรฉration, elle fonde en 1998 lโAfrican American Academy, premiรจre pierre dโun vaste projet รฉducatif panafricain.
En 2005, elle crรฉe en Afrique du Sud une fondation dรฉdiรฉe ร lโรฉducation afrocentrรฉe. Celle-ci donne naissance aux ACE Leadership Schools, un rรฉseau dโรฉtablissements prรฉsents aujourdโhui dans plusieurs pays africains, alliant excellence acadรฉmique internationale et enracinement culturel africain.
Son ambition est claire : former une gรฉnรฉration de leaders africains compรฉtents, conscients de leur hรฉritage et capables de porter le continent vers son plein potentiel.

Toutefois le parcours de Makini Tchameni ne saurait รชtre rรฉduit ร son action รฉducative. Il est aussi profondรฉment marquรฉ par le combat politique. En 1985, elle retourne au Cameroun avec son mari pour participer ร la lutte pour la dรฉmocratie.
Lorsque celui-ci est arrรชtรฉ en 1988 et dรฉtenu sans jugement, elle mรจne une campagne internationale pour sa libรฉration, affrontant ร la fois les pressions politiques et une tragรฉdie personnelle la perte de son fils Nkrumah dans des circonstances troubles.
Son combat porte ses fruits : aprรจs des annรฉes de mobilisation, son mari est finalement libรฉrรฉ en 1990. Makini poursuit alors son engagement, notamment au sein du ROC-MDI, mouvement ลuvrant pour un Cameroun dรฉmocratique dans une Afrique unie.
Son militantisme, cependant, sโexprime de plus en plus ร travers lโรฉducation, quโelle considรจre comme lโarme la plus puissante contre lโaliรฉnation mentale hรฉritรฉe de lโhistoire coloniale et esclavagiste.
En 2025, lโhistoire semble se rรฉpรฉter tragiquement : aprรจs lโรฉlection prรฉsidentielle , son mari ; soutien du candidat Issa Tchiroma est de nouveau arrรชtรฉ. Fidรจle ร elle-mรชme, Makini reprend le flambeau de la lutte, dans une posture qui rappelle celle de Winnie Mandela. Elle mobilise lโopinion internationale, interpelle dirigeants et institutions, et crรฉe le COFEM, un collectif de femmes et mรจres engagรฉes pour la libรฉration des prisonniers politiques au Cameroun.
ร travers les รฉpreuves, Makini Tchameni incarne une constance rare : celle dโune femme pour qui lโamour, la justice et la libertรฉ ne sont pas des idรฉaux abstraits, mais des engagements vรฉcus au quotidien.
Son parcours est celui dโune bรขtisseuse, dโune รฉducatrice, dโune militante. Une femme qui, depuis Houston jusquโร Douala, de lโintime au politique, nโa jamais cessรฉ de lutter pour un monde plus juste et profondรฉment africain.
Nous joignons nos voix ร celle de Makini Tchameni pour rรฉclamer la libรฉration de Djeukam Tchameni et de tous les prisonniers politiques!
Lโoubli est la ruse du diable!
Arol KETCH – 23.04.2026
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