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Nommรฉ directeur gรฉnรฉral de la Sociรฉtรฉ des Transports Urbains du Cameroun (SOTUC) ร  seulement 23 ans, Joseph Godwe demeure lโ€™un des plus jeunes dirigeants dโ€™entreprise publique de lโ€™histoire du Cameroun.

Son ascension fulgurante, suivie dโ€™une spectaculaire descente aux enfers judiciaire, reste intimement liรฉe au contexte politique tendu qui a suivi la tentative de coup dโ€™ร‰tat dโ€™avril 1984 contre le prรฉsident Paul Biya.

En mai 1984, ร  peine un mois aprรจs le putsch manquรฉ, le pouvoir engage une vaste rรฉorganisation ร  la tรชte des grandes sociรฉtรฉs dโ€™ร‰tat. Plusieurs responsables publics sont arrรชtรฉs ou รฉcartรฉs.

Cโ€™est dans ce climat de mรฉfiance et de recomposition politique que le jeune Joseph Godwe est propulsรฉ ร  la direction gรฉnรฉrale de la Sociรฉtรฉ des Transports Urbains du Cameroun (SOTUC), en remplacement de Dakolรฉ Daรฏssala, arrรชtรฉ aprรจs les รฉvรฉnements dโ€™avril 1984.

La nomination surprend alors lโ€™opinion publique. ร€ seulement 23 ans, Joseph Godwe devient lโ€™un des plus jeunes directeurs gรฉnรฉraux jamais nommรฉs sous le rรฉgime de Paul Biya ; un cas pratiquement inรฉdit dans lโ€™administration camerounaise.

Brillant รฉtudiant, Joseph Godwe sort de lโ€™ร‰cole Polytechnique de Yaoundรฉ en 1982, vice-major de sa promotion en Gรฉnie civil.

ร€ la fin de ses รฉtudes, il dรฉbute sa carriรจre ร  la SODECOTON comme jeune ingรฉnieur. Rien ne laissait alors prรฉsager une ascension aussi rapide vers les sommets de lโ€™appareil dโ€™ร‰tat.

Mais aprรจs quatre annรฉes passรฉes ร  la tรชte de la SOTUC, le vent tourne. En 1988, il est dรฉbarquรฉ de ses fonctions. Deux ans plus tard, le 22 mai 1990, il est arrรชtรฉ dans le cadre dโ€™une vaste affaire de dรฉtournements prรฉsumรฉs au sein de la sociรฉtรฉ publique de transport urbain.

Le dossier fait grand bruit. En juillet 1991, le tribunal de grande instance de Yaoundรฉ condamne Joseph Godwe ร  dix ans de prison. Deux de ses coaccusรฉs รฉcopent mรชme de la prison ร  vie. Les charges retenues contre lโ€™ancien DG portent notamment sur des accusations de dรฉtournements de fonds, de fausses factures, de surfacturations et dโ€™irrรฉgularitรฉs dans lโ€™attribution de marchรฉs publics.

Selon les รฉlรฉments รฉvoquรฉs au procรจs, il lui รฉtait reprochรฉ entre autres :

– des frais de mission jugรฉs abusifs ;

– lโ€™utilisation supposรฉe irrรฉguliรจre des ressources de la SOTUC ;

– des commandes fictives de matรฉriel et de fournitures ;

– des marchรฉs publics attribuรฉs dans des conditions controversรฉes ;

ainsi que des manipulations comptables prรฉsumรฉes.

Mais le feuilleton judiciaire connaรฎt un rebondissement inattendu quelques mois plus tard. En octobre 1991, la Cour dโ€™appel de Yaoundรฉ casse partiellement le jugement rendu en premiรจre instance et acquitte finalement Joseph Godwe. La juridiction estime que plusieurs accusations reposaient sur des รฉlรฉments insuffisants ou mal รฉtablis.

La cour considรจre รฉgalement que certains faits reprochรฉs relevaient davantage de dysfonctionnements administratifs que dโ€™un enrichissement personnel clairement dรฉmontrรฉ.

Lโ€™affaire Godwe reste aujourdโ€™hui encore lโ€™un des dossiers politico-judiciaires les plus marquants du Cameroun des annรฉes 1990. Elle symbolise ร  la fois la brutalitรฉ des luttes de pouvoir au lendemain du putsch de 1984 et la fragilitรฉ des jeunes technocrates propulsรฉs trop vite au sommet de lโ€™ร‰tat.

De jeune prodige de lโ€™administration ร  accusรฉ emblรฉmatique des grandes affaires de dรฉtournement, puis finalement partiellement acquittรฉ, le parcours de Joseph Godwe demeure lโ€™un des รฉpisodes les plus singuliers de lโ€™histoire des entreprises publiques camerounaises.

Il est dรฉcรฉdรฉ dans des circonstances non รฉlucidรฉes en juillet 1995.

Lโ€™oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH -11.05.2026

Rat des archives

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