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Figure majeure de lโadministration camerounaise naissante, Christian Tobie Kuoh appartient ร cette gรฉnรฉration de bรขtisseurs qui ont accompagnรฉ le Cameroun du rรฉgime colonial aux premiรจres dรฉcennies de lโindรฉpendance.
Discret, mรฉthodique et profondรฉment attachรฉ ร lโรtat, il aura marquรฉ de son empreinte aussi bien les hautes sphรจres du pouvoir que lโamรฉnagement urbain de Douala, sa ville natale.
Nรฉ ร Douala le 23 avril 1921, dans le quartier de Bonaminkenguรฉ, Christian Tobie Kuoh effectue ses รฉtudes primaires ร lโรฉcole principale dโAkwa avant dโintรฉgrer lโรcole Supรฉrieure du Cameroun ร Yaoundรฉ, lโun des plus prestigieux รฉtablissements de formation de lโรฉpoque coloniale.
ร sa sortie en 1941, il entre immรฉdiatement dans lโadministration franรงaise comme agent des services de transmission. ร seulement vingt ans, il est dรฉjร nommรฉ chef de secrรฉtaires, signe prรฉcoce dโune rigueur et dโun sens de lโorganisation qui feront toute sa rรฉputation.

Cโest dans lโadministration des Postes et Tรฉlรฉcommunications quโil croise la route dโAhmadou Ahidjo, alors jeune fonctionnaire lui aussi.
Entre les deux hommes naรฎt une relation de confiance qui, au fil du temps, se transformera en une solide complicitรฉ politique et personnelle. Cette proximitรฉ jouera un rรดle dรฉcisif dans lโascension de Christian Tobie Kuoh au sommet de lโappareil dโรtat.
En octobre 1950, il rรฉussit le concours des rรฉdacteurs des services civils et financiers, ce qui lui ouvre les portes de lโadministration territoriale. Quelques annรฉes plus tard, en 1956, il est envoyรฉ dans les Bamboutos comme adjoint au sous-prรฉfet de Mbouda et supplรฉant lรฉgal de lโadministrateur-maire de cette commune rurale. Cette expรฉrience de terrain lui permet dโacquรฉrir une connaissance fine des rรฉalitรฉs locales et des rouages administratifs du Cameroun sous tutelle franรงaise.
ร la veille de lโindรฉpendance, Christian Tobie Kuoh devient lโun des jeunes cadres les plus prometteurs du territoire. Dรฉbut 1959, il est nommรฉ sous-prรฉfet de Douala. Quelques mois plus tard, il effectue en France un stage de formation diplomatique au ministรจre des Affaires รฉtrangรจres.
ร son retour, il est appelรฉ auprรจs du Premier ministre Ahmadou Ahidjo comme directeur de cabinet, puis participe aux affaires diplomatiques du pays entre janvier et mai 1960, dans un contexte marquรฉ par la prรฉparation de lโindรฉpendance et la construction des premiรจres institutions nationales.
Lorsque le Cameroun accรจde ร la souverainetรฉ, Ahmadou Ahidjo choisit naturellement Christian Tobie Kuoh pour occuper le poste stratรฉgique de premier Secrรฉtaire gรฉnรฉral de la Prรฉsidence de la Rรฉpublique de mars 1960 ร janvier 1962.
Cette nomination rรฉcompense autant ses compรฉtences administratives que la confiance personnelle que lui accordait le chef de lโรtat depuis leurs dรฉbuts communs dans lโadministration coloniale.
Dans les premiรจres annรฉes de lโindรฉpendance, Christian Tobie Kuoh devient ainsi lโun des hommes-clรฉs du palais prรฉsidentiel. Il participe notamment, en juillet 1961, ร la confรฉrence historique de Foumban consacrรฉe aux nรฉgociations de la rรฉunification entre le Cameroun oriental et le Cameroun occidental.
Membre de la dรฉlรฉgation de sept personnalitรฉs conduite par le prรฉsident Ahidjo, il contribue ร un moment dรฉcisif de lโhistoire nationale. ร lโissue des discussions, le pacte fรฉdรฉral est scellรฉ et le Cameroun rรฉunifiรฉ adopte la forme dโun รtat fรฉdรฉral.
Sa carriรจre connaรฎt alors une nouvelle accรฉlรฉration. Le 29 septembre 1961, il est promu administrateur civil. Quelques mois plus tard, suite ร la rรฉorganisation de la Prรฉsidence de la Rรฉpublique, il devient directeur du Cabinet civil du prรฉsident de la Rรฉpublique fรฉdรฉrale du Cameroun le 8 janvier 1962 ( le secrรฉtariat gรฉnรฉral ayant รฉtรฉ supprimรฉ).
Au fil des annรฉes, Christian Tobie Kuoh sโimpose comme une figure incontournable de la haute administration camerounaise.
Le 1er juillet 1964, il est nommรฉ directeur gรฉnรฉral du Contrรดle de lโรtat, avant dโรชtre รฉlevรฉ, le 16 aoรปt 1968, au rang de ministre dรฉlรฉguรฉ ร la Prรฉsidence chargรฉ de lโInspection gรฉnรฉrale de lโรtat.
En novembre 1979, il revient ร Douala pour prendre la tรชte de la Rรฉgie Nationale des Chemins de Fer du Cameroun (REGIFERCAM) en qualitรฉ de prรฉsident-directeur gรฉnรฉral. Mais cโest surtout ร partir du 11 dรฉcembre 1982, lorsquโil est nommรฉ dรฉlรฉguรฉ du gouvernement auprรจs de la communautรฉ urbaine de Douala, que son action laissera une empreinte durable dans la mรฉmoire collective.
Visionnaire et pragmatique, Christian Tobie Kuoh entreprend alors une vaste transformation de la capitale รฉconomique camerounaise. Sous son impulsion, est รฉlaborรฉ le Schรฉma Directeur dโAmรฉnagement Urbain (SDAU), vรฉritable feuille de route pour la modernisation de la ville.
Il ลuvre au dรฉsenclavement de New-Bell, au lotissement de Bรฉpanda et au lancement du projet Nylon avec lโappui de la Banque mondiale. Son action vise principalement lโamรฉlioration des quartiers populaires et la restructuration de lโespace urbain.
Parallรจlement, il engage des travaux dโembellissement et de modernisation qui contribueront ร forger lโimage dโune mรฉtropole dynamique et attractive.
Cโest ร cette รฉpoque que naissent les surnoms de ยซ Douala la belle ยป ou encore ยซ Douala petit Paris ยป, tรฉmoignant de lโambition urbaine quโil insuffla ร la ville portuaire.
Le 6 novembre 1987, sous sa prรฉsence et son administration, la Commune urbaine de Douala devient officiellement la Communautรฉ urbaine de Douala, faisant de lui le tout premier dรฉlรฉguรฉ du gouvernement auprรจs de cette nouvelle institution.
Aprรจs sept annรฉes de transformation urbaine et de rรฉformes structurelles, il quitte ses fonctions le 13 avril 1989, remplacรฉ par Pokossy Doumbe.
ร la retraite, Christian Tobie Kuoh entreprend un important travail de mรฉmoire, rรฉparti en trois volumes, ces rรฉcits retrace successivement le Cameroun de lโindรฉpendance, la pรฉriode du prรฉsident Ahidjo et les mutations politiques de lโaprรจs-Ahidjo.
Il y livre un regard prรฉcieux sur les conditions de lโindรฉpendance, les relations parfois tendues entre hauts fonctionnaires camerounais et autoritรฉs franรงaises, le fonctionnement de lโadministration postcoloniale ainsi que les conceptions divergentes de la dรฉmocratie, de la souverainetรฉ et des libertรฉs entre dirigeants africains et occidentaux.
Le 23 juillet 1994, Christian Tobie Kuoh sโรฉteint ร lโHรดpital Gรฉnรฉral de Douala. En hommage ร son parcours exceptionnel, une rue du quartier administratif de Bonanjo porte dรฉsormais son nom.
Homme rรฉservรฉ, peu portรฉ sur les projecteurs, il laisse pourtant lโimage dโun serviteur de lโรtat rigoureux, dโun administrateur visionnaire et dโun acteur majeur de la construction du Cameroun moderne.
Lโoubli est la ruse du diable!
Arol KETCH
Rat des archives