๐๐๐ฌ๐จ๐ง ๐๐ซ๐๐๐ฒ : ๐ข๐ฅ๐ฌ ๐จ๐ง๐ญ ๐๐ฎ ๐ฌ๐ ๐ฉ๐๐๐ฎ !
Retenez ce nom, et retenez comment on s’y est pris.
Un enfant noir de Clapham (quartier du Sud de Londres) qui ne parle pas avant onze ans, ne lit pas avant dix-huit, que des ยซ experts ยป promettent ร la vie assistรฉe.
30 ans plus tard, cet enfant est professeur de sociologie ร Cambridge ; le plus jeune professeur noir de l’histoire de cette universitรฉ. Il fallait bien que quelqu’un fasse payer une telle insolence. Ils vont le pousser ร la mort.
Vendredi 14 aoรปt, Jason Arday a รฉtรฉ retrouvรฉ mort ร son domicile de Battersea. Il avait 41 ans. ยซ La campagne de dรฉsinformation a eu raison de Jason, un homme doux qui voulait toujours voir le meilleur en chacun ยป, a รฉcrit sa famille, qui dรฉnonce ยซ une campagne d’abus soutenue ยป menรฉe contre lui pendant plus de trois ans, depuis le jour oรน il avait acceptรฉ sa chaire. Traduisons : on a harcelรฉ un homme jusqu’ร ce qu’il n’en puisse plus.

On nous dira qu’il s’agissait de rigueur acadรฉmique. Alors regardons cette rigueur en face. L’universitรฉ de Liverpool John Moores, qui avait dรฉcernรฉ son doctorat, avait dรฉjร enquรชtรฉ sur les mรชmes allรฉgations et n’avait retenu aucune faute. Le dossier รฉtait clos. Il a fallu le rouvrir.
Et qui l’a rouvert ? Nathan Cofnas, ancien chercheur de Cambridge, connu pour son combat contre les politiques de diversitรฉ, et pour avoir รฉcrit que, dans une vรฉritable mรฉritocratie, ยซ les Noirs disparaรฎtraient de presque tous les postes prestigieux hors du sport et du divertissement ยป.
Voilร l’homme. Voilร la thรจse. Un Noir ร une chaire prestigieuse รฉtait, pour lui, une anomalie statistique ร corriger. Jason Arday n’a pas รฉtรฉ jugรฉ sur son travail : il a รฉtรฉ jugรฉ sur sa prรฉsence. Sa faute originelle n’รฉtait pas dans une note de bas de page ; elle รฉtait d’exister lร oรน on ne voulait pas de lui.
Alors la machine s’est mise en route. Des passages de sa thรจse ยซ quasi identiques ยป ร un autre texte, des soupรงons sur ses diplรดmes, sur des fonds caritatifs ; chaque semaine son lot, chaque lot son titre de presse.
L’universitรฉ de Cambridge, qui l’avait d’abord soutenu, a fini par le lรขcher et ouvrir une enquรชte ; il dรฉmissionne le 5 aoรปt, รฉcrivant que les accusations incessantes avaient exercรฉ sur lui ยซ une profonde emprise ยป tout en refusant que son dรฉpart soit pris pour un aveu. Personne ne l’a รฉcoutรฉ. On avait ce qu’on voulait : la tรชte.
Que ceux qui parlent de ยซ dรฉbat lรฉgitime ยป nous expliquent pourquoi plus de deux douzaines d’universitaires et de responsables politiques ont, eux, parlรฉ d’une entreprise de dรฉnigrement visant ร discrรฉditer un homme noir et, ร travers lui, tous ceux qui lui ressemblent.
Ils n’รฉtaient pas naรฏfs. Ils avaient compris ce qui se jouait : quand la faute d’un Blanc se corrige par un erratum et que celle d’un Noir se solde par une mise ร mort sociale, le mot exact n’est pas ยซ rigueur ยป. C’est racisme.
Cambridge annonce aujourd’hui ยซ revoir ses procรฉdures de recrutement ยป. On ferme les portes derriรจre le mort.
Demain, un autre enfant noir douรฉ se demandera si le sommet vaut la traque qui l’y attend. C’est prรฉcisรฉment le message que cette meute voulait faire passer, et elle l’a fait passer sur un cercueil.
Nous, nous ne dรฉtournerons pas le regard. Nous รฉcrirons son nom, encore et encore, contre ceux qui espรจrent dรฉjร l’effacement.
L’oubli est la ruse du diable !
Arol KETCH
Rat des archives