mardi, juillet 21, 2026
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Babal est la nouvelle pรฉpite montante de la musique camerounaise. Comme un ouragan, il ravage tout sur son passage et affole les compteurs sur les plateformes d’รฉcoute et de tรฉlรฉchargement.

Et comme aprรจs chaque ouragan, on cherche une explication. Le succรจs attire toujours les procureurs.

Sur les rรฉseaux sociaux, certains l’accusent d’utiliser l’intelligence artificielle pour fabriquer ses titres. Voilร , disent certains, le secret de ce succรจs trop rapide, trop net, trop insolent. Comme si un jeune artiste ne pouvait pas, tout simplement, avoir du talent. Comme si le succรจs devait obligatoirement cacher une tricherie.

ร€ ceux-lร , Babal rรฉpond dรฉjร  dans l’un de ses refrains : ยซ Babal, il fait de la musique. ยป

Cette suspicion n’a rien d’inรฉdit. Il suffit de remonter aux annรฉes 1970 et de convoquer le duo Tim and Foty.

Deux cousins, Jean-Marie Tiam et le regrettรฉ Maurice Fotiรฉ Kembiwo. Deux voix perรงantes, aiguรซs, au timbre inimitable, qui ont dominรฉ la fin des annรฉes 70. ร€ leurs dรฉbuts, les mรฉlomanes les prenaient pour des Amรฉricains, tant leur style et leur rythme dรฉtonnaient dans le paysage.

En 1979, au stade de la Rรฉunification de Douala, ils rรฉunissent prรจs de cent mille spectateurs au bord de l’hystรฉrie. Un record d’affluence pour un concert au Cameroun, jamais รฉgalรฉ depuis.

Puis vint la suspicion. Ce jour-lร , les stars montent sur scรจne sans leur humidificateur de voix. Et le public dรฉcouvre, stupรฉfait, que les voix entendues ne sont pas tout ร  fait celles des vinyles.

La plupart de ces fans ne les avaient jamais vus en direct. Il les connaissaient par la radio, par les bars, par les boรฎtes de nuit. La dรฉception fut telle que, le duo faillit se faire lyncher.

Le lendemain, la presse ne fit pas dans la dentelle. On parla de ยซ grosse escroquerie ยป. De ยซ feymania artistique ยป. On les accusa d’avoir trafiquรฉ leurs voix en studio pour tromper tout un pays.

Le duo a toujours dรฉmenti. Ces petites voix, expliquaient-ils, รฉtaient des voix de tรชte. Rien de plus. Ils chantaient de la maniรจre la plus naturelle qui soit.

Et l’histoire a tranchรฉ

Les accusations n’ont pas tuรฉ Tim and Foty. Sept albums entre 1977 et 1982, des tubes qui ont traversรฉ le temps, un son ; ce mรฉlange de makossa et de funk ; devenu une signature.

Mais le plus beau est venu bien plus tard.

En 2001, Missy Elliott sort ยซ Dog in Heat ยป, avec Method Man et Redman, produit par Timbaland. Le morceau est saluรฉ comme une prouesse de production. Sauf que le motif qui le porte, du dรฉbut ร  la fin, sort tout droit de ยซ Douala by Night ยป, enregistrรฉ par Tim and Foty en 1977.

Le plus cruel de l’histoire est ce qui se passe ensuite. En 2006, Jean-Marie Tiam entre dans un studio parisien pour retravailler son propre titre en version R’n’B. On รฉcoute. On rit. Puis on l’accuse de plagiat, et on lui explique posรฉment que cette chanson n’est pas la sienne, mais celle de Missy Elliott. Il tente de s’expliquer. On le traite de menteur, d’usurpateur.

Blessรฉ, il saisit la SACEM. Les tractations commencent en mars 2008 et se referment en janvier 2009 par un accord : Tim And Foty a รฉtรฉ plagiรฉ par Missy Elliot.

Trente ans aprรจs avoir รฉtรฉ traitรฉ d’escroc chez lui , Tim and Foty se faisait piller par l’Amรฉrique. Et il a eu gain de cause.

ร€ chaque fois qu’un outil nouveau entre dans un studio, les mรชmes accusations reviennent. On l’a dit du multipiste. On l’a dit du synthรฉtiseur. On l’a dit de l’auto-tune. On l’a dit, au Cameroun, d’un simple humidificateur de voix. Chaque fois le procรจs รฉtait le mรชme : ce n’est plus de la vraie musique. Chaque fois, l’histoire a donnรฉ tort aux procureurs.

Aucun outil, mรชme pas lโ€™IA ne fabrique cette chose qu’on ne sait pas nommer et qui fait qu’une chanson tourne ร  la fois dans un taxi de Douala et dans une chambre d’รฉtudiant ร  Paris. ร‡a, รงa reste l’artiste.

Alors laissons Babal travailler

Il fait de la musique avec les outils de son temps, comme tous ceux qui l’ont prรฉcรฉdรฉ ont fait avec les leurs. Jeter l’opprobre sur un talent qui monte, c’est se priver de tout ce qu’il pourrait devenir. Le Cameroun a assez perdu d’artistes ร  force de les soupรงonner avant de les รฉcouter.

Encourageons cette pรฉpite. Elle peut hisser la musique camerounaise au sommet. Babal il fait de lโ€™Musique !

La terre est sale ! Si รจ ne mvit ! Ngo Bagdeu !

Arol KETCH

Rat des archives

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