Jean-Pierre Depesquidoux, le provocateur qui faisait bégayer la musique
Qui se souvient de JP Depesquidoux ; le « bègue » révélé par Telepodium ? Les hier hier ne peuvent pas comprendre.
Dans le paysage musical camerounais du milieu des années 1980, peu d’artistes auront cultivé un personnage aussi singulier que Jean-Pierre Depesquidoux. De son vrai nom, Eboa Mobitang.
Chanteur, amuseur, provocateur et personnage médiatique avant l’heure, il s’est imposé moins par la virtuosité de ses prestations que par une personnalité hors norme, nourrie d’autodérision, de défi et d’un sens aigu de la mise en scène. Un style particulier.
Les articles de presse de l’époque décrivent un artiste qui transforme son bégaiement en signature artistique.
Cette singularité devient même l’un de ses principaux arguments de notoriété.

Dans une interview accordée à C.T., il apparaît comme un homme volontiers bravache, multipliant les déclarations spectaculaires. Par exemple, il défie ouvertement des figures établies ; notamment Manu Dibango et le groupe Les Têtes Brûlées, qu’il considère comme des concurrents directs.
Cette posture provocatrice contribue à sa réputation de franc-tireur.
Dans ses entretiens, Depesquidoux affirme avoir prédit son succès dès ses débuts et se présente sans détour comme un « très grand musicien ». Il revendique également une popularité grandissante à l’étranger, évoquant notamment le Japon et la Grèce, parfois avec un humour qui laisse planer le doute entre sérieux et second degré.

Mais derrière la fanfaronnade se dessinait un personnage plus complexe. Beaucoup le considèraient comme un vantard, tandis que lui-même se décrivait comme un homme calme, incompris et sous-estimé.
Son bégaiement était devenu un ressort comique et une marque de fabrique qui suscitait autant la curiosité que l’attachement du public.
La télévision a joué un rôle essentiel dans sa popularité. Découvert par un large public à travers l’émission « Télé Podium » présenté par Elvis Kemayo, il parvient à attirer l’attention des téléspectateurs qui ne savaient parfois plus très bien s’il chante en bégayant ou s’il bégaie en chantant.
Son talent résidait dans sa capacité à attirer l’attention, à susciter le débat et à transformer sa différence en identité artistique.
À une époque où la scène musicale camerounaise etait dominée par de grandes figures conventionnelles, il avait choisi une autre voie : celle du personnage.
Exubérant, imprévisible et volontiers provocateur, il s’est imposé comme une curiosité culturelle.
On garde de lui , l’image d’un artiste atypique, capable de faire rire, d’agacer, d’étonner et de fasciner, mais surtout de ne laisser personne indifférent.
Qui se souvient de lui ?

L’oubli est la ruse du diable !
Arol KETCH
Rat des archives