Angela Davis traquée par le FBI


Angela Davis a 77 ans aujourd’hui. Je profite de cette occasion pour revenir sur un épisode mouvementé de sa vie.
Née le 26 janvier 1944, Angela Davis est une militante du mouvement des droits civiques aux États-Unis, membre des Black Panthers. Elle est confrontée au racisme dès son enfance. Ceci va structurer son engagement politique et ses combats futurs. Dès 1963, elle voyage en Europe et fait des études en France et en Allemagne notamment.
Son adhésion au parti communiste américain et au mouvement des Black Panthers lui a valu d’être surveillée de très près par le FBI du terrible Edgar Hoover.
Nommée professeure assistante en philosophie à l’université de Los Angeles (UCLA) en 1969, Angela Davis est renvoyée quelques mois plus tard, à la demande du gouverneur de Californie, un certain Ronald Reagan. Malgré tout, elle ne désarme pas ; elle vit ouvertement son engagement politique. Elle est ouvertement révolutionnaire marxiste dans un contexte de guerre froide où les communistes sont traqués aux Etats-Unis.
Au début de l’année 1970, à 26 ans la militante afro-américaine est célèbre dans le monde entier pour son engagement révolutionnaire contre le racisme et en faveur de l’égalité. Mais cet été là, sa vie va basculer.
Très engagée, Angela Davis fait partie du comité de soutien aux « Frères de Soledad », trois prisonniers noirs américains parmi lesquels un certain dont George Jackson avec qui elle entretient une relation amoureuse. Ceux-ci sont accusés d’avoir assassiné un gardien en représailles de l’assassinat d’un de leur codétenu.
En 1970, Jonathan Jackson, le jeune frère (17 ans) de George Jackson organise une prise d’otages dans un tribunal, dans l’optique faire libérer les « Frères de Soledad ». Il voulait échanger les prisonniers contre son frère. La police ouvre le feu et l’opération fait quatre morts : Jonathan Jackson, le juge et deux autres prisonniers sont tués.


Très rapidement, le FBI accuse Angela Davis d’avoir fourni l’arme du crime et lance un mandat d’arrêt national à son encontre. Qualifiée de « terroriste », elle fait alors partie des dix personnes les plus recherchées des Etats-Unis. Commence alors une cavale à travers les États-Unis. Le FBI d’Edgar Hoover est à ses trousses. Angela Davis est traquée et risque la peine de mort.
Elle quitte la Californie pour Chicago puis pour Miami où elle est de plus en plus isolée car tous ses proches sont surveillés par des voitures banalisées. Déguisée et maquillée, elle ne sort que la nuit car les agents du FBI sont partout. En effet, Angela Davis incarne tout ce que Edgar Hoover du FBI combat ; elle est un symbole qu’il faut détruire. Le Patron du FBI va mettre de gros moyens pour essayer de la capturer. Des rafles sont organisées et des centaines de femmes noires aux « dents écartées » sont arrêtées. La photo de Angela est affichée dans tout le pays avec l’insigne : « Wanted ». Toutefois, on peut aussi lire des affiches sur des maisons qui disent : « Courage Angela ! Tu es la bienvenue dans cette maison et nous allons te protéger ».
Après deux mois de cavale, elle est arrêtée dans un hôtel miteux de New-York par des agents du FBI, puis emprisonnée à New York puis en Californie, dans le comté de Marin puis à San José. Placée en isolement dans une cellule à New-York, elle va entamer une grève de la faim pour exiger son placement avec les autres détenues. Au bout de 10 jours de grève de la faim, les autorités pénitentiaires vont céder à ses exigences ; elle est finalement enfermée avec les autres détenues.
Officiellement inculpée par l’État de Californie pour meurtre, kidnapping et conspiration. Elle est transférée en Californie où elle comparaît en début janvier 1971. Dans la salle d’audience, Angela Davis entre le poing levé. Son affaire va connaître un retentissement international et elle reçoit des soutiens de partout dans le monde. En prison, elle reçoit la visite de Nina Simone et Aretha Franklin promet de payer sa caution. Pour obtenir sa libération, des manifestations sont organisées, des intellectuels éparpillés dans le monde entier prennent sa défense et des artistes comme John Lennon et les Rolling Stones composent des chansons louant son courage.
Elle choisit un avocat noir pour assurer sa défense. Elle souhaite saisir l’opportunité de ce procès pour montrer qu’il existe des professionnels noirs et brillants. De manière stratégique, elle veut utiliser ce procès pour dénoncer un système judiciaire raciste largement aux mains des blancs. En août 1971, George Jackson est tué d’une balle dans le dos par un gardien lors d’une émeute dans sa prison. Pour Angela Davis, il a été tué parce qu’il était noir.
Au terme de son procès, elle est acquittée. Dès son acquittement le 4 Juin 1972 après 22 mois de privation de liberté, elle continue à mener avec véhémence son combat contre le racisme et pour l’égalité.
En 1972, les « Frères de Soledad » pour qui elle luttait sont innocentées et libérées.
Angela Davis poursuit une carrière universitaire qui va la mener à occuper le poste de directrice du département d’études féministes de l’université de Californie.
En 1980 et en 1984, elle se présente aux élections présidentielles américaines comme candidate à la vice-présidence aux côtés du leader du CPUSA, Gus Hall.
C’est une militante antiraciste, féministe et anticapitaliste. Pour Angela Davis, le communisme, la lutte pour les droits civiques et le féminisme sont intimement liés. Elle a dédié sa vie au combat en faveur des minorités. Elle est restée constante dans son combat au fil des années et a su se renouveler en adaptant ses combats aux évolutions de la société.
En 1998, elle fait son coming-out en tant que lesbienne dans le magazine Out. Elle est aujourd’hui professeure d’« histoire de la prise de conscience » à l’université de Californie.
Arol KETCH – 26.01.2021
Fourmi Magnan égarée
Rat des archives

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