La trahison dans l’Histoire africaine (partie 3)

Ils sont nombreux ces grands hommes qui ont été trahis par leurs proches ; à cause de l’ivresse du pouvoir, ceux-ci n’ont pas hésité à planter le couteau dans le dos de leurs meilleurs amis.

  • Béhanzin trahi par son frère Agoli-Agbo
    Roi du Dahomey en 1890, Béhanzin a lutté contre l’invasion des troupes françaises paradoxalement commandées par un Afro-descendant sénégalais, le général Dodds, auquel il dut se rendre en 1894.
    En effet, le frère de Béhanzin, le prince Goutchili (Agoli-Agbo) est nommé roi, sous ordre des Français, sous le nom d’Agoli-Agbo. C’est lui dévoile aux Français la cachette de son frère Béhanzin.
    Réfugié à Atchérigbé, le roi déchu Béhanzin avait mis en place un système astucieux d’espionnage et de détection des mouvements français ; ce qui lui permettait d’échapper sans cesse aux nombreuses expéditions lancées à sa recherche. Il sera trahi par son frère qui va révéler sa cachette.
    Déporté au fort Tartenson (Martinique) puis en résidence surveillée à Fort-de-France, il est enfin libéré en 1906 sur les instances de l’homme politique guadeloupéen Gerville-Réache et assigné à résidence en Algérie où il meurt en 1906.
  • Ibrahim Coulibaly et Guillaume Soro
    Ibrahim Coulibaly dit « IB » est un personnage qui a fortement marqué la vie politique et militaire de son pays. En 1999, Ibrahim Coulibaly était déjà l’un des cerveaux du coup d’Etat qui renversa le président Henri Konan Bédié et plaça le général Robert Guéi au pouvoir. Dès son arrivée au pouvoir, le général Robert Guéi qui redoute un putsch, cherche à écarter « IB ». Il le nomme attaché militaire auprès de l’ambassade de Côte d’Ivoire au Canada. L’homme se rend compte qu’on veut l’éloigner et très vite, organise un coup d’Etat qui échoue en septembre 2000 laissant sur le carreau plusieurs de ses compagnons. « IB » prend le chemin de l’exil et trouve refuge au Burkina Faso d’où il organise le putsch manqué du 19 septembre 2002 contre le président Laurent Gbagbo. C’est lui qui a introduit le jeune étudiant Guillaume Soro dans la rébellion et lui a même confié le secrétariat du mouvement de rébellion. Entre temps, Soro et IB vont se brouiller. Soro va même échapper à une tentative d’assassinat à la roquette lors de l’atterrissage de l’avion dans lequel il était lors de sa venue à Bouaké.
    « IB » resurgit sur la scène politique et militaire ivoirienne lors de la crise postélectorale qui oppose Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara. Les deux hommes revendiquent la victoire à l’élection présidentielle de 2010. Guillaume Soro rejoint le camp d’Alassane Ouattara et de fait, lui apporte l’appui des Forces nouvelles (ex-rebelles).
    « IB » est à la tête du « commando invisible », un groupe de combattants invisibles et mystérieux qui est apparu dans le quartier d’Abobo et combat les Forces de défense et de sécurité pro-Gbagbo
    Après l’éviction de Gbagbo, le nouveau président Alassane Ouattara somme le « Commando invisible » de déposer les armes. « IB » ne désarmant pas, Guillaume Soro va demander qu’on élimine IB et le 27 Avril 2011, IB est abattu. Il a été exécuté sur ordre de son rival Guillaume Soro, celui-là qu’il avait introduit dans la rébellion.
    Ce qui confirmerait le proverbe africain selon lequel « deux caïmans ne peuvent pas vivre dans le même marigot ».
  • Francisco Macías Nguema et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo
    Francisco Macías Nguema devient président de la République en octobre 1968 après l’indépendance du pays. L’échec d’une tentative de coup d’État fomenté par son ministre des affaires étrangères Atanasio Ndong Miyone marqua le début de la dérive autoritaire du régime. Le 14 juillet 1972, il se proclame président à vie, chef du gouvernement, ministre de la Défense, des Affaires étrangères, de la Justice et des Finances.
    Dans l’optique de préserver son pouvoir, il se fait entourer de proches de son clan. Il offre le poste de commandant de l’armée et des régions militaires de la capitale à son neveu Teodoro Obiang Nguema, il promeut celui-ci l’année suivante au ministère de la Défense en tant que directeur général. En 1975, Teodoro Obiang Nguema est nommé à la tête des forces armées puis est nommé vice-ministre des Forces armées populaires en 1979.
    En 1979, il renverse son oncle à qui il reproche ses violations systématiques des droits de l’homme. Macías Nguema réussit à fuir et s’enferme dans un bunker où il détruit les réserves de change du pays. Arrêté, le dictateur est jugé par un tribunal militaire et reconnu coupable de génocide, haute trahison et d’assassinats massifs. Macías est condamné à mort et exécuté par la garde royale marocaine, faute de volontaires parmi des soldats équatoguinéens.
  • Thomas Sankara et Blaise Compaoré
    Thomas et Blaise étaient les meilleurs amis du monde. Mieux des frères.
    Lorsque Thomas Sankara est porté au pouvoir, il met immédiatement Blaise Compaoré à ses côtés. Thomas lui faisait confiance de façon absolue. Thomas Sankara devenu gênant, du fait de sa lutte contre le néocolonialisme, menaçant la place de la France en Afrique ainsi que le pouvoir des autres chefs d’État d’Afrique de l’Ouest, au comportement plus docile, il faut l’assassiner. C’est Blaise Compaoré qui réalisera la sale besogne.
    Thomas Sankara est tué quelque temps après par des éléments de la sécurité présidentielle, dirigée à l’époque par Blaise Compaoré. Après avoir assassiné Thomas Sankara, Blaise Compaoré a assassiné deux autres figures de la révolution. Ils ont participé au processus révolutionnaire comme des têtes de proue aux côtés de Thomas Sanakara et de Blaise Compaoré.
    Moins connus de la nouvelle génération, ces deux officiers, le capitaine Henri Zongo et le commandant Jean Baptiste Boukary Lingani ont été passés par les armes le 19 septembre 1989, accusés d’avoir ourdi un complot pour éliminer le président Blaise Compaoré.
  • Amilcar Lopez Cabral et le cancer de la trahison
    Amilcar Lopez Cabral, Abel Djassi de son pseudonyme, est le fondateur du parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, PAIGC qui amena à l’indépendance ces deux Etats colonisés par le Portugal. Son père Juvenal Cabral, instituteur en Guinée, lui donne à sa naissance le prénom Hamilcar, en souvenir du grand Africain qui fit trembler l’Empire romain pendant les guerres puniques.
    Le 20 janvier 1973, Amilcar Cabral est froidement assassiné à Conakry (Guinée-Conakry) soit six mois seulement avant l’indépendance de la Guinée-Bissau. Cabral ne verra donc jamais la reconnaissance de l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert par le Portugal le 10 septembre 1974, cause pour laquelle il a combattu pendant plus de vingt ans. Il ne connaitra pas les joies, le bonheur de vivre. Cabral est assassiné par ses amis, les membres du parti qu’il a fondé.
    Les assassins de Cabral sont des membres de son parti, manipulés par les autorités portugaises et bénéficiant de complicités au plus haut niveau dans l’État guinéen.
    On se rappelle qu’après la mort du président ghanéen Kwame Nkrumah, Amílcar Cabral avait dénoncé dans son dernier discours public à Conakry (Guinée), le cancer de la trahison qui souillait les mouvements indépendantistes africains. Il disait ceci : « Qu’on ne vienne pas nous affirmer que Nkrumah est mort d’un cancer de la gorge ou d’autres quelconques maladies, non, Nkrumah a été tué par le cancer de la trahison que nous devons extirper… par le cancer de la trahison, dont nous devons extirper les racines en Afrique si nous voulons vraiment liquider définitivement la domination impérialiste sur ce continent. Mais nous, Africains, nous croyons fermement que les morts continuent vivants à nos côtés, nous sommes des sociétés de morts et de vivants.
    Nkrumah ressuscitera chaque aube dans les cœurs et dans les déterminations des combattants de la liberté, dans l’action de tous les véritables patriotes africains. Nous mouvement de libération nous ne pardonnerons pas à ceux qui ont trahi Nkrumah, le peuple du Ghana, l’Afrique ne pardonnera pas, l’humanité progressiste ne pardonnera pas. »
    Arol KETCH – 30.07.2020
    Fourmi Magnan égarée
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