Le match de la mort : Perdre ou mourir !

Nous sommes en plein milieu de la deuxième mondiale, l’Ukraine est occupée par les soldats de l’Allemagne Nazie qui font régner leurs lois. En effet, à l’été 1941, le Troisième Reich avait lancé l’opération Barbarossa au cours de laquelle les Allemands envahissent l’URSS, dont la ville de Kiev.
 
En ce mois d’août 1942, c’est la détente. Une année après l’occupation allemande, à Kiev, la capitale ukrainienne, la vie reprend peu à peu son cours. Les événements culturels reprennent. On observe quelques concerts et spectacles; l’opéra ouvre. Un championnat de football est même organisé dans l’optique de divertir les populations qui subissent les affres de la guerre et traversent des moments difficiles : les massacres, la faim, les maladies, l’incertitude.
 
Un certain Józef Kordić, directeur d’une boulangerie, décide de monter une équipe de football amateur, le FC Start. Il y intègre des anciens joueurs ukrainiens du Dynamo Kiev et du Lokomotiv Kiev. Le FC Start est surnommé “l’équipe des boulangers” car constitué d’anciens footballeurs devenus boulangers.
En juin 1942 est lancé un championnat de football qui verra la participation des forces d’occupation (allemandes, roumaines, hongroises) ainsi que celle de deux équipes locales, la Rukh et le FC Start.
 
Le FC Star, équipe locale, fait feu de tout bois et enchaîne une série de sept victoires consécutives en battant les équipes des forces occupantes . Tout va basculer le 6 août 1941. Ce jour-là, le FC Start affronte la Flakelf, une équipe composée de militaires allemands aviateurs de la Luftwaffe. Le FC Start bat la Flakelf sur un score sans appel : 5-1. Humiliés, les Allemands y voient une provocation contre le régime d’Adolf Hitler; craignant que les victoires de « l’équipe des boulangers » n’inspirent les Ukrainiens et ne sapent le moral des troupes d’occupation, les Allemands réclament et imposent un match de revanche.
 
Trois jours plus tard, le 9 août 1942 à Kiev, un nouveau match oppose les deux équipes devant des milliers de spectateurs. Il n’est pas question pour les Allemands de concéder une nouvelle défaite. Ce sera l’humiliation de trop. Pour cela, les allemands imposent comme arbitre du match un de leurs collègues; un officier SS, soldat de la Luftwaffe. Avant le début de la rencontre, l’arbitre allemand impose aux Ukrainiens de faire le salut fasciste; ceux-ci refusent vigoureusement.
À leur entrée sur le terrain, les joueurs de la Flakelf tendent le bras droit et crient « Heil Hitler ! ». En réponse, les joueurs ukrainiens refusent de faire le salut nazi. Ils mettent la main sur le cœur et crient un slogan soviétique à la gloire du sport ! le stade plein à craquer exulte! Le ton est donné !
 
Le coup d’envoi aussi est donné; les Allemands inscrivent un but dans les premières minutes de jeu et mènent au score. L’arbitre allemand est aveugle devant les fautes grossières commises par les allemands et siffle des fautes imaginaires à chaque fois que les ukrainiens lancent une contre attaque. Les Allemands sont à présent persuadés qu’ils vont écraser les ukrainiens.
 
Mais c’est mal connaître l’esprit soviétique. Portés par leur public, les Ukrainiens égalisent et mènent même au score. A la mi-temps, les Allemands sont menés 3 buts à 1.
Le créateur du championnat en personne viendra dans les vestiaires demander aux Ukrainiens de laisser gagner les allemands.
Les nazis préviennent les Ukrainiens : « Si vous gagnez, vous serez tous tués ». Ce à quoi le gardien ukrainien répond : “ Nous lutterons jusqu’à la mort !”
La rencontre devient alors « le match de la mort » : Perdre ou mourir !
 
L’esprit soviétique est plus fort que la peur de la mort. Malgré ces menaces, les ukrainiens ne se démontent pas; une nouvelle fois, ils battent les allemands. Le FC Start gagne la rencontre 5 – 3. « l’équipe des boulangers” a de nouveau roulé les Allemands dans la farine.
Au coup de sifflet final, ils savent tous ce qui les attend : “La mort”.
Après la rencontre, les joueurs allemands et ukrainiens posent tous ensemble sur une photo.
 
Quelques jours plus tard, neuf footballeurs de FC Start sont arrêtés au motif qu’ils seraient membres du NKVD. L’un d’eux, membre du Parti Communiste, meurt sous la torture.
En septembre 1942, plusieurs autres joueurs du FC Start sont arrêtés, l’un d’eux sera tué lors d’une tentative de fuite.
Les joueurs ukrainiens du FC Start arrêtés sont transférés dans le camp de concentration de Syrets où trois joueurs parmi eux sont fusillés en 1943. La légende veut qu’au moment de leurs exécutions, ils auraient mis la main sur le cœur et crié « Le sport rouge ne mourra jamais ! »
 
Notons que la propagande soviétique s’est servi de cette histoire pour la romancer et lui donner une autre issue. La propagande raconte qu’ à la fin du match, les footballeurs Ukrainiens auraient été emmenés au ravin de Babi Yar et y auraient été exécutés par les Allemands humiliés et mauvais perdants.
 
Une statue en la mémoire des joueurs ukrainiens a été érigée à l’entrée du Zenit Stadium de Kiev en 1971, stade rebaptisé Start Stadium en 1981.
 
Le film “Match” d’Andreï Malioukov réalisé en 2012 revient sur cette histoire. Pas moins de 4 films ont été réalisés sur ce match ( “deux mi-temps en enfer”, “ à nous la victoire”, “ 3ème mi-temps”).
Le livre “Gagner à en mourir” de Pierre-Louis Basse revient aussi sur cette histoire.
Plusieurs journalistes et historiens réfutent cette légende et soutiennent que ces joueurs sont morts comme beaucoup d’autres Soviétiques parce que victimes de l’affrontement entre deux systèmes totalitaires.
 
Arol KETCH – 05.01.2022
Fourmi Magnan égarée
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