Hommage à Patrick Nguema Ndong — L’oubli est la ruse du diable
Il y a des voix qui traversent le temps. Des voix qui bercent, intriguent, inquiètent, fascinent… et qui finissent par devenir une part de nous-mêmes. Celle de Patrick Nguema Ndong était de celles-là.
Pendant près de trente ans, chaque dimanche sur Africa N°1, des millions d’auditeurs retenaient leur souffle en écoutant Les Aventures Mystérieuses. Plusieurs générations d’Africains ont grandi avec Bangoss, cette ville imaginaire devenue presque réelle dans nos esprits. Qui pourrait oublier le sorcier Fifion Ribana, le général Mangani Mangwa ou encore le professeur Eubénézer Euthanazief ?
Derrière ces personnages se trouvait un conteur hors norme, capable de mêler peur, tradition, spiritualité et réflexion avec un talent rare.
Patrick Nguema Ndong était un passeur de mémoire, un explorateur des mondes visibles et invisibles, un homme à la croisée des savoirs.
Héritier d’une tradition ancestrale gabonaise transmise par son grand-père, il a aussi choisi le chemin de la connaissance académique en étudiant la littérature et la parapsychologie. Cette double approche mystique et rationnelle a fait de lui une figure unique dans le paysage médiatique africain.
Avec l’émission Triangle, il a ouvert un espace inédit où se rencontraient tradipraticiens, religieux, scientifiques et passionnés, permettant à l’Africain moderne de dialoguer avec ses racines sans complexe.
Il a également marqué les esprits par ses ouvrages, notamment sur les rêves et le culte de Mami Wata, témoignant de sa quête permanente de compréhension du monde spirituel.

Homme de discipline, maître d’arts martiaux, survivant de nombreuses épreuves physiques et mystiques, il incarnait une forme de force intérieure qui impressionnait autant qu’elle inspirait. Mais au-delà du mystère, ceux qui l’ont connu évoquent surtout un homme cultivé, déterminé, profondément habité par sa mission de transmission.
Son passage au Cameroun en 2008 reste gravé dans les mémoires : accueilli comme une véritable légende vivante, il avait suscité une ferveur populaire rare, preuve de l’empreinte qu’il avait laissée dans les cœurs bien au-delà des frontières du Gabon.
Patrick Nguema Ndong a marqué l’imaginaire collectif africain. Son œuvre a influencé la culture populaire, la musique, le langage même de certains quartiers baptisés « Bangoss ». Peu de créateurs peuvent se targuer d’un tel heritage.
Aujourd’hui, une chose demeure certaine : les grandes voix ne meurent jamais vraiment. Elles continuent de résonner dans la mémoire de ceux qu’elles ont touchés.
Alors souvenons-nous.
Parce que, oui…l’oubli est la ruse du diable.
—Arol KETCH
Rat des archives