mardi, avril 14, 2026
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Il aurait eu 51 ans aujourdโ€™hui ! Lโ€™oubli est la ruse du diable !

Il est des dates que lโ€™Histoire nโ€™efface pas. Le jeudi 16 mai 1991 en fait partie.

Ce jour-lร , Douala suffoque sous la tension des ยซ villes mortes ยป. Les rues, dโ€™ordinaire bruyantes, deviennent des lieux de rรฉsistance.

Le peuple debout, rรฉclame le changement : il exige la dignitรฉ, la justice, la tenue dโ€™une confรฉrence nationale souveraine. Mais face ร  ces voix nues, une soldatesque armรฉe ; toujours prรชte ร  faire taire โ€ฆ ร  tuer.

Il est 11h ce jour-lร  ; Aux abords du centre universitaire, la rue est noire de monde. Une foule dรฉterminรฉe, habitรฉe par lโ€™espoir. Puis soudain, lโ€™irrรฉparable commence ร  prendre forme. Une altercation, brรจve, presque banale dans ce climat รฉlectrique. Mais il nโ€™en faut pas plus.

La peur se rรฉpand comme une traรฎnรฉe de poudre. ร€ lโ€™entrรฉe du camp Sic Bassa, une barricade se dresse encore, fragile rempart dโ€™un peuple qui refuse de cรฉder. Alors la panique รฉclate. Les manifestants fuient, les cris fusent, chacun cherche ร  รฉchapper ร  lโ€™orage.

Et au milieu de ce chaos, un enfant : Eric Takou.

Nรฉ le 11 avril 1975. ร‰lรจve en classe de CM2 ร  lโ€™รฉcole bilingue de Makรฉpรฉ. Un enfant encore, avec ses cahiers, ses rรชves, son avenir ร  peine esquissรฉ. Il nโ€™รฉtait pas une menace. Il รฉtait lร , simplement, ร  proximitรฉ de cette route devenue ligne de front.

Le commissaire sโ€™avance vers lui. Deux coups de feu ; ร  bout portant.

Une balle dans la tรชte et une autre au bras.

Un silence brutal, qui dรฉchire tout sโ€™installe. Une vie arrachรฉe en un instant. Une enfance foudroyรฉe sans raison, sans dรฉfense, sans pitiรฉ.

Mais ce jour-lร , Douala refuse de se taire. Le corps du jeune Eric est portรฉ dans un pousse-pousse, exposรฉ aux regards, traversant les rues de la ville comme un cri vivant, comme une accusation silencieuse.

La foule, submergรฉe par la douleur et la colรจre, accompagne cette procession funรจbre improvisรฉe. Elle brave les gaz lacrymogรจnes, affronte les tirs, refuse de dรฉtourner les yeux.

Le cortรจge sโ€™arrรชte mรชme devant les services du gouverneur, comme pour dire : ยซ regardez ce que vous avez fait. Regardez cet enfant. Regardez ce que coรปte le refus dโ€™รฉcouter un peuple ยป.

Puis la dรฉpouille est conduite jusquโ€™au domicile mรชme du commissaire. Lร , une foule immense, bouleversรฉe, enragรฉe, se rassemble. La douleur est ร  son comble. La tentation de la vengeance plane. Car quand lโ€™injustice devient insoutenable, la colรจre devient langage.

Eric Takou nโ€™รฉtait quโ€™un enfant ; un enfant pris dans une tempรชte qui nโ€™รฉtait pas la sienne. Un enfant qui doit devenir un symbole dans notre mรฉmoire.

Aujourdโ€™hui encore, son nom doit rรฉsonner comme un appel. Un rappel de ce que furent ces annรฉes de braise, oรน des innocents ont payรฉ de leur vie le prix de la libertรฉ.

Se souvenir dโ€™Eric, cโ€™est refuser que son histoire se dissolve dans lโ€™oubli. Cโ€™est dire que chaque vie compte.

Oublier, cโ€™est laisser mourir une seconde fois.

Repose en paix, Eric.

Lโ€™oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH

Rat des archives

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