samedi, mai 23, 2026
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Dans lโ€™histoire รฉconomique du Cameroun, certains hommes dโ€™affaires ont bรขti des empires ร  partir de capitaux. Dโ€™autres ont bรขti des lรฉgendes ร  partir des ruines. Lรฉvis Claude Koloko appartient ร  cette seconde catรฉgorie.

Visionnaire, autodidacte et profondรฉment rรฉsilient, celui que lโ€™on surnommera plus tard ยซ le Roi de la Ferraille ยป a rรฉussi ร  transformer les cendres de ses propres รฉpreuves en une industrie florissante, bien avant que les notions de recyclage, dโ€™รฉconomie circulaire ou de prรฉservation de lโ€™environnement ne deviennent des enjeux mondiaux.

Nรฉ en 1927 ร  Babouantou, dans le dรฉpartement du Haut-Nkam, ร  lโ€™Ouest du Cameroun, Lรฉvis Koloko grandit dans un contexte colonial oรน les perspectives de rรฉussite pour les Africains demeurent limitรฉes.

Aprรจs lโ€™obtention de son CEPE en 1947, il quitte son village natal pour rejoindre Douala, mรฉtropole รฉconomique en pleine expansion.

Comme beaucoup de jeunes de sa gรฉnรฉration, il arrive dans la capitale รฉconomique sans fortune ni appuis, portรฉ uniquement par une volontรฉ farouche de rรฉussir.

ร€ Douala, Koloko exerce plusieurs activitรฉs avant de trouver sa voie. Travailleur infatigable, il apprend rapidement les mรฉcanismes du commerce et du transport. Dans les annรฉes 1950, il se lance dans le transport routier par camions et connaรฎt une ascension rapide.

Son dynamisme et son sens de lโ€™organisation lui valent de devenir lโ€™un des acteurs majeurs du secteur, jusquโ€™ร  prรฉsider le Syndicat national des transporteurs.

Le destin de Lรฉvis Koloko bascule brutalement dans un contexte de fortes tensions politiques et sociales prรฉcรฉdant lโ€™indรฉpendance du Cameroun. En 1955, puis de nouveau en 1960, ses camions sont incendiรฉs durant les troubles qui secouent le pays.

Lui-mรชme racontera plus tard avec simplicitรฉ : ยซ Jโ€™รฉtais dโ€™abord transporteur par camions. En 1955 on a brรปlรฉ mes camionsโ€ฆ Ces camions furent encore brรปlรฉs en 1960. Alors je dรฉcidai de faire nโ€™importe quoi pour nourrir ma famille. ยป

Pour beaucoup, ces destructions auraient marquรฉ la fin dโ€™une carriรจre. Pour Koloko, elles deviennent au contraire le point de dรฉpart dโ€™une renaissance. Face aux carcasses mรฉtalliques de ses vรฉhicules dรฉtruits, il dรฉveloppe une intuition qui fera sa fortune : les dรฉchets industriels ont une valeur. Il commence alors ร  rรฉcupรฉrer, dรฉmonter, trier et revendre les piรจces encore utilisables.

Dans une sociรฉtรฉ oรน ยซ casseur ยป est encore perรงue comme un mรฉtier dรฉgradant, il subit des moqueries. Pour certains, il sโ€™amuse avec le tรฉtanos ; pour dโ€™autres ; il occupe lโ€™espace avec ses tas de ferraille.

Koloko ne se laisse pas dรฉmoraliser ; il collecte des รฉpaves automobiles, des moteurs hors dโ€™usage, des engins industriels abandonnรฉs, des piรจces mรฉcaniques usรฉes ou accidentรฉes. Ses dรฉpรดts de Douala notamment ร  Bassa, Akwa et New-Bell ; deviennent progressivement de vรฉritables centres de rรฉcupรฉration mรฉtallurgique ร  ciel ouvert.

Koloko dรฉveloppe alors un modรจle รฉconomique dโ€™une remarquable modernitรฉ. Les piรจces dรฉtachรฉes encore fonctionnelles sont revendues localement ร  des chauffeurs, mรฉcaniciens ou transporteurs incapables dโ€™acheter du neuf. Les mรฉtaux rรฉcupรฉrรฉs sont triรฉs puis exportรฉs. Certaines machines sont restaurรฉes et remises en circulation ; dโ€™autres sont dรฉmontรฉes pour alimenter un marchรฉ parallรจle de piรจces mรฉcaniques devenu essentiel ร  lโ€™รฉconomie urbaine camerounaise.

Trรจs tรดt, il comprend que la ferraille nโ€™est pas une activitรฉ de survie mais une filiรจre industrielle complรจte et rentable. Bulldozers, grues, tracteurs, matรฉriels de travaux publics ou vรฉhicules accidentรฉs passent entre ses mains. Grรขce ร  son sens aigu des affaires, il parvient ร  valoriser chaque composant. Cette capacitรฉ ร  extraire de la valeur de ce que les autres considรจrent comme inutile lui vaut progressivement son surnom devenu mythique : ยซ le Roi de la Ferraille ยป.

Lรฉvis Koloko bรขtit vรฉritable une fortune. Il dรฉveloppe รฉgalement une vรฉritable philosophie du travail. Dans un entretien accordรฉ ร  la presse au milieu des annรฉes 70, il affirme : ยซ Jโ€™ai dรฉcouvert par la ferraille quโ€™il nโ€™y a pas de sot mรฉtier. ยป

Cette phrase devient sa devise. Elle rรฉsume sa vision profondรฉment populaire de la rรฉussite : aucun travail honnรชte nโ€™est indigne lorsquโ€™il permet de nourrir sa famille et de construire quelque chose dโ€™utile.

Dans un pays oรน certains mรฉtiers manuels รฉtaient mรฉprisรฉs, Koloko contribue ร  redonner de la dignitรฉ ร  toute une รฉconomie informelle fondรฉe sur la dรฉbrouillardise, la rรฉcupรฉration et lโ€™ingรฉniositรฉ.

Son influence dรฉpasse rapidement le cadre des affaires. Homme engagรฉ, Lรฉvis Koloko participe activement ร  la vie politique camerounaise. Militant de la premiรจre heure de lโ€™Union Nationale Camerounaise (UNC), puis membre influent du RDPC, il devient dรฉputรฉ ร  lโ€™Assemblรฉe nationale, vice-prรฉsident dรฉpartemental du parti dans le Wouri, membre du comitรฉ central puis du bureau politique. Malgrรฉ les bouleversements politiques quโ€™a connus le Cameroun – de lโ€™UC ร  lโ€™UNC puis au RDPC – il demeure une figure respectรฉe et influente dans le Littoral comme dans lโ€™Ouest. Durant les villes mortes, sa maison est attaquรฉe.

Les tรฉmoignages de lโ€™รฉpoque le dรฉcrivent comme profondรฉment attachรฉ ร  sa communautรฉ. Grรขce ร  sa rรฉussite, il finance des ล“uvres sociales dans le Haut-Nkam et ร  Douala : dispensaires, รฉcoles, routes, chapelles et aides diverses aux populations.

ร€ Babouantou, son village natal, il fait construire plusieurs infrastructures communautaires et demeure trรจs impliquรฉ dans la vie locale malgrรฉ son succรจs ร  Douala.

La rรฉussite de Lรฉvis Koloko impressionne autant quโ€™elle intrigue. Il diversifie ses activitรฉs dans les travaux publics, lโ€™immobilier et le commerce des matรฉriaux industriels.

Koloko Levis fait vivre une grande famille : la presse de lโ€™รฉpoque รฉvoque une immense famille composรฉe de plusieurs รฉpouses, de dizaines dโ€™enfants et de petits-enfants.

Lorsque Lรฉvis Claude Koloko sโ€™รฉteint le 20 juillet 1994 ร  Douala, la presse nationale lui rend hommage comme ร  un ยซ meneur dโ€™hommes ยป, un patriote et un pionnier รฉconomique. Ses funรฉrailles ร  Babouantou rassemblent responsables politiques, opรฉrateurs รฉconomiques, militants et anonymes venus saluer celui qui aura marquรฉ plusieurs dรฉcennies de la vie camerounaise.

Son hรฉritage reste aujourdโ€™hui immense. Des milliers de ferrailleurs, recycleurs, vendeurs de piรจces dรฉtachรฉes et rรฉcupรฉrateurs perpรฉtuent encore, souvent sans le savoir, lโ€™intuition de ce pionnier.

Une rue porte son nom ร  Douala : ยซ la Rue KOLOKO ยป , quโ€™il a vue de son vivant.

Le parcours de Levis Koloko ยซ Le roi de la ferraille ยป montre quโ€™un empire peut naรฎtre des ruines, quโ€™un mรฉtier mรฉprisรฉ peut devenir une industrie, et quโ€™aucune chute nโ€™est dรฉfinitive pour celui qui sait transformer lโ€™รฉpreuve en opportunitรฉ.

Lโ€™oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH โ€“ 23.05.2026

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