Pierre Mulélé, torturé à mort

L’actualité récente nous apprend que l’avion d’un jeune opposant biélorusse en exil de 26 ans a été dérouté pour la Biélorussie où il a été capturé.
Des exemples similaires sont légions dans l’histoire africaine contemporaine. L’avion de Moïse Tshombé, le pourfendeur de Lumumba avait été détourné en Juin 1967 vers l’Algérie où il sera capturé. Devenu ennemi numéro du régime de Yaoundé l’ex putschiste camerounais Guerandi Mbara exilé depuis 1984 au Burkina Faso verra le jet privé dans lequel il était être détourné vers le Cameroun où il sera torturé et liquidé en toute discrétion.
Certains dictateurs utilisent la ruse pour ramener vers eux leurs opposants au pays et les liquider . C’est par exemple le cas de Omar Bonga avec Germain MBA, de Bokassa avec le jeune étudiant Pierre Emery Mbaye. Mobutu a utilisé le même stratagème avec Pierre Mulele comme nous allons le voir dans les lignes qui suivent .
La mort de Patrice Lumumba le 17 janvier 1961 a déclenché d’importantes manifestations dans le monde entier. Les manifestants protestaient contre cet assassinat lâche, crapuleux et réclamaient justice.
À la suite de l’assassinat de Patrice Lumumba au Katanga, Pierre Mulele et ses compagnons suivent une formation militaire en Chine pour combattre l’Armée nationale congolaise et le gouvernement qui a contribué a assassiné Lumumba. C’est la rébellion Simba ou Rébellion muleliste. En effet, Pierre Mulele est un partisan de Lumumba, ancien ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement de Patrice Lumumba. Fidèle parmi les fidèles, il a à cœur de venger Lumumba et de sauver le Congo des mains des colons et de leurs valets locaux.
En 1963, Mulele déclenche, dans la Région du Kwilu (actuelle province du Bandundu), la première rébellion armée contre le gouvernement central. Il est rejoint par des milliers de partisans de Lumumba et par des soldats déserteurs. La rébellion s’étend rapidement et s’empare de grandes portions du territoire national.
Mulele se révèle excellent stratège. D’emblée, il rejette le tribalisme et accorde un rôle prépondérant aux femmes. A chaque fois qu’il conquiert une localité, il organise des rencontres avec l’élite pour sensibiliser la jeunesse sur le bien-fondé de sa révolution. La rébellion Simba n’hésite pas à s’attaquer aux colons et à leurs œuvres.


En 1964, la Rébellion muleliste atteint son apogée er réussit même à abattre le chef d’état-major de l’Armée nationale congolaise dans une embuscade. Acculé, le gouvernement du Congo, sollicite l’aide de la Belgique et des Etats-Unis. Jouissant de l’encadrement de leurs soutiens occidentaux, l’armée congolaise à mettre en déroute la rébellion Simba. Pierre Mulele se réfugie au Congo-Brazaville. En effet, le 12 septembre 1968, en compagnie de son épouse Léonie Abo et de Joseph Makindua, Pierre Mulele embarque dans une petite pirogue pour Brazzaville.
Le Président Mobutu le convainc de revenir d’exil, lui promettant l’amnistie. Le gouvernement du général Mobutu jure qu’il ne court aucun risque. Marien Ngouabi, président du Congo-Brazzaville, accepte. Et c’est Justin-Marie Bomboko, ministre des Affaires étrangères du Congo-Kinshasa, qui va chercher Mulele à Brazzaville avec le bateau présidentiel le 29 septembre 1968.
Une fois revenu, Mobutu ne va pas tenir sa promesse. L’ex-rebelle fidèle de Lumumba est accusé d’atteinte à la sûreté de l’État et condamné par une cour martiale. Il est torturé publiquement jusqu’à sa mort. Ses yeux, ses oreilles, son nez, ses parties génitales sont arrachés et ses membres sont amputés un à un alors qu’il est toujours en vie. Il va supplier ses bourreaux de l’achever d’une balle dans la tête mais ceux-ci vont refuser ; il est question pour eux de le torturer de manière à ce qu’il voit la mort en face.
A la mort de Mulele, les morceaux de son corps sont jetés dans le fleuve Congo. Il est question d’éliminer toute trace de lui, il ne doit pas être enterré, sinon il pourra être érigé en martyr et le lieu de son inhumation pourra servir de lieu de pèlerinage pour ses partisans. Le Président Marien Ngouabi du Congo-Brazzaville qui s’était porté garant de Mulele en le livrant, rompt les relations diplomatiques avec son voisin Mobutu ; il ne savait pas que c’est comme ça que Mobutu allait faire.
Mobutu va pousser la cruauté plus loin ; hanté par l’esprit de Mulélé et la crainte d’une éventuelle vengeance, 10 ans plus tard, il ordonne l’exécution de la mère de Mulele et fait tuer l’un des fils de Mulele.
AROL KETCH – 26/05/2021
Rat des archives
Opep de l’histoire

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