Ruben Um Nyobè, « Le mpodol », « Le Hô Chi Minh noir »

Il y a 64 ans Ruben Um Nyobé était assassiné par le régime colonial et ses supplétifs locaux. Qui était Um Nyobé ? 

Instituteur, syndicaliste et homme politique, Ruben Um Nyobè demeure une figure emblématique de la lutte pour une indépendance authentique des peuples africains.

Né en 1913 à SongPeck dans l’arrondissement d’Eséka au Cameroun, Ruben Um Nyobè a fait ses études primaires dans les écoles locales des missionnaires presbytériens.

En 1931, il est reçu au concours de l’école normale de Foulassi dans le sud du Cameroun. En 1932, Um Nyobè est renvoyé de cette école en raison de sa propension à toujours prendre la tête des mouvements de revendication et de protestation. Il obtient néanmoins son diplôme de « moniteur indigène » en tant que candidat libre et entame une carrière d’enseignant.

En 1935, il commence à travailler comme employé au sein de l’administration des finances à Douala tout en continuant parallèlement ses études. Il obtient ainsi par correspondance sa première partie du baccalauréat en 1939. Il trouve un emploi de commis greffier au tribunal de Yaoundé, puis est affecté tour à tour à Edéa et dans le Nord du Cameroun. Um Nyobè s’initie peu à peu au syndicalisme. Il milite dans un premier temps au sein de la Jeunesse Camerounaise Française (JEUCAFRA) puis au sein du Rassemblement Camerounais (RACAM). En 1945, il participe à la création de l’Union des Syndicat Confédérés du Cameroun (USCC) dont il devient le secrétaire général. Um Nyobè viendra à la politique par l’entremise du syndicalisme. Après la création de l’UPC (Union des Populations du Cameroun) le 10 Avril 1948, il crée avec d’autres patriotes l’Union des Populations du Cameroun (UPC). 

Um Nyobè se rend consécutivement durant trois années à l’ONU (1952, 1953 et 1954) pour plaider pour l’indépendance du Cameroun. Il gagne alors le surnom de « Mpodol » ce qui signifie « le messager », « celui qui porte la parole des siens » en langue bassa’a. La popularité de l’UPC est telle que ses voyages à l’ONU étaient financés grâce à des souscriptions publiques et populaires.

La popularité d’Um Nyobè s’accroît auprès des masses populaires. Il devient le leader incontesté du patriotisme camerounais. Son rayonnement est tel que des chansons sont composées à sa gloire. « Nyambè (Dieu) délégua « Mpodol » afin qu’il annonce au pays une nouvelle vie, la fin de l’esclavage et le début de la dignité pour ceux qui marchaient le dos courbé », dit une chanson rapportée par l’historien Achille Mbembe.

En mai 1955, les réunions de l’UPC sont interdites et ses militants sont molestés. Le 22 mai 1955, l’UPC réplique et annonce qu’elle refuse désormais de reconnaître l’administration française et réclame la création d’un comité exécutif provisoire. La tension monte d’un cran. Le 13 juillet 1955, l’UPC et ses branches sont officiellement interdites. Um Nyobè et ses partisans gagnent le maquis dans la forêt de Boumnyebel pour poursuivre leurs activités politiques dans la clandestinité.

Après une longue période de traque et de repérage, les services de renseignement français aidés par des indicateurs parviennent à localiser la zone dans laquelle se cachent le « Mpodol » et ses compagnons dans le maquis. Les patrouilles se multiplient dans cette zone. Informé de la présence des troupes françaises, Um Nyobè quitte son campement en pleine nuit le 10 septembre sous une pluie battante avec quelques fidèles dont deux femmes et son homme de confiance, Mayi Matip Théodore. Une des équipes en patrouille dans la zone découvre le campement fraîchement abandonné par Um Nyobè et les siens. La zone est immédiatement quadrillée, et quelques temps plus tard, une patrouille de soldats tchadiens (d’origine saras) enrôlés par l’armée française débusque Um Nyobè et les siens. Um Nyobè est identifié par les indicateurs qui accompagnent la patrouille. Sans arme, le « Mpodol » tient à la main un sac qui contient ses documents et son agenda personnel. Il est abattu de plusieurs balles par l’un des soldats. C’était le 13 septembre 1958.

Le corps d’Um Nyobè est enroulé dans un drap puis traîné jusqu’à Boumnyebel où il est exposé en public avant d’être inhumé. La force coloniale prit soin de le défigurer. Sa peau, sa tête et son visage étant profondément déchirés. En travestissant à ce point sa dépouille, la force coloniale voulut « détruire l’individualité de son corps et le ramener à la masse informe et méconnaissable », affirme l’historien Achille Mbembe. C’est dans le même esprit, poursuit-il, qu’« on ne lui accorda qu’une tombe anonyme ». Aucune épitaphe, aucun signalement particulier n’y furent inscrits. Les autorités coloniales le firent enterrer sans cérémonie, immergé dans un bloc massif de béton. En effet, après l’inhumation du « Mpodol », sa tombe sera recouverte d’une chape de béton, pour empêcher ses plus proches fidèles de venir enlever son corps.

En raison de la bataille qu’il a livrée avec l’UPC pour l’indépendance du « Kamerun », Um Nyobè est surnommé le « Hô Chi Minh noir » en comparaison au grand nationaliste vietnamien qui s’est battu pour l’indépendance de son pays.

Extrait de mon livre : Surnoms des hommes et femmes qui ont marqué l’histoire contemporaine de l’Afrique.

https://livre.fnac.com/a10512954/Arol-Ketchiemen-Surnoms-des-hommes-et-femmes-qui-ont-marque-l-histoire-contemporaine-de-l-Afrique

Arol KETCH – 13.09.2022

Rat des archives

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