samedi, janvier 17, 2026
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65 ans dรฉjร  !

Le 5 janvier 1961, la localitรฉ de Ngambรจ est le thรฉรขtre dโ€™un รฉpisode particuliรจrement violent de la rรฉpression coloniale, longtemps passรฉ sous silence.

ร€ cette pรฉriode, un groupe de personnes rรฉfugiรฉes dans le maquis met en place une opรฉration visant deux objectifs principaux : lโ€™attaque de la rรฉsidence de lโ€™autoritรฉ administrative afin dโ€™enlever son occupant, et lโ€™assaut de la prison de Ngambรจ dans le but de libรฉrer les dรฉtenus politiques.

Le plan, prรฉparรฉ avec soin, sโ€™inscrit dans le contexte des luttes politiques de lโ€™UPC en cours; bien que le Cameroun ait proclamรฉ son indรฉpendance un an plus tรดt.

Cependant, les services de renseignement parviennent ร  dรฉcouvrir la conspiration avant son exรฉcution. Informรฉes des itinรฉraires empruntรฉs par les nationalistes alors appelรฉs ยซ maquisards ยป, les autoritรฉs organisent une embuscade destinรฉe ร  neutraliser les assaillants.

Le premier affrontement a lieu au niveau du village de Singang, oรน un ยซ maquisard est abattu ยป. Il est considรฉrรฉ comme le premier martyr de cette opรฉration. Sur lui, les soldats retrouvent une lettre adressรฉe aux dรฉtenus politiques incarcรฉrรฉs ร  la prison de Ngambรจ, indiquant quโ€™il devait probablement donner le signal de lโ€™attaque.

Les forces armรฉes procรจdent ensuite ร  une rรฉpression systรฉmatique. Des centaines de nationalistes , faiblement armรฉs essentiellement de machettes et portรฉs par des croyances mystiques sont neutralisรฉs par des soldats รฉquipรฉs de fusils.

Les affrontements provoquent de nombreuses pertes humaines et un important bain de sang dans la ville et ses environs. Les rues de Ngambรจ sont couvertes de sang, donnant naissance ร  lโ€™expression locale ยซ nlon u matjel ยป.

Les corps des victimes sont rassemblรฉs prรจs de la prison de Ngambรจ. Dans un climat de tension extrรชme, le commandant en charge des opรฉrations ordonne au rรฉgisseur de faire sortir lโ€™ensemble des dรฉtenus politiques.

Ces derniers sont exรฉcutรฉs successivement sur le talus adjacent ร  la prison, sous les yeux de la population, ร  qui toute manifestation de compassion est strictement interdite.

Au cours de ces exรฉcutions, un jeune garรงon prรฉsent dans la foule est remarquรฉ alors quโ€™il pleure. Interrogรฉ par le commandant, il explique que son frรจre aรฎnรฉ vient dโ€™รชtre exรฉcutรฉ. Le commandant abat alors lโ€™enfant sur place, faisant de lui la derniรจre victime de cette sรฉrie dโ€™exรฉcutions.

Les dรฉpouilles sont ensuite transportรฉes ร  environ trois cents mรจtres du lieu des fusillades et enterrรฉes dans une fosse commune situรฉe derriรจre lโ€™hรดpital de Ngambรจ.

Le bilan humain est estimรฉ ร  plus de trois cents morts.

Aujourdโ€™hui encore, cet รฉpisode demeure une blessure ouverte dans la mรฉmoire collective. Lโ€™hรดtel de ville de Ngambรจ est construit sur le site mรชme oรน furent exรฉcutรฉs les prisonniers politiques, ce qui suscite lโ€™indignation persistante des populations locales, qui appellent ร  la reconnaissance officielle de ce lieu comme espace de mรฉmoire et de commรฉmoration, notamment par son รฉventuel baptรชme en Hรดtel des Martyrs.

Lโ€™oubli est la ruse du diable !

La terre est sale ! Si รจ ne mvit ! Ngo Bagdeu !

Arol Ketch – 07.01.2026

Rat des archives

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