๐๐จ๐ฆ๐ฆ๐๐ ๐ ๐ฬ ๐๐ซ๐ข๐ ๐๐๐ค๐จ๐ฎ, ๐๐ง๐๐๐ง๐ญ ๐ฌ๐๐๐ซ๐ข๐๐ข๐ฬ ๐๐๐ฌ ๐๐ง๐ง๐ฬ๐๐ฌ ๐๐ ๐๐ซ๐๐ข๐ฌ๐
Il aurait eu 51 ans aujourdโhui ! Lโoubli est la ruse du diable !
Il est des dates que lโHistoire nโefface pas. Le jeudi 16 mai 1991 en fait partie.
Ce jour-lร , Douala suffoque sous la tension des ยซ villes mortes ยป. Les rues, dโordinaire bruyantes, deviennent des lieux de rรฉsistance.
Le peuple debout, rรฉclame le changement : il exige la dignitรฉ, la justice, la tenue dโune confรฉrence nationale souveraine. Mais face ร ces voix nues, une soldatesque armรฉe ; toujours prรชte ร faire taire โฆ ร tuer.

Il est 11h ce jour-lร ; Aux abords du centre universitaire, la rue est noire de monde. Une foule dรฉterminรฉe, habitรฉe par lโespoir. Puis soudain, lโirrรฉparable commence ร prendre forme. Une altercation, brรจve, presque banale dans ce climat รฉlectrique. Mais il nโen faut pas plus.
La peur se rรฉpand comme une traรฎnรฉe de poudre. ร lโentrรฉe du camp Sic Bassa, une barricade se dresse encore, fragile rempart dโun peuple qui refuse de cรฉder. Alors la panique รฉclate. Les manifestants fuient, les cris fusent, chacun cherche ร รฉchapper ร lโorage.
Et au milieu de ce chaos, un enfant : Eric Takou.
Nรฉ le 11 avril 1975. รlรจve en classe de CM2 ร lโรฉcole bilingue de Makรฉpรฉ. Un enfant encore, avec ses cahiers, ses rรชves, son avenir ร peine esquissรฉ. Il nโรฉtait pas une menace. Il รฉtait lร , simplement, ร proximitรฉ de cette route devenue ligne de front.
Le commissaire sโavance vers lui. Deux coups de feu ; ร bout portant.
Une balle dans la tรชte et une autre au bras.

Un silence brutal, qui dรฉchire tout sโinstalle. Une vie arrachรฉe en un instant. Une enfance foudroyรฉe sans raison, sans dรฉfense, sans pitiรฉ.
Mais ce jour-lร , Douala refuse de se taire. Le corps du jeune Eric est portรฉ dans un pousse-pousse, exposรฉ aux regards, traversant les rues de la ville comme un cri vivant, comme une accusation silencieuse.
La foule, submergรฉe par la douleur et la colรจre, accompagne cette procession funรจbre improvisรฉe. Elle brave les gaz lacrymogรจnes, affronte les tirs, refuse de dรฉtourner les yeux.
Le cortรจge sโarrรชte mรชme devant les services du gouverneur, comme pour dire : ยซ regardez ce que vous avez fait. Regardez cet enfant. Regardez ce que coรปte le refus dโรฉcouter un peuple ยป.
Puis la dรฉpouille est conduite jusquโau domicile mรชme du commissaire. Lร , une foule immense, bouleversรฉe, enragรฉe, se rassemble. La douleur est ร son comble. La tentation de la vengeance plane. Car quand lโinjustice devient insoutenable, la colรจre devient langage.
Eric Takou nโรฉtait quโun enfant ; un enfant pris dans une tempรชte qui nโรฉtait pas la sienne. Un enfant qui doit devenir un symbole dans notre mรฉmoire.
Aujourdโhui encore, son nom doit rรฉsonner comme un appel. Un rappel de ce que furent ces annรฉes de braise, oรน des innocents ont payรฉ de leur vie le prix de la libertรฉ.
Se souvenir dโEric, cโest refuser que son histoire se dissolve dans lโoubli. Cโest dire que chaque vie compte.
Oublier, cโest laisser mourir une seconde fois.
Repose en paix, Eric.
Lโoubli est la ruse du diable !
Arol KETCH
Rat des archives