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Cet รฉpisode demeure lโun des pans les plus mรฉconnus de lโhistoire du Cameroun contemporain.
En juillet 1976, une vague de rรฉpression dโune ampleur exceptionnelle sโabat sur des milliers de militants et sympathisants de lโUnion des Populations du Cameroun (UPC), arrรชtรฉs, torturรฉs et dรฉportรฉs dans des lieux de dรฉtention politique.
Cinq ans plus tรดt, le 15 janvier 1971, lโexรฉcution publique dโErnest Ouandiรฉ ร Bafoussam ; aux cรดtรฉs de Raphaรซl Fotsing et Gabriel Tabeu, dit ยซ Wambo le Courant ยป avait laissรฉ croire au rรฉgime de Yaoundรฉ quโil avait dรฉfinitivement brisรฉ lโUPC en dรฉcapitant son leadership. Pourtant, loin de sโรฉteindre, le mouvement survit dans la clandestinitรฉ : ses rรฉseaux dormants poursuivent un patient travail de mobilisation et de sensibilisation.
En juillet 1976, lโUPC en exil appelle ร une grรจve gรฉnรฉrale. Sur le territoire national, les relais locaux sโactivent pour en assurer la mise en ลuvre. La rรฉponse des autoritรฉs est immรฉdiate et brutale. Une vaste opรฉration de traque est lancรฉe, orchestrรฉe par la police politique, sous la direction redoutรฉe du terrible Jean Fochivรฉ.
Les arrestations se multiplient ร un rythme effrรฉnรฉ, touchant non seulement les milieux militants, mais aussi lโadministration et lโUniversitรฉ de Yaoundรฉ. En moins de quinze jours, prรจs de cinq cents personnes sont interpellรฉes. Dรฉbut aoรปt, les estimations รฉvoquent dรฉjร plus dโun millier dโarrestations, chiffre qui dรฉpasse les deux mille ร la mi-aoรปt, ร la suite dโune nouvelle vague destinรฉe ร รฉtouffer lโappel ร la grรจve.
La situation se caractรฉrise alors par un arbitraire quasi total. La police politique, dotรฉe de pouvoirs รฉtendus et ne rendant compte quโau chef de lโรtat, procรจde ร des arrestations sans mandat ni contrรดle effectif.

Dans ce contexte, il devient impossible, mรชme pour les autoritรฉs, de dรฉterminer avec prรฉcision le nombre exact de victimes de la rรฉpression.
Les libรฉrations sont rares. On รฉvoque le cas isolรฉ dโune femme enceinte de huit mois, griรจvement torturรฉe, finalement placรฉe en rรฉsidence surveillรฉe. La plupart des dรฉtenus, sans inculpation ni jugement, sont transfรฉrรฉs vers des camps de dรฉtention de lโarriรจre-pays ( Mantoum, Mokolo, Tchollirรฉ ) dont la sinistre rรฉputation est largement connue. Ces lieux, assimilรฉs ร de vรฉritables bagnes, sont associรฉs ร des conditions de dรฉtention extrรชmes, dont beaucoup ne reviennent pas indemnes.
Parmi les figures touchรฉes par cette rรฉpression figurent des responsables du mouvement tels que Mouen Gaspard ou Ebellรฉ Tobo. Mais la violence ne sโarrรชte pas aux cadres : elle frappe indistinctement hommes, femmes et mรชme des mineurs.
Des รฉtudiants et mรชme des รฉlรจves de moins de dix-huit ans sont arrรชtรฉs, torturรฉs et dรฉportรฉs. Plusieurs femmes subissent รฉgalement des sรฉvices graves. Lโune dโelles, Ndongo Ngallรจ Hรฉritรฉe, est torturรฉe au camp de Mantoum et en sort lourdement handicapรฉe. Elle est dรฉsormais hรฉmiplรฉgique.
Les dรฉtentions sโรฉtendent sur de longues annรฉes. Pour certains, lโincarcรฉration ne prend fin quโen 1984.
Les รฉvรฉnements de juillet 1976 marquent durablement lโhistoire politique du Cameroun. Ils affaiblissent profondรฉment lโUPC et portent un coup sรฉvรจre au moral de ses militants, tout en laissant une empreinte durable dans la mรฉmoire collective.
Lโoubli est la ruse du diable !
Arol KETCH โ 30.04.2026
Rat des archives