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Quand les animaux passent au tribunal !

L’accusé est un animal ! Faites entrer l’accusé !
An 1386, région de Falaise en Normandie en France. A cette époque, il y avait beaucoup de cochons qui divaguaient dans les villes et les villages. Les cochons jouaient même le rôle d’éboueurs. En effet, la nuit tombée, ils sortaient en masse et mangeaient tout ce qu’ils trouvaient sur leur passage ; nettoyant ainsi les rues
Ce jour-là, une truie qui vagabondait dans les rues va se diriger dans une ferme et va trouver un enfant abandonner tout seul dans son berceau. L’enfant sera grièvement mordu par la truie ; il aura le bras arraché, la moitié du visage taillardée. Les cris de douleur du bébé vont alerter la famille qui va débarquer et retrouver l’enfant ensanglanté. La truie va s’enfuir aussitôt. Il s’en suit une véritable chasse à l’homme, que dis-je ? une chasse à l’animal. La truie est pourchassée par les habitants de la maisonnée et du voisinage. On finit par l’arrêter et elle est traduite en justice. Un procès calqué sur le procès des êtres humains est organisé. La truie est emprisonnée dans une cage tout près de la cellule de grands malfrats en attendant la date de son procès. Un avocat est désigné d’office pour la défendre. A cette époque, on estimait dans les sociétés occidentales que puisque les hommes et les animaux ont été créés par Dieu, alors ils ont les mêmes droits. Autrement dit les animaux étaient censés connaître la différence entre le bien et le mal.
Au terme du procès, la truie est condamnée à mort. L’animal sera par la suite habillé avec des vêtements de femme et promener dans la ville pour l’exemplarité. La justice va obliger les éleveurs du coin à venir avec leurs cochons afin de monter à ceux-ci le sort qui leur sera réservé s’ils s’amusaient à reproduire le même acte que la truie torturée. La justice va aussi obliger tous les parents d’enfants du village à assister à la scène afin de leur sensibiliser sur la nécessité de bien surveiller leurs enfants afin d’éviter qu’ils ne se fassent bouffer par des cochons. A cette époque, la torture était encore pratiquée. On va causer à l’animal les mêmes blessures qu’elle avait engendrées sur le bébé. Un spectacle absolument horrible. La truie est pendue sur la place publique par le bourreau et son corps est jeté au feu.


Quelques décennies plus tard, en Bourgogne, rebelote : une truie est accusée d’avoir mangé un nouveau-né, et une archive se faisant l’écho de l’événement dénonce le « sinistre repas qu’elle a partagé avec ses six porcelets ». La truie, reconnue coupable devant un tribunal à l’inverse de ses petits, subit la torture suite à un procès en bonne et due forme : « Le greffier note qu’elle a ‘avoué’. Elle a fait quelque chose comme “grrr grrr”, elle a reconnu qu’elle était coupable ».
Un cochon accusé d’avoir mangé un enfant fut néanmoins acquitté car il avait été prouvé par les avocats du cochon lors du procès que le cochon n’y était pour rien puisque l’enfant était entré dans l’enclos du cochon par curiosité.
Entre le entre le XIIIe et le XVIIe siècle, dans plusieurs sociétés occidentales, les animaux pouvaient être traînés devant la justice et condamnés au même titre que les hommes. Ils étaient jugés par des tribunaux civils ou ecclésiastiques selon les époques. Ils étaient généralement accusés de : vol ou destruction de bien, provocation d’accident grave ou de la mort d’individus. Un avocat d’office était désigné et la peine capitale était souvent prononcée. On notait aussi les sanctions suivantes : excommunications ou exorcismes publics. L’animal au Moyen Âge porte la responsabilité de ses actes, et non son propriétaire. Un système judiciaire qui nous paraît bien étrange aujourd’hui. Certains jugements s’appuyaient sur des textes bibliques. Selon le Livre de l’Exode, « si un bœuf encorne un homme ou une femme et cause sa mort, le bœuf sera lapidé et l’on n’en mangera pas la viande, mais le propriétaire du bœuf sera quitte » (Ex 21,28).
Notons que 90 % des animaux conduits devant la justice en Europe entre le XIIIe et le XVIIe siècle sont des cochons ; on les jugeait très proches génétiquement de l’être humain.
Il y a cependant eu plusieurs autres cas impliquant d’autres animaux.
En 1451, l’évêque de Lausanne convoqua au tribunal des sangsues pour des ravages causés par ceux-ci sur des poissons. Les sangsues absentes furent condamnées par contumace.
En 1474 à Bâle en Suisse, un coq accusé de sorcellerie fut condamné à être brûlé par le bourreau sur la place publique.
En 1479, à Lausanne en Suisse, des hannetons ayant causé une famine dans le pays sont condamnés devant un tribunal ecclésiastique qui les excommunie.
En auvergne, une brebis fut condamnée pour « acte de bestialité », ce qu’on appelle aujourd’hui Zoophilie. En effet, la brebis fut surprise en plein acte sexuel avec un être humain. Eh bien, les deux protagonistes furent jugés et condamnés pour actes de bestialité.
En 1546, une vache et un homme furent condamnée à être pendus et brûlés pour zoophilie.
En 1596 à Marseille en France, des dauphins furent condamnés à être exorcisés par l’évêque de Cavaillon pour avoir fait irruption dans le port de Marseille et commis de nombreux dégâts.
En 1794 dans le nord de la France, un perroquet appartenant à un royaliste a été condamné au terme d’un procès parce qu’il avait crié : « Vive le roi ! vive le prêtre ». En effet, après la décapitation du roi et avec la révolution française, la monarchie avait été aboli et les royalistes pourchassés. Le tribunal révolutionnaire va à l’issu du procès décider de guillotiner le marquis royaliste qui était propriétaire du perroquet avec toute sa famille. Le perroquet quant à lui sera confié sur jugement à une révolutionnaire qui lui apprendra toute sa vie à dire : « vive la nation : vive le peuple ! »
A cette même époque, un chien contrerévolutionnaire fut condamné à la peine capitale. En effet, ce chien appartenait à un propriétaire de bistrot contrerévolutionnaire qui utilisait son chien pour envoyer des messages qu’il cachait sous le collier du chien. Le chien fut intercepté avec les messages qu’il transportait et une descente musclée chez le propriétaire du chien va permettre de dénicher une longue liste de contrerévolutionnaires. Le chien et son maitre seront condamnés à la peine capitale.
En 1905, un âne appartenant à un employé municipal de la ville de Paris a été condamné devant un tribunal correctionnel pour s’être rebellé et avoir renverser plusieurs personnes sur son passage. A cette même époque aux Etats -Unis, un éléphant appartenant à un cirque fut condamné à la chaise électrique pour des faits similaires.
Plusieurs livres ont été écrits pour relater l’histoire des procès des animaux ; je vous recommande ceux-ci :
DES ANIMAUX AU PRÉTOIRE (XIVe-XXe siècles) de Chantal KNECHT
Le Cochon : histoire d’un cousin mal aimé de Michel Pastoureau
Arol KETCH- 09.06.2021
Rat des archives

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